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Il y a 94 ans, Abdelkrim al-Khattabi, vainqueur d’Anoual

Il y a 94 ans, Abdelkrim al-Khattabi, vainqueur d’Anoual

AbdelkrimLe Maroc est invité ce 21 juillet à revisiter sa propre mémoire. Et pour cause ! Quatre-vingt quatorze ans, jour pour jour, sont passés depuis la célèbre bataille d’Anoual qui révéla un héros authentique, un patriote. Et les faits de l’histoire nationale, a fortiori ceux qui ont une dimension immémoriale, ne peuvent passer sous la trappe de l’oubli. Il y a donc presque un siècle s’était déroulée, non loin d’Al Hoceïma, une des furieuses batailles de libération anticoloniale : la bataille d’Anoual, lancée le 21 juillet 1921, et qui annonçait la « guerre du Rif ». Elle avait opposé les troupes de Mohamed Ben Abdelkrim Khattabi et les forces espagnoles d¹occupation.

Elle constituait une bataille d’autant plus curieuse qu¹elle incarnait, non pas l¹affrontement classique, théorisé et décrit par Carl von Clauzewitz, théoricien de la guerre s’il en était, mais une sorte de guerre éclair entre une guérilla, incarnée par le chef de la tribu Ouriaghel, et une armée espagnole régulière commandée par le général Manuel Fernandez Silvestre. Ce fut alors un désastre cuisant pour l’armée espagnole, parce que le général croyait avoir affaire à une « bande de brigands » et non à des résistants aguerris. Ces derniers rejetaient tout simplement le partage du traité de 1912 qui offrait le nord du Maroc à l’Espagne et le reste du pays à la France.

Cette bataille a laissé quelque 1000 morts côté marocain et près de 18000 du côté de l’Espagne. Elle s’illustra par une rageuse volonté d’en finir avec le colonialisme de la part de Mohamed Ben Abdelkrim Al Khattabi. Celui-ci, sorti vainqueur de cet épisode, inclina les états-majors européens à une interrogation fondamentale : comment de simples combattants, pauvres, désarmés à la limite, avaient-ils réussi à démanteler une armée régulière mécanisée, équipée, forte de plusieurs cadres et stratèges ? Jusqu’à il y a encore quelques années, notamment dans les années soixante et soixante-dix, Mohamed Ben Abdelkrim Khattabi était cité comme le précurseur de la guérilla, l’inspirateur de Mao Tsé-toung, initiateur de la Grande Marche en 1949 en Chine, grand timonier; ensuite d’Ernesto Che Guevara (dit «  Le Che » à Cuba et en Bolivie, de Ho Chi-Minh au Vietnam, etc… Les mouvements marxistes-léninistes en avaient fait même une icône. Une première conséquence du désastre de l’armée espagnole sur le moral et la politique de l’Espagne fut le pronunciamiento déclenché du général Miguel Primo de Rivera qui instaura une dictature militaire à Madrid.

La bataille d’Anoual, illustre exemple de résistance, ouvrit en son époque la boîte de Pandore, elle incita l’Espagne et la France à coordonner leur action, à former une coalition militaire pour engager une guerre qui allait durer ensuite  près de cinq ans, avant de contraindre, en 1925, Abdelkrim al-Khattabi à la reddition.

Il vivra en exil dans l’Egypte bouleversée par les péripéties historiques. Il a incarné un modèle de résistance populaire, la volonté de protéger son pays contre toute pénétration étrangère ou le démantèlement de sa nation. Il réaffirmera au Roi Mohammed V, lors d’une rencontre au Caire en 1958, que son insurrection était lancée contre la présence étrangère, espagnole et française…et jamais contre la Monarchie.

Exemplaire dans sa dimension patriotique, il était – contrairement à ce qu’on a cru avancer sur son farouche irrédentisme – attaché aux valeurs et à l’unité de son pays tant et si bien que le Roi Mohammed VI en a fait un  symbole ! Et l’une des toutes premières initiatives qu’il a prises, quelques semaines après avoir accédé, en juillet 1999 au Trône, et dans le cadre de sa première visite dans le Nord, a été de rendre visite à la famille de Mohamed Ben Abdelkrim Khattabi. Le Souverain n’a pas manqué de rendre hommage à sa mémoire, et à son combat patriotique.

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