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Course aux énergies renouvelables : où en est l’Afrique ?

Course aux énergies renouvelables : où en est l’Afrique ?

Le réchauffement clima­tique a remis au coeur de l’actualité, et pour très longtemps encore, la pro­blématique du climat et de sa protection. Le monde va mal, et c’est un problème à l’échelle mondiale. Depuis la signature de la Déclaration de Rio de Janeiro sur l’environnement et le déve­loppement, lors de la conférence décennale de l’ONU de 1992 au Brésil, plusieurs nations ont amorcé une transition énergé­tique.

Concrètement, il s’agissait de réduire les émissions de gaz à effet de serre afin de mi­nimiser l’impact de l’homme sur le changement climatique. Et ce, par l’utilisation d’autres sources d’énergie, dites éner­gies propres ou vertes (hydrau­lique, solaire, éolien, etc) qui créent très peu ou pas de gaz à effet de serre. Aujourd’hui, en 2017, ce passage aux énergies vertes est plus manifeste. Des pays émergents ou développés tels que la Chine, l’Allemagne, les Etats-Unis, le Canada, etc… investissent, massivement, dans les énergies renouvelables pour lutter contre la pollution. Mais dans cette course aux énergies vertes, où en est l’Afrique ?

Afrique, première concernée

L’Afrique n’échappe pas aux effets néfastes du réchauffement climatique. Bien au contraire. Si elle est le continent qui émet le moins de CO2, donc qui « ré­chauffe » le moins la planète, elle est de loin la partie du monde la plus vulnérable au changement climatique qu’elle subit de plein fouet. Cela à travers des inonda­tions, la sécheresse, les impacts négatifs sur l’agriculture, l’ali­mentation, la santé humaine, les écosystèmes, etc… Elle est donc en théorie, la plus concernée par le passage aux énergies propres, mais dans les faits, le constat est tout autre. En effet, dans cette course mondiale aux énergies renouvelables, le berceau de l’humanité est à la traîne sur les autres continents.

Avec une population estimée à 1,216 milliard en 2016, le dé­ficit énergétique de l’Afrique ne cesse de croître. Pour pallier ce manque, le continent africain explore, lui aussi, bien moins vite que les autres continents, les possibilités qu’offrent les énergies renouvelables. Mais dans ce domaine, tous les pays du continent ne sont pas logés à la même enseigne et de fortes disparités existent.

Les Etats africains « verts »

Plusieurs pays en Afrique se démarquent par leur forte utili­sation des énergies renouvelables sur lesquelles repose leur produc­tion d’électricité. Au nombre de ces pays, l’Ethiopie arrive en tête avec (93,90%), suivie de la Zam­bie (88,86%), le Mozambique (87,63%), le Kenya (82,84%), le Togo 82,31%) et le Nigeria (80,96%).

Ces productions énergétiques proviennent principalement de ressources hydroélectriques. D’autres pays d’Afrique ont entamé, depuis quelques an­nées, de grands chantiers dans le domaine des énergies propres et les résultats sont aujourd’hui au rendez-vous. A la longue, ils pourraient même devenir les « rois » des énergies propres sur le continent. Il s’agit, principale­ment, des pays du Maghreb.

Pays du Maghreb, des investissement massifs : Cas du Maroc

Dans son rapport intitulé « Le secteur des énergies renouve­lables et l’emploi des jeunes en Algérie, Libye, Maroc et Tuni­sie », la Banque Africaine de Dé­veloppement déclare que « Les pays du Maghreb ont un poten­tiel global important d’énergie renouvelable et l’on y trouve, en particulier, l’un des plus grands potentiels d’énergie solaire au monde ». Le Maroc, à l’instar de plusieurs pays émergents du monde, a fait des énergies renou­velables, une véritable politique énergétique. Aujourd’hui, 26 % de la production de l’électricité est verte. Le pays s’est fixé pour objectif de couvrir 42% de ses besoins électriques d’ici 2020 et 52% en 2030 à partir des énergies renouvelables. Le projet est am­bitieux et le royaume s’en donne les moyens.

Lancé sur décision royale en 2009, La centrale « Noor » est en­trée en service en février 2016. Avec 160 MW, cette centrale devient la 7e centrale solaire ther­modynamique la plus grande au monde, après 5 centrales améri­caines aux premiers rangs, puis la centrale Solaben en Espagne. De­vant à terme, être d’une capacité de 580 MW, ce projet a jeté les bases de la construction de ce qui deviendra, l’une des plus grandes centrales solaires thermiques du monde et s’étendra sur une super­ficie de 30km2. A cela s’ajoutent d’autres projets parmi lesquels celui de la plus grande centrale éolienne d’Afrique, inaugurée en 2014. Elle a une capacité totale de 300MW.

Avec ces projets faramineux, le Maroc se positionne comme un acteur incontournable de la production d’énergie renouve­lable dans le monde, et pourra, à la longue, en tirer sa production entière d’électricité.

L’Afrique subsaharienne, dernier de la classe

Sur une population de 1001 milliard, en 2015, près de 650 millions de personnes sont pri­vées d’électricité, en Afrique subsaharienne, soit les deux tiers de la population africaine selon un rapport de la banque mondiale, publié en février 2017. Malgré tous les efforts entrepris, l’Afrique subsaha­rienne reste déficitaire. Trois Africains sur quatre n’ont pas accès à l’électricité, et principa­lement ceux des zones rurales. La question de l’énergie reste donc, à ce jour, une question cruciale. Cette partie du conti­nent qui n’a jamais été suffisante en énergie, produit une partie de son électricité grâce aux éner­gies renouvelables. Cependant cette énergie propre reste, tout de même, minoritaire, les États africains ayant, semble-t-il, une nette préférence pour les éner­gies fossiles (Le pétrole, le gaz naturel et le charbon). La quan­tité globale d’énergie produite demeure donc très faible par rapport aux besoins et les op­tions rendues possibles par les énergies propres sont insuffi­samment exploitées. Pourtant, la demande en énergie devrait croître de 80% d’ici 2040, poussée notamment par la forte augmentation de la population, qui doublera à près de 1,8 mil­liard d’habitants. L’Afrique de l’ouest enregistre à elle seule plus de 250 millions de per­sonnes privées d’électricité. Une situation qui a des répercutions sérieuses sur le développement.

Une volonté politique inexistante ?

Un meilleur accès aux éner­gies renouvelables sur le conti­nent implique une réelle volonté des États africains de redéfinir leur stratégie en matière de poli­tiques énergétiques. Que ce soit au Maghreb ou en Afrique de l’ouest, le coût de l’électricité reste, globalement, élevé pour les populations. À plusieurs reprises, les Nations Unies ont invité les gouvernants africains à plus d’implication pour garan­tir à leurs populations, l’accès à une énergie propre, abordable et fiable.

Si l’appel semble avoir été entendu par certains, beaucoup de pays ne font pas encore fi­gure de bons élèves. En Afrique subsaharienne par exemple, les actions des différents gouverne­ments restent insuffisantes et les panneaux solaires, qui sont une bonne alternative énergétique, demeurent un véritable luxe, hors de portée du citoyen moyen et des populations pauvres qui n’ont pas accès aux réseaux élec­triques nationaux.

Les solutions sont politiques. Et le déploiement des solutions énergétiques repose, fortement, sur le degré d’implication et d’in­tervention des pouvoirs publics. De plus, les énergies (vertes) vont de pair avec le développement et ouvrent de réelles perspectives pour la jeunesse africaine.

L’Afrique entière gagnerait à exploiter davantage ces énergies bonnes pour le climat et pour l’espèce humaine.

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