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Boom démographique : quel avenir pour la jeunesse africaine ?

Boom démographique : quel avenir pour la jeunesse africaine ?

Par Désiré Beiblo

 

L’Afrique est en passe de devenir le continent le plus peuplé du monde. Sa population estimée à 1,216 milliard d’habitants, en 2016, devrait se situer entre 2 et 3 milliards d’habitants, en 2050, et atteindre 4,4 milliards, en 2100, soit 40% de l’humanité.

Le Continent connaît un boom fulgurant, avec une population jeune dont plus de 60% a moins de 25 ans. Une jeunesse, toutefois, peu exploitée, globalement délaissée, que le Continent peine, aujourd’hui encore, à contenir, et dont une partie conséquente se livre à l’immigration clandestine et ses corollaires. Dès lors, une nouvelle problématique se pose pour le Continent sur la gestion de sa croissance démographique et la place de la jeunesse dans son développement.

La population du monde devrait atteindre les 11,18 milliards d’habitants, en 2100, pendant que celle de l’Afrique avoisinerait les 4,4 milliards, soit un quadruple de sa population actuelle, selon une analyse de l’Institut français d’études démographiques (INED). Cette croissance extraordinaire, qui pourrait, à bien des égards, être perçue comme une aubaine dans un monde qui vieillit, soulève cependant, de véritables préoccupations sur le continent le plus «pauvre» de la planète. En effet, avec plus de 200 millions de 15- 24 ans, soit 20% de son peuplement total, l’Afrique a la population la plus jeune du monde. Cette tranche d’âge qui représente 40% de sa population en âge de travailler compte pour 60% des chômeurs. Malgré les forts taux de croissance observés dans bon nombre de pays africains, ces dernières années, le chômage reste omniprésent, principalement, au niveau de la jeunesse, qui dans l’attente des retombées de cette croissance économique, rêve d’ailleurs.

Volonté d’immigration

Ils sont, de plus en plus, nombreux ces jeunes africains en quête de mieux être, qui font le choix de s’orienter vers d’autres lieux plus attractifs. Diplômés ou peu formés, tous sont convaincus de trouver le bonheur, partout ailleurs, en dehors de l’Afrique. Cette volonté d’immigration résulte de l’incapacité du Continent à proposer de véritables opportunités et débouchés à sa jeunesse. Chaque année, ce sont des milliers de jeunes africains qui partent étudier, travailler ou vivre sous d’autres cieux. La fuite des cerveaux est l’un des problèmes majeurs du développement de l’Afrique. Depuis plus d’une décennie, les interrogations que soulève cet exode de masse sont au coeur de la plupart des sommets de chefs d’Etats sur le globe, mais aujourd’hui encore, la question est loin d’être réglée.

Une croissance peu créatrice d’emploi

Avec une croissance moyenne du PIB estimée à 2,2%, en 2016, l’Afrique est restée sur sa dynamique de développement rapide, occupant la deuxième place derrière l’Asie du Sud. Cependant, cette croissance économique semble avoir oublié les pauvres. Les observateurs s’accordent à dire qu’elle n’est pas encore inclusive. En effet, les chiffres éloquents annoncés par les dirigeants et les institutions financières sont à des années lumières des réalités quotidiennes des populations. La jeunesse, première victime de cette situation, subit, de plein fouet, la pauvreté du Continent. Et si le manque de politique sociale et la mauvaise redistribution des richesses créent un malaise, le problème de fond reste le manque criard d’emploi. Cette situation a pour conséquence de fragiliser davantage une jeunesse aux abois, qui se sent, de moins en moins, concernée par le développement du Continent. Et les causes sont multiples.

Des formations inadaptées au marché du travail

 Malgré un taux d’alphabétisation à la traîne sur les autres continents, l’Afrique a, tout de même, effectué un bond considérable au niveau de l’éducation et de la formation. Cependant, un déséquilibre subsiste entre les compétences acquises et le marché du travail. Le système éducatif, principalement dans l’enseignement supérieur, a très peu évolué, depuis la période des indépendances. En 2016, seulement 28 % des étudiants étaient inscrits dans des matières de science, technologie, ingénierie et mathématiques (STEM), contre 72% dans des facultés d’études des sciences sociales. En fin de formation, cette frange de jeunes diplômés se retrouve, insuffisamment, outillée pour affronter le monde du travail.

La population du monde devrait atteindre les 11,18 milliards d’habitants, en 2100, pendant que celle de l’Afrique avoisinerait les 4,4 milliards, soit un quadruple de sa population actuelle, selon une analyse de l’Institut français d’études démographiques (INED).  

On estime entre 10 et 15 millions, le nombre de jeunes qui arrivent sur le marché du travail, chaque année, en Afrique. Mais le manque de compétences souhaitées reste un handicap, tant sur la question de l’employabilité que celle des réels besoins du Continent. Selon une étude de la Fondation pour le renforcement des capacités en Afrique (ACBF), celle-ci compte seulement 35 ingénieurs pour un million de personnes, contre 168 au Brésil, 2457 dans les pays de l’Union européenne et 4103 aux États-Unis. Le secteur de la santé n’est pas plus reluisant : «Le continent dispose seulement de 2 % des médecins du monde, alors qu’il supporte, à lui seul, environ 24 % de la quantité totale des maladies», révèle l’étude.

