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Les réseaux sociaux sont-ils en train de bouleverser notre rapport à la vérité?

Les réseaux sociaux sont-ils en train de bouleverser notre rapport à la vérité?

Dossier du mois

Khadija Sansar, Spécialiste en communication politique et d’influence

«Avec Facebook, tout le monde est journaliste et publicitaire»

Aujourd’hui, les réseaux sociaux et particulièrement Facebook gagnent du terrain, dans la vie quotidienne de tous et deviennent une sorte de média incontournable. Seraient-ils amenés à supplanter et à remplacer la presse ? Qu’on le veuille ou non, les réseaux sociaux et surtout Facebook et Twitter s’imposent, de plus en plus, dans la vie des gens. Facebook devient même un intermédiaire entre le lecteur/ spectateur et le media pour ne pas dire son substitut. Tout ou presque s’y trouve au moindre clic. Plus de 1.86 milliard d’utilisateurs actifs, par mois, existent sur ce réseau social cité comme étant le plus puissant du monde et incluant les différentes composantes des catégories sociales de tous les âges. Facebook offre des services impressionnants, nous permet de communiquer et de publier alors que c’était le luxe offert seulement aux journalistes et aux écrivains. Tout le monde est devenu «Journaliste ou publicitaire ». Il permet de tisser des relations avec des personnes qui sont inaccessibles dans la vie de tous les jours, et la phrase «Nous sommes amis sur face» revient à chaque première rencontre avec une personne dont le premier contact a été sur Facebook.

Réseaux sociaux, tribune libre de tout un chacun

 Rapide et ludique, il a bien su se faire une grande place dans la vie des gens puisqu’on y trouve des informations actuelles et qui n’attendent plus de passer par une agence de presse ou un media pour trouver une audience. Tout le monde y a sa parole et c’est ce qui est aussi alarmant et inquiétant. Facebook a donné une liberté d’expression étonnante à ses utilisateurs. Le Printemps arabe, entre autres, lui doit son existence. Tout le monde a droit à un profil et se positionne comme il peut pour être suivi, être influent, apprécié ou jouer le séducteur ou le rebelle. La force de frappe de Facebook est bien installée et va en grandissant et il est bien difficile, aujourd’hui, de se passer de ses services.

Pour ma part et en tant que conseillère en communication, il m’est impossible de mettre en place une stratégie sans tenir compte de ce réseau social. Penser que l’on peut toucher des centaines, des milliers ou des millions d’individus en une fraction de secondes et sans se déplacer est juste révolutionnaire : C’est Facebook ! C’est la tribune libre de tout un chacun !

Les enjeux de la nouvelle culture digitale

La culture digitale s’est bien installée, aujourd’hui, dans nos moeurs entrepreneuriales et institutionnelles. Nous parlons de communication digitale, de manager community, de plusieurs métiers qui sont nés et qui sont liés aux réseaux sociaux. Le digital occupe, désormais, une place primordiale au sein des entreprises et même dans des institutions où le Top management croît. Aujourd’hui, annonceurs, marques, entreprises et même particuliers sont astreints à passer par les réseaux sociaux pour informer sur leurs produits et services, sensibiliser, vendre, influencer … Si tout le monde s’y met, tous métiers confondus, c’est parce qu’il est tout d’abord nettement moins cher : les coûts de communication sur Internet sont sans comparaison avec ceux des supports plus classiques, les coûts de distribution via l’e-commerce le sont tout autant et la distribution de l’information via les réseaux sociaux est encore plus attrayante car actuelle, accessible et suscite le commentaire en temps réel.

Le digital s’institutionnalise et devient une source de pouvoir. Nous remarquons que même les publicités ont changé de procédure et s’orientent beaucoup plus vers des capsules et messages diffusés sur Internet. Toutes les grandes sociétés au Maroc comme ailleurs utilisent le digital pour communiquer, attirer plus de clients et pérenniser une bonne image d’elles.

