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Les médias face au pouvoir des réseaux sociaux

Les médias face au pouvoir des réseaux sociaux

Les réseaux sociaux ont réellement changé les habitudes de consommation d’informations. Ils nous informent quotidiennement faisant du monde un fil d’actualités et d’articles politiques, économiques, sociétaux qui défile devant nos yeux quelles que soient les circonstances.

Aujourd’hui, Twitter gagne la course de la performance en termes de temps et va plus vite que n’importe quel autre média. D’ailleurs, les journalistes annoncent sans attendre une nouvelle ou un événement de grande importance avant même de traiter le sujet pour le média ou le site d’information. Facebook, quant à lui, offre plusieurs options aux chasseurs d’infos. En plus du partage de l’information qui a toujours été une priorité pour le réseau de Zuckerberg, celui-ci tend à devenir une véritable plateforme de publication de contenus par la fonctionnalité Articles. On en fait même un crowdsourcing pour témoignage et contribution; et des journalistes peuvent en user pour interpeller des sources potentielles ou des correspondants ponctuels. Ceci étant, même les publications des internautes sur les réseaux sociaux peuvent être reprises puisqu’ils deviennent eux aussi sources et diffuseurs d’informations.

Aujourd’hui, la guerre ne se joue plus seulement sur le terrain de bataille et des hostilités entre armées mais dans les supports médiatiques. C’est devenu un enjeu idéologique.

D’emblée, l’information se crée sur les réseaux sociaux et la couverture d’un événement peut y prendre forme de sorte qu’il peut faire office de référence pour d’autres médias. En plus des révolutions arabes, l’affaire de DSK, en 2011, entre autres, en sont l’illustration.

En 2009 déjà, lors des manifestations en Iran, les journalistes faisaient de Twitter le quartier général des tweets et retweets de citoyens iraniens pour couvrir les événements en temps réel. Que ce soit sur facebook ou Twitter, les live vidéos sur les timelines est une belle accroche pour les médias qui bénéficient ainsi de belles mises en avant de l’algorithme. En somme, les contenus se partagent désormais de façon massive sur les plateformes sociales. Ils circulent. Les médias s’en nourrissent et vice versa. Sans oublier qu’une fois publiée sur Internet, l’information ne meurt jamais et il suffit d’un partage pour qu’elle soit remise en avant.

Et plus elle est partagée plus elle est visible. Ce qui représente en soi un danger puisqu’un fait, le plus souvent scandaleux et choquant, qui date de longtemps peut être facilement pris pour une nouveauté. Et les clics et les partages vont bon train au risque de porter atteinte à une personne ou à une institution.

Il faut le dire, un désir démesuré de buzz s’est saisi du webjournalisme et de certains sites d’informations qui ne se donnent plus la peine de faire la part entre le mensonge et la vérité et lancent des informations peu fiables à privilégier les spéculations, la controverse, la fausse information et la désinformation. Le hic c’est que dans notre société actuelle, nous sommes inondés par un flot d’informations émanant d’une vaste panoplie de sources médiatiques qui servent généralement les individus ou entités qui les possèdent ou encore de puissants intérêts de lobby. Ils sont donc en proie à une perte de crédibilité importante.

Désormais, une chose est sûre : avec toutes les informations qui proviennent des réseaux sociaux, les médias d’informations ont un grand défi à relever, celui d’y puiser l’information, d’écouter les voix qui s’élèvent mais tout en s’accrochant aux fondamentaux de l’éthique dictée par le métier de journalisme. Eviter de se laisser emporter par le scoop du « fait de société » rien que pour rester dans « l’air du temps » s’avère, de plus en plus, difficile dans un monde envahi par le sensationnalisme morbide. Et ce qui est désolant c’est que certains grands sites et grands titres se laissent appâter par l’effet du « scoop » et des informations abracadabrantes et se laissent entraîner par le flot.

