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Désormais, Midelt aura son Université d’Automne par devoir de mémoire

Désormais, Midelt aura son Université d’Automne par devoir de mémoire

Consciente que la mémoire d’une ville constitue le fil d’Ariane qui sert de courroie de transmission d’une génération à l’autre, de témoin que ces dernières se transmettent, de berceau d’identité et de fidélité au patrimoine qu’elle incarne, l’Association Jbel Ayachi pour le Développement culturel, social, économique et de l’environnement, organise, sous le Haut Patronage de SM le Roi Mohammed VI, la première édition de l’Université d’Automne de Midelt et célèbre le centenaire de la ville 1917-2017, sous le thème « Région de Midelt : Une histoire riche et un avenir prospère ».

La ville des pommes accueillera donc, du 26 au 28 octobre les travaux de l’Université dont les axes d’intervention s’articuleront autour de l’Histoire, de la culture, du patrimoine, des ressources et de la biodiversité, du développement territorial local et durable, du sport et des médias. Pendant ces trois jours donc, Midelt rayonnera aux échos d’expositions de photos anciennes de la ville, aux toiles de peintures locales et aux signatures de livres, œuvres d’écrivains et poètes de la région.

université

Midelt : creuset de patrimoine matériel et immatériel

Rappeler que Charles de Foucauld, sur les observations duquel beaucoup d’historiens ou ethnologues se basent, a dressé un tableau typologique de l’ancienne « Outat » devenue Midelt à partir des années 17 du siècle dernier, donne une dimension incommensurable à toute la région. En effet, Midelt a cette caractéristique fondamentale qu’elle est le carrefour de toutes les sédimentations : géographique, naturelle, climatique, géologique, ethnique, végétale et humaine.

Le centre administratif de Midelt a été fondé par le protectorat pour en faire un passage obligé vers le Sud-Est du pays, donc vers l’Algérie, grâce à la Route nationale 21 qui relie Midelt à Ksar-Essouk en passant par le tunnel de Zaâbel, façonné par les militaires de la Légion étrangère qui étaient basés à Midelt, lors de la présence française avec le bataillon de Tirailleurs marocains et le bataillon des Zouaves. La stratégie consistait également à veiller sur les intérêts économiques de la France en assurant la protection de l’exploitation des deux mines de plomb de la région situées à Mibladen et à Ahouli.

Dans cette finalité et pour bien exploiter ses mines, la Société Penaroya avait construit, en 1928, l’une des premières centrales électriques du Maroc.

Dans le cadre aussi bien de la pacification que des stratégies militaire et économique, Midelt fut reliée par train jusqu’en 1935 à la ligne ferroviaire Fès-Oujda (le tracé du chemin de fer et les noms des gares subsistent à ce jour). La ville était également équipée d’une piste d’atterrissage « Lalla Mimouna » pour petits avions ; piste qui était utilisée par les militaires tout comme les hauts cadres de la mine.

D’autant plus qu’il fallait cerner toute une population rurale résistante.

train

Une mosaïque humaine

La société de Midelt était d’autant plus composite qu’elle relevait aussi un autre défi majeur : celui de la coexistence ethnique et confessionnelle, musulmane, juive et chrétienne plus tard.

D’ailleurs, avant la seconde guerre mondiale, seulement deux écoles juives ont été installées au Maroc. Une à Demnate en 1932, alors qu’en 1928, une école d’alliance (Alliance Israélite Universelle au Maroc) était déjà fondée à Midelt.

Les vestiges en ruines des lieux de cultes des trois religions en témoignent encore. Ces trois religions monothéistes se sont épanouies dans un même élan d’émulation complémentaire.

Et jusqu’à nos jours la présence intacte du monument de l’église, son architecture qui nous plonge dans nos enfances, la précieuse présence des sœurs franciscaines de l’ordre du grand Saint François d’Assise, entièrement vouées aux tâches de solidarité sociale, fondues dans la population comme une part de nous-mêmes, nous rappellent, avec quelle émotion, ce destin impérieux qu’est Midelt.

église et mosquée

Une mine d’intellectuels

C’est aussi la dimension culturelle de la région ! Elle est d’autant plus singulière qu’elle est cultuelle. Je reprends volontiers, en hommage aux intellectuels que la région a produits, la phrase d’Olivier Carré qui est né dans les carrières des mines de Midelt – son père les dirigeait à l’époque- et où il a passé son enfance.

Il est, aujourd’hui, l’un des plus grands sociologues et orientalistes à Paris, spécialiste de l’Islam, du nationalisme arabe, de la Palestine, du Coran auxquels il a voué sa vie de chercheur et consacré une œuvre monumentale.

