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L’année 2018, où va le monde, vers une nouvelle guerre des nations ?

L’année 2018, où va le monde, vers une nouvelle guerre des nations ?

Hassan Alaoui

L’idée de « nation », fulgurante tout au long du XIXème siècle, étouffée au XXème par le concept « d’Etat-nation » semble désormais resurgir de ses cendres.

Il y a belle lurette que la Chine populaire a émergé dans l’interstice étroit que fut le duopole autrefois des deux grandes puissances de l’après-guerre : les Etats-Unis d’Amérique el la ci-devant Union soviétique, défaite en août 1991 sous l’effet d’une désintégration sans précédent. Les deux empires, américain et soviétique, s’étaient regardé des décennies durant dans les yeux comme deux « chiens de faïence », confrontés à une réalité intangible, cédant plutôt à l’immobilisme contre la tentation de faire la guerre.

La « guerre froide » était le résultat, tangible quant à lui, d’un équilibre de la terreur à la fois fragile et nécessaire à l’humanité, consistant à se tenir prêt pour faire la guerre et, tout à la fois, à mesurer ses pas au « bord du gouffre », nucléaire s’entend. En octobre 1989, l’Allemagne de l’Est s’est effondrée, démantibulant ainsi le régime communiste totalitaire que Moscou avait imposé à la fin de 1945 sur cette partie orientale. L’Allemagne était du coup réunifiée comme en 1940 voire comme sous Bismarck. L’Union soviétique est devenue la Russie, disons la Fédération de Russie avant de voler en éclats sous les coups de boutoir de l’Occident et de l’Europe qui voyait ainsi s’ouvrir les perspectives d’un vaste marché.

L’effondrement de la Russie communiste a vu émerger ou ré-émerger l’Ukraine, les pays baltes, ceux d’Asie centrale comme la Tchétchénie, du Caucase, en plus de la Lituanie, l’Estonie, la Lettonie t l’Arménie. « Un coup de poignard à la perestroïka » disait alors Mikhaïl Gorbatchev. Ce que Hélène Carrère d’Encausse, historienne et membre de l’Académie française, appela « L’Empire éclaté », livre majeur publié en 1978 chez Flammarion. En fait, le changement radical de la Russie n’a entamé ni sa puissance, ni son poids diplomatique et militaire. Elle constitue l’un des trois pôles actifs avec les Etats-Unis et la Chine. Le déplacement de la rivalité est devenu à force une sorte de girouette à géométrie variable, imposant la triangularité comme paradigme stratégique autour de laquelle tournent moyennes et petites puissances et une flopée de petits Etats nés ou crées ex nihilo

La Russie nouvelle, incarnée par Vladimir Poutine s’est reconstruite sur la base d’un rapport de forces, favorisé par l’antiaméricanisme ambiant à travers le monde, depuis que Georges Bush junior – un fou à lier -  s’est lancé en mars 2003 dans une guerre injuste et unilatérale contre l’Irak, dévastant la région et conduisant le monde entier, c’est le moins qu’on puisse dire, dans une catastrophe sans précédent. Nous continuons jusqu’à aujourd’hui à subir les effets pervers de l’agression américaine des Etats-Unis en Irak, alors que le principal responsable du désastre mondial coule de vieux jours, comme si de rien n’était.

L’intermède de Barack Obama n’était pas une réelle métamorphose de la politique extérieure des Etats-Unis, définie depuis les années quarante du siècle passé par l’impératif catégorique de l’America first. Quand bien même le nouveau président, noir de surcroît, après avoir prêté serment en janvier 2009, téléphoné à Mahmoud Abbas et d’autres dirigeants arabes pour leur promettre un changement radical de la position des Etats-Unis sur la Palestine, rien n’y fit. Le 5 juin 2009, il prononça un discours solennel au Caire, intitulé  « Un nouveau départ » (A New Beginning),  adressé spécifiquement aux peuples arabo-mususlmans et de manière générale au monde, pour leur soumettre, l’enthousiasme aidant, sa volonté de réorienter la vision de la Maison Blanche sur le monde musulman. Il entendait effacer la sinistre image d’une politique impérialiste de son prédécesseur Georges Walter Bush, dont le seul souvenir à présent est celui d’un président factotum qui a envahi l’Afghanistan en 2001, l’Irak en 2003 et ouvert la plus grande prison à ciel ouvert à Guantanamo…