Un marché du travail dominé par l’informel

Selon Makhtar Diop, vice-président de la Banque mondiale pour la Région Afrique : «Le principal problème en Afrique, ce n’est pas le chômage, mais plutôt le sous-emploi. Les jeunes en Afrique ne peuvent pas se permettre de rester à la maison. Beaucoup d’entre eux vendent des marchandises dans la rue ou lavent des voitures dans la ville pour gagner leur vie, et ils ne trouvent pas un travail de plus de quelques heures par jour. La question est de savoir comment les politiques peuvent cibler ce groupe de travailleurs.» En effet, dans un environnement peu propice à l’entreprenariat du fait du manque d’infrastructure, de l’accès au crédit, de l’instabilité politique, etc. 75% du marché du travail en Afrique est informel. Mais ce secteur est mal structuré et compte pour peu dans le PIB du continent. Les faibles revenus issus des activités de ce secteur ne confèrent pas une autonomie financière à la jeunesse qui demeure dans une précarité préoccupante. Dans un rapport publié à l’occasion de la 12e Réunion régionale africaine, l’Organisation internationale du travail (OIT) a fait part de son inquiétude vis-à-vis des difficultés rencontrées par la jeunesse africaine : «Le chômage des diplômés et le sous-emploi dans l’économie informelle, où la plupart des jeunes d’Afrique occupent des emplois peu productifs, constituent des facteurs d’instabilité, en particulier chez les jeunes dans les pays post-conflit et dans les Etats fragiles.» Mais comme le suggère Makhtar Diop, cibler ce groupe de travailleurs par une politique qui les vise directement, pourrait transformer la croissance démographique de l’Afrique en opportunité de développement.

 « L’Afrique a les moyens d’inverser la tendance »

Le dernier sommet Union Africaine- Union européenne qui s’est tenu dans la capitale ivoirienne sous le thème : «Investir dans la jeunesse pour un avenir durable», a remis la jeunesse africaine au centre des priorités du Continent. Et à la fin des deux jours de concertations, il a été convenu de l’investissement dans les personnes, l’éducation, la science, la technologie et le développement des compétences, le renforcement de la résilience politique, de la paix, de la sécurité et de la gouvernance, la mobilisation des investissements pour la transformation structurelle de l’Afrique, la migration et la mobilité. A cette occasion, l’Union européenne a promis d’investir 44 milliards d’euros à travers le plan européen d’investissement extérieur pour l’assistance aux Africains. Cela laisse présager des actions d’envergure en faveur de la jeunesse sur le Continent. Bien ciblées, elles pourraient inverser la tendance actuelle.

Une éducation en phase avec les réalités économiques

Mama Ouattara, la directrice du Centre ivoirien de recherches économiques et sociale d’Abidjan (CIRES), propose une nouvelle approche de l’éducation et de la formation en Afrique : «Au lieu de se contenter de multiplier les établissements qui proposent les mêmes cursus, les pays africains devraient mettre en place des centres de recherche dans le cadre desquels certains pays se spécialiseraient dans certains cursus ou domaines. Cela permettrait non seulement d’améliorer la communication entre les pays et la diffusion des connaissances, mais aussi de renforcer les capacités des établissements universitaires».

«Nous n’avons pas prévu le type d’emplois qui seraient exercés, dans la période 2010-2020.
Nous avons mis l’accent sur l’accès à l’éducation mais, quelque part, nous avons oublié la qualité», dixit le ministre sénégalais de l’Éducation nationale.

Pour le ministre sénégalais de l’Éducation nationale, M. Serigne Mbaye Thiam, le problème réside dans la qualité de l’éducation, qui, selon lui, devrait préparer l’enfant à faire preuve de souplesse à l’âge adulte pour pouvoir s’adapter à l’évolution du marché : «Nous n’avons pas prévu le type d’emplois qui seraient exercés, dans la période 2010-2020. Nous avons mis l’accent sur l’accès à l’éducation mais, quelque part, nous avons oublié la qualité », a-t-il déclaré, soulignant l’impérieux besoin pour les politiques africaines de travailler à l’amélioration de la qualité de l’enseignement et de l’éducation, la réduction des inégalités en matière d’accès à l’éducation et la promotion d’une gouvernance inclusive et transparente dans le secteur de l’éducation.

 Une amélioration des moyens de subsistance et de l’employabilité des jeunes d’Afrique

L’Organisation internationale du travail, de son côté, plaide pour un alignement des structures, des processus, des programmes d’enseignement et approches des systèmes éducatifs, en particulier, dans le supérieur, sur les besoins et les exigences des marchés du travail dans les économies formelle et informelle, pour traiter en profondeur la question de l’employabilité des jeunes africains. Selon les conclusions du rapport de l’organisation, l’élaboration de programmes de transition de l’école au marché du travail, la promotion d’un environnement propice pour l’investissement privé et la diversification économique, en mettant l’accent sur l’esprit d’entreprise chez les jeunes, la création d’un fonds fiduciaire pour l’emploi des jeunes, en mettant à contribution les liens avec les organisations communautaires, l’accès aux marchés, la microfinance et les coopératives des jeunes, sont des solutions pour relancer la dynamique de l’emploi des jeunes.

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p style="text-align: justify;">En outre, la facilitation de l’intégration régionale des marchés du travail pour améliorer la mobilité de la main-d’oeuvre à l’intérieur de l’Afrique, le développement et le renforcement des capacités des services publics chargés de l’emploi, et la promotion de marchés du travail de qualité dans l’économie informelle et en milieu rural, sont, entre autres, autant de mesures qui pourraient faire de la jeunesse, un atout sûr pour un boom économique africain.

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