Entre l’intox et l’info, l’internaute vacille

De combien de rumeurs et d’informations non fondées, non vérifiées et non canalisées par le sens des valeurs n’a-t-on pas inondé le monde par le biais des médias et des réseaux sociaux? Pour un intérêt ou un enjeu insaisissable, on lance une information tissée de toutes pièces et le mécanisme est lancé. Et juste quelque temps après, on est comme frappé d’amnésie et on est à l’affût d’un autre scoop.

« Le développement de fausses informations en ligne, comme celles dont les sites de fake news ont encore récemment fait leurs choux gras, peuvent distordre les mémoires individuelle et collective de façon troublante », estime Daniel Schacter, professeur en psychologie à l’université de Harvard. Et il a raison de le penser quand on voit que facebook et Twitter débordent de fausses informations et d’actualités « bidons » qui, par la force du clic, peuvent être partagées des millions de fois.

L’effet boule de neige produit par le partage d’une information sur Facebook ou Twitter a permis aux rumeurs les plus fantaisistes de se propager à si grande échelle qu’il a souvent été difficile de les démentir par la suite.

Non fondée, une information non sûre se répand et se transforme rapidement en boule de neige puis en raz-de marée déchaîné, incontrôlable et dévastateur. On est bien à l’ère de l’intox qui précède l’info et les faits et la source ne sont plus vérifiés. La fausse information va bon train. C’est dire que le monde est au cœur de la rumeur qui hante son imaginaire et qu’il a besoin d’y croire même aux dépens du bon sens. Et du coup, les réseaux sociaux et les médias, à portée de main, deviennent un moyen redoutable de diffusion, de manipulation et de complot se servant de fausses annonces au point que les internautes ne peuvent plus démêler le vrai du faux, l’info de l’intox.

Une étude du Washington Post montre, d’ailleurs, que 16% des informations qu’on like ou qu’on partage sur le net ne sont pas lues. Bref, on partage des informations sans même les lire. Ne reste que le titre. Et souvent, en quelques mots, des contre-vérités, des approximations… Circonstances obligent, des intox en série prolifèrent sur Internet et résistent parfois même aux démentis les plus rigoureux. «La réalité des faits compte moins que les convictions ou les émotions ». Elles ne se perdent jamais vraiment. Au mieux, elles se transforment. On les adapte à l’air du temps.

Les informations fausses sont, de plus en plus, nombreuses. Elles sont moins chères à produire, plus efficaces et souvent plus crédibles. Ce qui fait que les réseaux sociaux, en général, sont infestés de hoax de tous genres surtout lors d’événements graves, et il est parfois difficile de démêler le vrai du faux. Vous l’aurez donc bien saisi : les ré- seaux sociaux ont une force de frappe exceptionnelle et une importance capitale dans la vie moderne, mais sont à manier avec des pincettes si on ne veut pas en faire un outil de destruction massive.

Au moment où la guerre des tweets et des posts investit le quotidien de tout un chacun, les réseaux sociaux s’enracinent, de plus en plus, dans la vie des citoyens et des communautés tissant ainsi leur toile autour des quatre coins du monde. La rumeur a la vie dure et les réseaux sociaux aident à ce qu’elle s’engraisse et se répande, chaque fois, un peu plus.

Et de tout mensonge inscrit, accompagné d’une belle image et d’un titre accrocheur, il en reste quelque chose…

À propos de l'auteur:

Souad Mekkaoui

Souad Mekkaoui est la Directrice de la Rédaction de « Maroc diplomatique ». Une passion pour l’écriture et un irrésistible désir de communiquer. Auparavant professeur de langue française, écrivaine et aujourd’hui journaliste en charge de « Maroc diplomatique » dans ses versions écrite et numérique, Souad Mekkaoui, auteure de Plus forte que la souffrance et Femmes au purgatoire, elle est aussi une femme engagée avec sa plume contre les abus de tous genres, sociétaux et moraux. Son style s’inspire de l’impertinence, il nous livre en revanche une vision pertinente des choses, il questionne…

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