Professeur à l’Institut de Sciences Po à Paris, membre du CERI (Centre d’Etudes sur les Relations internationales), il proclame son appartenance à sa ville natale, Midelt et estime qu’à présent, confrontés que nous sommes aux problèmes identitaires, il « faut penser singulier, et penser universel… ». Il n’y a pas meilleure invite pour nous que cette interpellation.

montagne

Dimension historique, culturelle et identitaire

Midelt s’est fondue dans l’Histoire du Maroc comme une composante essentielle.  Elle est tombée pendant longtemps dans l’oubli mélancolique, alors que ses fils, fidèles à sa mémoire sont demeurés attachés à cette image et se sont opposés à sa relégation et à sa négation.

La nostalgie explique en partie le retour à l’histoire, mais elle fige le temps, alors que nous sommes confrontés au nécessaire devoir de sursaut et de réveil ! Les paysages, le temps figé, la mémoire surabondante de Midelt et sa région nous parlent tous les jours, nous les écoutons et y restons sensibles.

L’Histoire donc, de cette région, est à l’image de sa géologie minière qui a, de tout temps, fait d’elle un pôle attrayant pour l’industrie coloniale : riche, abrupte, immémoriale, hétérogène et contrastée.

La conjugaison des éléments de la nature géologique, d’un climat que les historiens et les climatologues situeraient aisément dans ce qu’ils appellent le Petit Age Glaciaire, alternant hivers rigoureux et printemps modérés voire chauds et du combat des populations pour y résister, ont marqué la formation des caractères et des mentalités.

Le recentrage de l’histoire politique marocaine voire sa monopolisation élitique a suscité des poussées vers les grandes villes, délaissant les régions profondes, rurales ou éloignées. Il a incité des populations entières à quitter la région, comme partout au Royaume, et le prix a été payé cher, l’élite ayant été captée par devoir et nécessité, mais par une irrépressible ambition.

Autant dire qu’il a été ruineux à certains égards.

Mais aujourd’hui et grâce à l’AJA, les fils de Midelt sont invités à la célébrer de façon digne de son histoire séculaire.

On ne peut donc ne pas se réjouir que des manifestations comme celle-ci viennent nous tirer de notre cruelle indifférence, pour nous rappeler le devoir de mémoire envers cette région, la reconnaissance de ses richesses, ses hommes et ses femmes.

commissariat

 

Pour un développement durable

Depuis 2009, la province de Midelt a connu un développement sans précédent avec les efforts de l’administration publique qui n’a pas ménagé d’effort pour rendre à cette ville sa splendeur de jadis en l’inscrivant dans un développement durable modèle.

La visite Royale à Midelt et à la région en 2010-2011 a donné un élan important au développement local avec le lancement de plusieurs projets structurants selon les directives Royales pour placer Midelt au rang des villes bonnes à vivre.

L’Association Jbel Ayachi ambitionne donc de faire de l’Université d’Automne de Midelt un rendez-vous annuel des intellectuels de la région et d’ailleurs dans les domaines culturel, social, économique, artistique, écologique…

Le projet devrait réunir le potentiel de la société civile de Midelt avec des personnes ressources, sur une thématique pour chaque année, afin de faire connaître le patrimoine matériel et immatériel de la région s’inscrivant dans la promotion de cette contrée.

Cet événement devrait être l’occasion aux forces vives de la région d’échanger, de partager et de capitaliser les expériences pour un Maroc meilleur.

De par cet événement, l’Association Jbel Ayachi voudrait valoriser la culture et plus particulièrement celle du terroir et des montagnes et consolider notre mémoire collective et reconsidérer l’Histoire de toute une région et de la culture qui en découle. Elle se donne comme objectifs de Présenter les différents potentiels matériel et immatériel de Midelt en créant l’attractivité pour les découvrir et favoriser l’échange entre les cultures. Développer l’attrait touristique de Midelt en donnant à la ville un rayonnement national et pourquoi pas international surtout que la manifestation est un véritable vecteur d’image pour la ville dans la région mais aussi à l’étranger. Réunir, en un même lieu, les enfants du territoire pour une plateforme de retrouvailles et d’échange entre les différentes générations dans une perspective de réseautage. Et donner aux visiteurs l’envie de découvrir les merveilles de la région en sensibilisant les opérateurs locaux sur un service de qualité orienté client pour que Midelt ne soit plus une étape d’escale mais plutôt une destination.

 

 

 

À propos de l'auteur:

Souad Mekkaoui

Souad Mekkaoui est la Directrice de la Rédaction de « Maroc diplomatique ». Une passion pour l’écriture et un irrésistible désir de communiquer. Auparavant professeur de langue française, écrivaine et aujourd’hui journaliste en charge de « Maroc diplomatique » dans ses versions écrite et numérique, Souad Mekkaoui, auteure de Plus forte que la souffrance et Femmes au purgatoire, elle est aussi une femme engagée avec sa plume contre les abus de tous genres, sociétaux et moraux. Son style s’inspire de l’impertinence, il nous livre en revanche une vision pertinente des choses, il questionne…

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