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Le Maroc, une diplomatie à l’épreuve du feu

Le Maroc, une diplomatie à l’épreuve du feu

Dossier du mois

Regards croisés de la société civile sur la diplomatie marocaine

Ouafa Hajji, Présidente de l’Internationale Socialiste des Femmes

Je crois que si le Maroc avait adopté, depuis le début, l’optique d’une diplomatie agissante et offensive, comme c’est le cas, ces derniers mois, les difficultés que nous connaissons auraient été de moindre ampleur. J’entends par là une diplomatie officielle plus structurée, fondée sur une stratégie de long terme et non sur la conjoncture, et s’appuyant sur les autres formes de diplomatie parallèle souvent négligées et sans moyens conséquents. J’espère que la prise de conscience, bien que tardive, des handicaps de notre diplomatie créera la dynamique nécessaire de renouvellement des stratégies et des ressources indispensables à leur mise en oeuvre. Je qualifierai la diplomatie du Maroc de conformiste et dépassée, agissante de manière conjoncturelle, dans l’urgence ou sur instructions. Ce qui m’a toujours surprise c’est que nous n’utilisons pas tout le potentiel de nos ressources et de leurs réseaux, qui est puissant à l’international, et que nous ne communiquons pas de manière optimale et convaincante sur nos avancées réelles. Nous prêtons, parfois, le flanc à nos adversaires, notamment sur la question des avancées démocratiques et en matière des droits de l’Homme par des décisions malheureuses ou l’absence de décisions.

Par exemple, la lenteur de la mise en oeuvre de la Constitution, qui a pourtant été très appréciée en son temps, nous est aujourd’hui reprochée. Concernant des sujets comme la visite de Ban Ki-moon à Tindouf et en Algérie, sur les dérapages – notamment langagiers – qui ont caractérisé cette tournée, je pense que la réaction diplomatique du Maroc suffit à juguler les effets négatifs de la position affichée du secrétaire général de l’ONU. D’abord parce que la position de Ban Ki-moon est inédite et hors des usages et procédures de l’organisation. Elle est donc infondée et facilement attaquable. Ce que le Maroc a bien exploité. Par ailleurs, le sursaut diplomatique a été fort, ferme et conséquent. De plus en plus, on invoque la diplomatie économique comme un impératif qui régit les relations internationales. Au Maroc, cette dimension semble prendre le pas, notamment au niveau du continent africain où notre pays s’est implanté de manière conséquente. En effet, les diplomaties économique et culturelle sont essentielles. Sa Majesté le Roi s’y est beaucoup investi et les résultats sont appréciés par les africains qui louent les efforts entrepris par le Maroc. L’investissement Royal pour être durable et permanent, doit être relayé de manière efficace par les opérateurs économiques.

Je ne pense pas aux seuls grands groupes mais également à tout le tissu des PME marocaines qui, si elles sont encouragées et soutenues dans leur action, peuvent créer la dynamique à même d’enraciner les relations économiques, de leur conférer un caractère permanent et de générer des liens culturels solides. Ma modeste expérience m’a appris que s’il est indispensable d’alimenter, en permanence, et de consolider les relations traditionnelles, il est tout aussi important de ne pas négliger ceux qui nous apparaissent comme des adversaires. Bien au contraire, une diplomatie offensive, en créant les conditions d’une bonne communication, peut aider souvent à lever beaucoup de quiproquos et instaurer un climat favorable à une meilleure compréhension qui peut constituer le début d’échanges plus sereins. Tourner le dos à ces pays ne me semble pas la bonne solution et les hésitations qui ont caractérisé notre diplomatie devraient faire place à un début de dialogue, d’autant plus que le Maroc a eu, par le passé, des relations historiques avec certains d’entre eux et les a soutenus lors de la période de lutte pour les indépendances. Ce qu’ils n’oublient pas.

Personnellement, je considère que la réforme mise en œuvre dans le département des Affaires étrangères, avec notamment la nomination d’ambassadeurs au profil nouveau, est un bon début prometteur, si elle ne s’arrête pas à cette seule initiative intéressante et encourageante, mais s’inscrit dans une vision de renouvellement des stratégies et des ressources. Le profil idéal du diplomate marocain de nos jours ? Je ne pense pas qu’il y en ait un, standard, valable pour toutes les circonstances et tous les environnements. Il y a la formation de base fondée sur la connaissance des engrenages diplomatiques, c’est certain. Et puis les qualités intrinsèques d’un bon diplomate, la capacité d’adaptation aux circonstances, le sens du politique, le bon relationnel, l’ouverture sur les autres, la communication, la capacité à rassurer et convaincre et un solide bagage économique et culturel. Ceci étant dit, l’anticipation et l’action offensive supposent une structure organisée et fluide, dotée d’une vision claire assimilée par tous, et donc apte à assurer le suivi et dérouler les stratégies adaptées en temps et en heure. En terme de gouvernance, c’est souvent le suivi et la rapidité de la prise de décision qui font la différence et leur défaut handicape les possibilités de réactions au moment voulu.

À propos de l'auteur:

Souad Mekkaoui

Souad Mekkaoui est la Directrice de la Rédaction de « Maroc diplomatique ». Une passion pour l’écriture et un irrésistible désir de communiquer. Auparavant professeur de langue française, écrivaine et aujourd’hui journaliste en charge de « Maroc diplomatique » dans ses versions écrite et numérique, Souad Mekkaoui, auteure de Plus forte que la souffrance et Femmes au purgatoire, elle est aussi une femme engagée avec sa plume contre les abus de tous genres, sociétaux et moraux. Son style s’inspire de l’impertinence, il nous livre en revanche une vision pertinente des choses, il questionne…

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