Barack Obama, placé face à Poutine, joua plutôt la fine bouche pendant tout son mandat, l’épreuve de la Georgie et de l’Ukraine ayant constitué un test de sa faiblesse. Pendant deux mandats, il s’est appliqué à des finauderies de langage et le Moyen Orient, autrefois chasse gardée des Américains, est devenu – la guerre en Syrie oblige – un champ de séduction et d’intervention de la Russie. Tant mieux, dira-t-on ! Car la présence des forces russes, le rôle joué par ces dernières dans la lutte contre l’Etat islamique, son écrasement pour ainsi dire et peut-être une solution politique dans le futur en Syrie, nous le devrions manifestement à la Russie et non aux Etats-Unis.

Somme toute, la Russie oblige à un équilibre du monde, elle incarne la puissance égale à celle de l’Amérique dont le poids se réduit désormais à la brutalité verbale d’un Donald Trump venu à la politique comme on plonge par inadvertance dans le lac des mystères. L’émergence depuis quelques années d’un Tripole constitué par la Russie, la Chine et les Etats-Unis n’est pas seulement la nouveauté stratégique en termes de puissance et d’influence, mais l’expression d’une nouvelle guerre, mettant en œuvre la force militaire, les nouvelles technologies, les investissements, la culture et pour la Chine une présence de plus en remarquée grâce au principe de « soft power », qui est à sa vision mondiale ce que le Cheval de Troie de la mythologie grecque était pour Ulysse et les gens d’Argos. « Prospérité et puissance », telle est la doctrine finale d’une Chine omniprésente et conquérante, après avoir été « l’Atelier du monde » et s’être si bien réveillée pour inquiéter le monde, pour paraphraser Alain Peyrefitte, auteur d’un livre prémonitoire, « Quand la Chine se réveillera, le monde tremblera ».

Pays le plus peuplé de la planète , 1,7 milliard d’habitant, très implantée depuis des lustres en Afrique, aux Etats-Unis voire en Europe avec des investissements colossaux, puissance nucléaire, la Chine est passé du communisme radical de Mao Tsé-toung , son libérateur en 1949 à Xi-jinping, actuel président de la République, élu par le Comité central du parti en vertu d’une procédure qui ne change pas. Depuis une quinzaine d’années voire plus, la Chine (qui a abandonné l’adjectif populaire) développe une politique de coopération internationale basée sur le respect et l’approche pragmatique, y compris avec les Etats-Unis , alors qu’elle y est farouchement opposée en termes de stratégie politique et d’objectifs mondiaux. Elle n’est partie prenante d’aucun conflit ouvert, privilégie les partenariats, mais reste en revanche réservée, affirmant son droit de véto au Conseil de sécurité des Nations unies. Comme la Russie, la Grande Bretagne, la France et les dix autres pays membres, permanents ou temporaires du même Conseil de l’ONU, la Chine a voté la résolution condamnant l’Amérique après que Donald Trump eut pris la désastreuse décision de déplacer le siège de son ambassade de Tel Aviv à Jérusalem.

Troisième larron du capricieux puzzle mondial, elle demeure un recours pour les pays en développement qui bénéficient de ses investissements, de son savoir-faire, de sa technologie, son expertise humaine voire de sa protection. En cela, elle assure la pérennité de l’équilibre multilatéral nécessaire à la planète.

Nous abordons l’année 2018 sous le signe d’une multipolarisation hérissée, autrement dit mettant en évidence deux principes contradictoires : le désir irrésistible de stabilité, devenue la quête désespérée des peuples, et la propension des égoïsmes nationaux et des violences. Le Moyen Orient participe désormais d’une crise qui ne s’estompera pas de sitôt, tant le feu latent ou allumé embrasera la région encore. Le Maghreb est mort de sa propre mort, comme Sa Majesté Mohammed VI en a fait le triste constat. L’Afrique est en marche, tirée plutôt vers le haut, hormis quelques foyers d’instabilité, mais elle exige davantage de démocratisation et de représentation. L’Europe est ravalée dans ses décalages entre Etats riches et les autres qui suivent, l’Amérique cédant à l’isolasionnisme rampant, le Brésil , géant des BRICS plongé dans une crise institutionnelle sans précédent et le reste du monde dans l’expectative, suspendu au vol des caprices des Grands…

 

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