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Najat Rochdi, le visage féminin du succès marocain à l’international

Najat Rochdi, le visage féminin du succès marocain à l’international

Par Aziz Rami

Armée d’une expérience vaste et pertinente, d’une connaissance pointue des dossiers qu’elle traite et d’une énergie débordante, Najat Rochdi a réussi à s’imposer dans les hautes sphères, jadis l’apanage de la gent masculine, de l’action humanitaire et du développement des Nations Unies dans les contrées les plus défavorisées du monde.

Intégrant le système onusien au début des années 2000, après un brillant parcours administratif et politique au Maroc, Mme Rochdi a pu gravir rapidement les échelons de l’Organisation internationale, notamment dans le domaine du développement, de la lutte contre la pauvreté et de l’aide humanitaire.

Jusque-là Coordonnateur résident, Coordonnateur humanitaire et Représentant résident du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) au Cameroun, Mme Rochdi a été nommée, jeudi dernier, par le Secrétaire général de l’ONU, M. Antonio Guterres, Représentante spéciale adjointe pour la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation en République centrafricaine (MINUSCA).

A ce titre, elle officiera aussi comme Coordinateur résident et Coordinateur humanitaire de l’ONU, ainsi que Représentant résident du PNUD dans ce pays.

“C’est un grand honneur d’avoir été nommée à ce poste, et pour la confiance du Secrétaire général”, a-t-elle dit à la MAP, non sans une grande fierté, et beaucoup d’humilité. Pour Mme Rochdi, cette nomination reflète “la contribution de la femme marocaine” au maintien de la paix et à la consolidation des valeurs universelles de la Charte des Nations Unies.

Elle envoie, en outre, un “signal à toutes les femmes du monde que l’on peut y arriver si on travaille dur et qu’on y met le cœur et la conviction”.

Et travailler dur c’est ce que Mme Rochdi n’a cessé de faire depuis qu’elle a débuté sa carrière professionnelle. Déjà au Maroc entre 1999 et 2003, elle a été la première femme à occuper le poste de Secrétaire générale chargée des Petites et moyennes entreprises, où elle a dû gérer et aplanir les difficultés auxquelles faisaient face les PME.

En 2003, Mme Rochdi décide de s’envoler à l’international. Elle est d’abord directrice régionale pour les Technologies de l’information et des communications au service du développement dans la région arabe (ICTDAR), un programme du Bureau régional pour les Etats arabes, par le biais duquel elle aide les pays arabes à faire bon usage des TIC et des opportunités qu’offrent la société du savoir pour réduire la pauvreté et améliorer la performance des secteurs public et privé.

De 2008 à 2013, elle occupe le poste de Directrice adjointe du bureau du PNUD à Genève, où elle supervise notamment les négociations politiques sur une panoplie de sujets relatifs aux Objectifs du millénaire pour le développement et à la lutte contre la pauvreté, contribuant à “renforcer la posture du PNUD vis-à-vis des donateurs traditionnels et non-traditionnels”.

C’est en avril 2013 que Mme Rochdi a eu l’occasion de traiter directement les souffrances humaines, lorsqu’elle a été nommée Coordinateur résident et humanitaire de l’ONU, et Représentant Résident du PNUD au Cameroun. C’est une mission qu’elle a prise à bras le corps.

Avec la complexité de la situation, notamment “les effets humanitaires des conflits en République centrafricaine et au Nigeria sur le Cameroun, et les catastrophes naturelles dans le nord du pays”, la tâche “n’a jamais été facile”, souligne-t-elle. Mais grâce au concours de toutes les parties, “on a pu formuler des plans intégrés et avancer collectivement dans la mise en œuvre des Objectifs de développement durables”.

Le poste de Coordinateur humanitaire a imposé à Mme Rochdi de gérer des problèmes humanitaires aigus, que venaient exacerber les attaques de Boko Haram dans le nord du pays, et les flux migratoires en provenance de la RCA. Mais avec son expérience et ses qualités d’habile négociateur, la diplomate onusienne arrivait toujours à mobiliser les ressources et à convaincre les donateurs d’exprimer leur solidarité et adhésion aux principes humanitaires et au devoir de sauver des vies en contribuant de façon importante au financement des plans de réponse humanitaire pour alléger les souffrances des civils, et protéger la vie des déplacés internes, centrafricains et nigérians.

Au moment où le spectre du terrorisme poignait à l’horizon à cause de Boko Haram, Mme Rochdi a pu initier des discussions avec les plus hauts dirigeants camerounais sur le rôle de l’ONU, les moyens d’atténuer l’effet de l’insécurité et d’empêcher la radicalisation, et soutenir la cohésion sociale.

En tant que Représentant Résident du PNUD, Mme Rochdi a mobilisé les ressources nécessaires pour des projets axés sur le relèvement économique rapide, la mise en œuvre de projets générateurs de revenus pour contrecarrer le recrutement de Boko Haram et donner d’autres alternatives aux jeunes, la réduction des désastres naturels liés à l’environnement et l’autonomisation de la femme et des jeunes.

Tout au long de son expérience qui s’étend sur 25 ans, Mme Rochdi a réussi à prouver sa compétence et son efficacité en tenant les commandes dans des milieux à domination masculine.

Ceci n’a pas toujours été une mince affaire. “En tant que femmes, nous devons toujours prouver qu’on est à la hauteur et faire un double effort pour être reconnues”, dit-elle. “Cependant, je fais partie des privilégiées car ma compétence a été reconnue et largement récompensée par notre Secrétaire Général avec cette nomination”.

Mme Rochdi est persuadée qu’il faut continuer la lutte pour accompagner d’autres femmes “pour qu’elles puissent avoir les mêmes chances et qu’elles gagnent la confiance en elles pour s’engager dans ce qui pourrait à tort être perçu comme un domaine réservé aux hommes”.

Mais au-delà des considérations du genre, Mme Rochdi porte dans son coeur une ambition plus holistique et encore plus noble : “Servir l’Humanité et faire ma part de combat pour améliorer la vie des personnes vulnérables, donner une voix à celles et ceux qui n’en ont pas, et faire en sorte que la Charte des Nations Unies continue à être l’expression du meilleur en l’Humain et à nous réunir dans le combat pour la justice sociale, les droits humains et la paix”.

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