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Dossier du mois : Rétrospective

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Dossier du mois

« L’année s’écoule et l’école avec »

Nadia Essalmi, Editrice de livres Jeunesse

 Dans le monde entier, 2016 aura été une année tumultueuse et houleuse. Elle aura été une année bissextile. Une année où la lune a été au plus près de la Terre. Ce phé­nomène n’a pas eu lieu depuis près de 70 ans. Les températures n’ont ja­mais été aussi élevées. Une année de guerres, de tragédies, de drames. Une année assoiffée de sang. En somme, une année où le soleil ne s’est pas trop levé. Au Maroc, nous avons vécu des événements sociétaux inquiétants. L’injustice sociale continue à sévir. Des jeunes en perte de repères. Des libertés individuelles bafouées. La pauvreté prend des ampleurs inquié­tantes. Le chômage grimpe. L’insé­curité devient effrayante. La santé est malade. L’éducation est en chute libre. Il y a eu, toutefois, quelques lueurs et quelques notes d’espoir, mais elles restent timides. La COP22 en est un exemple. J’aimerais revenir sur le sujet de l’éducation qui m’in­téresse tout particulièrement. L’an­née s’écoule et l’école avec. Nous assistons impuissants à l’agonie du système de l’enseignement. Un des pires qui existent sur terre et les chiffres le confirment. Un enseigne­ment basé sur la mémoire, exempt de toute matière d’analyse, de critique, de réflexion, de lecture, de culture gé­nérale… Nous avons servi aux élèves l’arabisation pour mieux les enfermer dans une bulle et les isoler du reste du monde. Nous avons préparé des générations stériles pour un monde riche. Aujourd’hui, nous avons cer­taines classes où l’effectif dépasse les 80 élèves. L’enseignant a beau être un génie, il ne pourra jamais accomplir son devoir. Avec un niveau scolaire médiocre, les jeunes sans perspec­tives de travail, peinent à se proje­ter dans un avenir professionnel. Le stand by pour une période indétermi­née et interminable finit par générer chez eux le désarroi et la démission. Ils perdent alors progressivement les liens qu’ils ont tissés avec une société qui leur a fermé ses portes. Ayant du mal à digérer leur détresse, une par­tie fera le choix de se faire oublier. Elle usera de tous les moyens pour se barrer de son pays qui n’a pas su la garder, quitte à mettre sa vie en péril. L’autre partie devient, par désespoir, une proie facile pour les laveurs de cerveau qui lui promettent le paradis qu’elle n’a pas trouvé ici-bas. Les rêves de l’une et de l’autre ne verront jamais le jour. Leurs rêves tant rêvés les conduisent droit vers le néant. Je pense aussi à ces enfants qui font, tous les jours, des dizaines de kilomètres à pieds. Ils traversent les villages, les champs, les pistes pour atteindre leur école. Une école qui compte souvent une seule pièce sans porte ni fenêtres. Une sorte de taudis. Les tables vieilles et sales vacillent en raison de l’irré­gularité du sol en ciment. Arrivés en classe, les écoliers ont du mal à suivre le cours, car épuisés par le trajet, le froid ou la chaleur, suivant la saison. L’enseignant, quant à lui, est démoti­vé et déprimé vu les conditions dans lesquelles il vit et travaille. Isolé du monde, il ne pense qu’au jour où il quittera ce lieu où rien ne se passe. Le soir, les écoliers referont le trajet dans le sens inverse, la tête vide et le corps lourd. Qu’ont-ils appris durant cette journée ? Pas grand-chose. Que peut-on attendre de cette école et de ces élèves ? Pas grand-chose. Ainsi, les journées se répètent et se suivent, mais les esprits restent inchangés. Nos ministres de l’éducation qui se sont succédé ont assassiné des générations entières. Le Maroc, pour une bonne partie, est analphabète et manque d’ouvriers cultivés pour le bâtir. Il restera encore et pour longtemps une oeuvre inachevée. Mon souhait est que l’année 2017 s’ouvre à nous comme un livre ouvert, riche en enseigne­ments. L’école devrait être un lieu de savoir et de culture et non des bâ­tisses fabricant des incultes. L’éduca­tion doit être la priorité des priorités, et un droit élémentaire dont doivent jouir tous les enfants sans discrimina­tion aucune. Que l’égalité des chances soit une devise ! Les ministères de tutelle doivent comprendre qu’il n’y aura pas de développement sans édu­cation. Créons des bibliothèques de quartiers, imposons la lecture dans le programme scolaire, faisons aimer le livre ! Comme dit l’adage : L’espoir fait vivre. Que cette année nous soit douce et paisible et que la paix étale son manteau sur le monde, afin de le protéger des aléas des esprits hai­neux !

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