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Femmes : Comment le Maroc recule

Femmes : Comment le Maroc recule

Dossier du mois

Habiba Benjelloun Chargée de Communication et des Relations publiques

Qui défendra les Marocaines ?

Agressions, agressivité, insultes, coups, viols, humiliations, in­fantilisation… les maux dont souffre la femme marocaine sont sans fin.

Contrairement aux sociétés dites évoluées, au Maroc, le statut de la femme régresse.

Sans surprise, l’éducation arrive en tête des causes im­médiates de cet état de faits. Mais aussi une démographie ayant explosé, ces 60 der­nières années, un exode rural massif, des conditions de vie difficiles et un retour en force du religieux. Un religieux où la femme n’est ni glorifiée (excepté la mère), ni considé­rée comme un citoyen à part entière.

Alors que faire ?

Désormais, certains ne parlent plus de défendre le sta­tut de la femme, mais plutôt de la « protéger. » La protéger ! Quand les femmes en Occi­dent, sont considérées comme la moitié des forces vives d’un pays, ici on pense à les protéger. Mais qui pro­tège-t-on ? Un être fragile, un enfant, un handicapé qui n’a pas les moyens de se défendre, une personne menacée ?

C’est donc cela aujourd’hui la femme au Maroc ?

Nous ne parlons plus d’émanci­per, d’affranchir d’une tutelle, d’une contrainte, de permettre à la femme de s’affirmer. Nous parlons d’assistance…. à personne en danger.

Donc, en parallèle d’une éducation civique et morale, il faudrait placer un policier derrière chaque homme pour le dissuader de battre, de racketter, d’en­fermer ou d’humilier sa femme ou une femme? Comment faire pour que ces lois soient votées et appliquées par ces mêmes hommes ?

Que ces mêmes hommes acceptent un nouveau statut qui émanciperait la femme, et donc dans leur imaginaire, qui leur en ferait perdre le contrôle. Perdre le contrôle sur cet exutoire.

Voila le véritable frein.

Je ne peux me résoudre à y croire. Dans le monde, toutes les avancées ob­tenues par les femmes, ont été arrachées à force de luttes et de longues batailles. Personne n’a jamais offert aux femmes plus de libertés, plus d’espace, plus de droits.

Ce sera des années de lutte pour le droit de vote pour les femmes françaises, au lendemain de la 2ème guerre mon­diale, ce sera des tensions au parlement pour la loi sur l’IVG.

D’âpres négociations pour que la loi permette aux femmes mariées de dispo­ser librement de leur salaire.

Non, il va falloir se lever, marcher et se battre pour les arracher, ces droits, dans une société patriarcale conservatrice.

La scolarisation, l’indépendance éco­nomique, l’alphabétisation sont les clés pour la délivrance du joug de la tyrannie masculine. Les tremplins pour aller à la quête de sa propre identité.

La femme marocaine est courageuse, travailleuse. Combien sont-elles à être chefs de famille, divorcées et battantes ?

Indépendance économique et intellec­tuelle, éducation, accession à des postes de pouvoir et dédramatisation du statut de divorcée ; quelques clés pour le fa­meux sésame.

La femme marocaine doit se battre pour arracher ses droits, car personne ne les lui offrira ; ni la loi, ni les hommes, ni la société.

À propos de l'auteur:

Souad Mekkaoui

Souad Mekkaoui est la Directrice de la Rédaction de « Maroc diplomatique ». Une passion pour l’écriture et un irrésistible désir de communiquer. Auparavant professeur de langue française, écrivaine et aujourd’hui journaliste en charge de « Maroc diplomatique » dans ses versions écrite et numérique, Souad Mekkaoui, auteure de Plus forte que la souffrance et Femmes au purgatoire, elle est aussi une femme engagée avec sa plume contre les abus de tous genres, sociétaux et moraux. Son style s’inspire de l’impertinence, il nous livre en revanche une vision pertinente des choses, il questionne…

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