 Communication digitale, une révolution dans le monde

Force est de constater que les entreprises cèdent, de plus en plus, de pouvoir pour internet à savoir Facebook, WhatsApp, Twitter Youtube, Instagram…

Les patrons communiquent autrement. Ils parlent d’influenceurs, de followers, d’engagement, de positionnement… la recherche d’une e-réputation positive et pérenne est devenue le souci de tous. Avoir une page Facebook, un compte instagram pour une entreprise et un compte sur twitter avec des abonnés dénote de la réussite et de la bonne communication d’une institution. Avoir un compte Facebook dynamique, un compte Twitter avec des folowers et devenir «Influenceur» fait de vous une vedette nationale et parfois internationale ! Le web s’est démocratisé et rien ne l’arrêtera !

 Néanmoins, le digital est à l’origine de beaucoup de crises. Nous constatons qu’un nombre de « journalistes » s’inspirent des histoires provocatrices et des « fake news » dénichés sur les réseaux sociaux. Une fois l’histoire est capturée, elle est amplifiée sur d’autres plateformes et d’autres supports et devient finalement « une crise». En revanche, ces crises peuvent être un levier d’opportunités ou de réussite. Citons l’exemple de la campagne de Bad Buzz qu’a subi KitKat, en mars 2010, par Greenpace accusant Nestlé de contribuer à la déforestation tropicale en utilisant l’huile de palme des forêts indonésiennes. Le résultat est que cette crise était initiatrice de la mutation du groupe avec la mise en place du DAT (Digital Acceleration Team).

Le digital a son pouvoir, certes, mais il ne peut pas remplacer le facteur humain. Il est évident qu’il peut manipuler l’information et influencer certains lecteurs qui ne vont pas au-delà du message, mais il existe des experts qui traquent les données et les insights alimentés par des rumeurs ou des menaces. Ils démasquent leurs instigateurs, bloquent leur propagation et contre-influencent leurs impacts.

Réseaux sociaux et impact sur les médias au Maroc

 L’avantage des réseaux sociaux est qu’ils nous garantissent une distribution de l’information à une échelle plus vaste et plus large. Il nous est impossible d’atteindre la même diffusion à court terme et avec les mêmes moyens humains. Les réseaux sont devenus une source d’influence, par excellence, et se sont imposés dans le quotidien des Marocains au point de devenir un outil incontournable pour tous les journalistes, les attachés de presse et les chargés de communication. Les réseaux sociaux répondent à toutes les exigences d’un journaliste qui publie son article et suit son engagement en termes d’audience. Il peut interagir et répondre aux commentaires, chose qui ne peut pas se faire hors réseaux sociaux où les informations sont fournies, en temps réel, et atteignent les cibles désirées et même plus. Les éditeurs sont confrontés, et le seront encore plus à l’avenir, au risque de perdre leurs lecteurs à cause des réseaux sociaux. N’oublions pas qu’avec le digital, journalistes et médias gagnent en référencement.

 Le secteur des RP (Relations publiques) est aussi heureux de voir l’exercice de ce métier, miraculeusement, facilité par les réseaux sociaux notamment Facebook, WhatsApp et Twitter. Cela permet d’avoir la majorité de tous les journalistes sérieux, crédibles, influents… et les atteindre par un seul clic et en même temps, mettre en place un groupe sur WhatsApp et envoyer un communiqué ou des photos en un temps record, à toutes les différentes cibles. N’est-ce pas phénoménal ? Le phénomène d’attente et de bouclage n’est plus dominant. Vous pouvez être dans une conférence de presse et avant même de la quitter, vous avez déjà un papier ou deux qui sont publiés !

Il y a quelques années encore, c’était la grande souffrance. Il fallait faxer, envoyer des mails, attendre les accusés de réception, relancer les journalistes … Aujourd’hui, la communication est devenue plus rapide et plus facile en termes d’usage et d’exercice.

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