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Dossier du mois : Rétrospective

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Dossier du mois

Analphabètes et illettrisme

Philippe Broc, Éditeur

J’ai deux enfants d’une vingtaine d’années. Entre autres règles d’éducation, je leur ai toujours dit que le plus important n’est pas leurs notes à l’école (au grand dam de leur maman), ce que je leur deman­dais c’est de savoir « Lire, Écrire, Compter et Parler » (parler découle de cette préséance).

Prenons les langues, comment en apprendre une nouvelle si l’on ne maîtrise pas la première ? Pre­nons la cuisine, comment réaliser une recette si l’on ne sait pas lire, que l’on ne sait pas ce qu’est un dé­cilitre et qu’utiliser un chinois n’est pas forcément de l’esclavagisme ?

Prenons la mécanique, com­ment comprendre que le rapport poids/puissance est dé­terminant sans être un champion de lutte gré­co-romaine ?

Prenons la culture, comment y accéder si l’on ne comprend pas ce que l’on lit, écrit ou raconte ?

Je vis et travaille au Maroc. J’écoute, j’ob­serve, j’apprends, j’es­saye. Sur ce chemin, j’ai croisé un milieu associa­tif, dit de la société civile et des ONG en nombre extrêmement important. Chaque jour, des initiatives sont prises et réalisées, comme des défis, des combats de proximité, des devoirs de solidarité. Malgré un sincère bravo, ces interventions portent essentiellement sur les conséquences, sur la forme, mais peu sur le fond.

Parmi les différentes formes d’intégration d’une population dite modeste, il existe des centres de formation ou écoles dans tous les domaines. Pour ceux auxquels je m’intéresse, Les Arts, le sport, la cuisine, parce que j’estime qu’ils sont vecteurs de valeurs fortes, le constat est toujours le même. Avant de mettre ces gosses dans des écoles de formation profes­sionnelle ou/et passionnelle, il faudrait qu’ils aient un minimum d’éducation. Pas cette éducation culturelle où il est bienséant de faire ceci comme ça, savoir nouer un noeud papillon, évaluer le degré de maturité d’un havane, ou distil­ler quelques vers de Gibran Kha­lil Gibran. Mais celle de base, par laquelle on apprend à dire «Bon­jour Madame, merci Madame, au revoir Madame», que l’on sait pourquoi respecter une priorité à droite, pourquoi trier ses déchets, pourquoi emmener les enfants à l’école… justement parce que l’on sait lire, écrire, compter et… parler.

L’analphabétisme est facile­ment identifiable, l’illettrisme beaucoup moins rapidement or ses conséquences sont, à long terme, désastreuses.

L’analphabétisme recule, le Ma­roc avance, l’illettrisme augmente. Le point d’équilibre prend de la distance avec les réalités de la ma­jorité de la population.

J’espère que la politique de 2017 mettra l’accent sur l’Éduca­tion. Car si nous ne nous y consa­crons pas, il n’y aura pas d’accès à la Culture, et la Culture est la première richesse d’un peuple, d’un pays.

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