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La qualité, maillon faible des télévisions nationales marocaines?

La qualité, maillon faible des télévisions nationales marocaines?

Dossier du mois

Des experts nous livrent leur avis

Redouan Mfaddel, Chef d’entreprise & chroniqueur

La TV est un média en pleine mutation déstabilisée par les critiques qui pointent sa médiocrité mais aussi remise en cause par les nouveaux médias tels que le Web, les réseaux sociaux, plus directs et plus participatifs où chacun peut faire «son marché» en fonction de ses attentes et de ses besoins. Considérée souvent comme pilotée ou non indépendante des forces économiques et des annonceurs, elle n’est plus l’outil de «connexion, d’information, de communication et de distraction»… Le smartphone concurrence gravement la TV au Maroc comme ailleurs. Force est de constater que les chaînes marocaines sont faibles: le format et le contenu des journaux TV est «has been», les marocains leur accordent peu de crédit, la présentation et les sujets traités sont désuets. Il y a un manque évident d’objectivité et de pluralisme. Le niveau des journalistes est faible et en voulant être le reflet de la société (qu’elle considère comme médiocre), la TV s’est nivelée vers le bas du fait aussi du copinage et du clientélisme en ayant recours, toujours, aux mêmes formats et aux mêmes sociétés de production. La TV considère que le divertissement et la détente passent par le rire «bas de gamme», or les marocains ont mûri, ils sont informés, curieux, critiques. Si la TV marocaine a eu son heure de gloire, ce n’est plus le cas alors que la TV satellitaire et l’offre de contenu se sont multipliés et sont plus accessibles. De même, la nouvelle concurrence des médias modernes liés aux NTIC a été rapide et non suffisamment prise en compte. En ne prenant pas suffisamment en considération les attentes et les besoins des téléspectateurs dans une démarche marketing moderne, la TV marocaine a laissé se creuser une distance forte entre les programmes et son public qui évalue, compare plus facilement désormais. Si les émissions diffusées devraient, en principe, jouer un rôle pédagogique, éducatif, une mission de rapprochement, de tolérance et d’éclairage, eh bien, non, elles ne jouent aucun de ces rôles. Les rares émissions sont des débats politiques alors que la politique a perdu toute crédibilité et n’intéresse pas les marocains dans les formats actuels. Il faudrait développer les débats de société (non misérabilistes et voyeuristes) à connotation économique et sociale qui fassent intervenir non pas des béni oui oui mais des esprits critiques, libres qui puissent débattre sans langue de bois…. Le débat libre existe sur les réseaux sociaux et certaines radios mais pas à la TV, il est trop convenu et prévisible. La TV est en grave danger… Les réseaux sociaux, la presse électronique la menacent car ils comportent une forme d’instantanéité et de pluralité au niveau des sources et du contenu. Désormais avec les SMART TV on peut relier sa TV aux nouveaux outils (Web, You Tube) et créer sa propre TV et son propre contenu et zapper sur des millions de programmes. D’un autre côté, si les images de guerre, de conflits sont déjà sur les réseaux sociaux, la presse électronique, le WEB… à mon avis, la TV peut les diffuser tout en se gardant de diffuser les images les plus choquantes et en prévenant les téléspectateurs par des signes sur l’écran. La TV se doit de montrer la réalité du monde tout en ayant une position éthique quant aux images les plus choquantes qui peuvent traumatiser les plus fragiles et les plus jeunes. La violence fait déjà partie du quotidien de nombreux marocains… Ils ne vivent pas dans une bulle et côtoient la misère et la tragédie soit dans leur vie quotidienne et dans leur environnement proche soit via les réseaux sociaux et le WEB. La carapace du marocain d’aujourd’hui est plus épaisse qu’hier.

À propos de l'auteur:

Souad Mekkaoui

Souad Mekkaoui est la Directrice de la Rédaction de « Maroc diplomatique ». Une passion pour l’écriture et un irrésistible désir de communiquer. Auparavant professeur de langue française, écrivaine et aujourd’hui journaliste en charge de « Maroc diplomatique » dans ses versions écrite et numérique, Souad Mekkaoui, auteure de Plus forte que la souffrance et Femmes au purgatoire, elle est aussi une femme engagée avec sa plume contre les abus de tous genres, sociétaux et moraux. Son style s’inspire de l’impertinence, il nous livre en revanche une vision pertinente des choses, il questionne…

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