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Abdeljali Lahjomri à l’IMA : L’Histoire comparée pour anéantir les préjugés et rapprocher les peuples

Abdeljali Lahjomri à l’IMA : L’Histoire comparée pour anéantir les préjugés et rapprocher les peuples

L’Institut du Monde arabe (IMA) à Paris vient d’organiser du 24 au 27 mai sa traditionnelle session consacrée au « Rendez-vous de l’histoire du Monde arabe ». La session de cette année a été marquée par le partenariat avec France Culture, portant sur le thème : « Français, Arabe, quelle histoire ! » auquel ont participé plusieurs intervenants, universitaires, historiens, dont Henry Laurens et Jalila Sbaï, essayistes, journalistes et grand public.

« L’ objectif, comme l’ont si bien souligné Jack Lang, Président de l’Institut du Monde Araba , et Sandrine Steiner, Directrice de France Culture,  est de « rappeler l’ancienneté et la richesse des relations entre la France et le monde arabe, mais aussi de répondre à une véritable demande de connaissances sur ce dernier, les Rendez-vous de l’Histoire du monde arabe ont été créés en s’inspirant des Rendez-vous de l'Histoire de Blois et sont en partenariat avec eux. En coproduction avec France Culture, ils se sont désormais imposés comme un évènement incontournable et pérenne dans la programmation de l’Institut du Monde arabe ». Cette grande « université populaire » est notamment organisée avec l’Académie Royale du Maroc qui soutient le Grand Prix du livre d’Histoire du monde arabe.

A cette occasion, Abdeljalil, Lahjomri, Secrétaire Perpétuel de l’Académie du Royaume a prononcé un discours important que nous publions ci-dessous :

« Monsieur le Président Jack Lang,

Madame la directrice de France culture,

Mesdames et messieurs,

« L’Académie du Royaume du Maroc, en accompagnant l’Institut  du monde Arabe dans la mise en œuvre des « Rendez-vous de l’histoire du Monde Arabe »  en dotant le Grand Prix de cette rencontre, fait le choix de la modernité.  Surtout que cette institution que vous animez avec passion encourage les recherches en sciences humaines, particulièrement en histoire, dans cette perspective non seulement parce que l’actualité brulante et calcinée l’impose, mais parce que le passé qui nourrit le présent construit le futur et le construit malaisément.  Dans cet univers, lourd de toutes les menaces, de toutes sortes de périls, de crispations et de replis identitaires, l’urgence est de briser la clôture  de l’esprit, que créent  les ignorances, les errements que proposent souvent imprudemment les disciplines historiques. 

« Nous avons apprécié, à l’Académie du Royaume, la pertinence du choix du thème de cette édition qui nous l’espérons ouvre la voix à  des recherches plus vastes, plus soutenues et plus audacieuses. Quelques uns d’entre nous auraient préféré le point d’interrogation mais nous nous sommes ralliés, à votre proposition, Monsieur Le Président, pour qu’usage du point d’exclamation, tant il nous a semblé qu’il évoquait et résumait à lui tout seul, toutes les interrogations.  S’engager dans une voie de recherches, d’approche plus audacieuse parce qu’à parcourir l’ensemble des axes choisis pour les exposés, les ateliers et les conférences, un axe nous a paru quelque peu tenu est presque absent.   

« Si l’intérêt a été plus porté sur les moments forts d’une histoire partagée, il l’a été peu sur une histoire comparée de ces confrontations.  Et cette histoire comparée si elle avait été privilégiée, aurait privilégié l’histoire des imaginaires qui travaillent et sous-tendent les recherches dans ces confrontations et leur présence controversée dans l’enseignement dans les manuels scolaires en France et dans le monde arabe.  En littérature comparée, ces études, affirmait S. Marandon, « lorsqu’elles ont trait au présent ou au passé proche…. ont le plus souvent un but humanitaire : il s’agit en quelque sorte, de désinfecter une conscience collective de certains préjugés …. ».

« Marlène Nasr dans son étude « Les Arabes et l’Islam vus par les manuels scolaires français » affirme « Comme acteurs historiques les Arabes sont toujours perdants depuis la conquête arabe où Charles Martel les repousse à Poitiers… ».  Elle précise « De la même façon la plupart des récits fictifs d’auteurs français des manuels de lecture…se terminent par l’échec des personnages arabes (mort, fuite, reddition, résignation, soumission », elle conclut : « En histoire, comme en lecture, l’issue de la rencontre-confrontation se solde par la victoire ou la  réussite du héros français ».

« Cette histoire comparée des imaginaires n’est pas écrite, et si elle l’est, presque peu,  elle n’a pas encore droit de cité dans les manuels scolaires. C’est ce qui a fait dire en 1970 au regretté Jean Lacouture, exaspéré : « C’est à l’école,….que tout se décide à travers les manuels, les commentaires des enseignants…sur la Bataille de Poitiers….Tant qu’on enseignera…que les corsaires d’Alger n’avaient rien en commun avec leur confrères de Saint-Malo, il est clair que chaque viol sera imputé à un sidi, chaque attaque à main armée aux descendants de Samory ».

« Le comparatiste Reboul à propos de ces mythes, préjugés, stéréotypes et représentations erronées affirmera : « …..il appartient aux hommes libres d’essayer désespérément de briser tous ces mythes…    ces images illusoires, d’autant plus inattaquables qu’elles échappent à la prise, constituent peut-être la plus infranchissable des barrières entre les nations ».

« Une histoire comparée de ces moments de partage investissant nos manuels scolaires, évitera à notre jeunesse de part et d’autre de la Méditerranée de donner raison au poète marocain, qui, un jour s’est exclamé : « Mon histoire ? Moi ? Je n’ai pas d’histoire, je défie quiconque se déclare, capable de m’en faire une ».

 

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