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« Sophonisbe » en amazigh, ou quand une reine amazighe de l’antiquité ressuscite de ses cendres

« Sophonisbe » en amazigh, ou quand une reine amazighe de l’antiquité ressuscite de ses cendres

La traduction en Amazigh de la pièce de théâtre « Sophonisbe » de Voltaire, assurée par l’écrivain marocain Said Abarnous, affiche l’ambition de prouver l’étendue des capacités de transmission de la langue amazighe, mais aussi de dépoussiérer la figure d’une grande reine amazighe antique et de la ressusciter de ses cendres.

En 1774, la pièce hyponyme de François-Marie Arouet, dit Voltaire, a été jouée au théâtre de la Comédie-Française, présentant devant un public ébahi le destin tragique de la reine Sophonisbe. Les récits d’historiens antiques de renom rapportent que Sophonisbe jouissait d’une intelligence hors pair et d’une beauté sublime, deux atouts qui ont mené cette femme à jouer un rôle de premier ordre dans les guerres puniques opposant Rome, royaumes amazighes et Carthage, et à s’imposer comme l’une des plus célèbres figures féminines de l’antiquité.

Sophonisbe était mariée à deux grands rois amazighs. D’abord Syphax, roi de Numidie occidentale, qu’elle épousa vers 206/205 avant J.C. selon les annales antiques. A en croire les historiens gréco-romains de référence comme Polybe et Tite-Live, Sophonisbe a eu une influence croissante sur Syphax et arriva même à le motiver de croiser le fer avec Rome. Syphax finit par être vaincu dans la bataille des Grandes Plaines et capturé en -203.

Sophonisbe sera capturée à son tour par les Romains et l’autre célèbre roi amazigh et allié de Rome, Massinissa, qui l’épousa à son tour. Néanmoins, Rome exigea de Massinissa de lui livrer Sophonisbe pour faire d’elle un trophée de guerre, impératif refusé par la reine amazighe qui se donna la mort en s’empoisonnant. Elle avait 32 ans. De nos jours, Sophonisbe est certes un nom peu familier. Pourtant, il fut un temps où cette figure historique a subjugué les cœurs de grands artistes et dramaturges de tout bord, qui voyaient en elle un symbole de bravoure et d’honneur.

Ainsi, l’Italien Gian Giorgio Trissino a signé, en 1524, la première tragédie régulière de l’histoire sous le titre « Sophonisbe ». Le Français Jean Mairet a publié son chef-d’œuvre « La Sophonisbe » en 1634, où il a introduit le pilier fondateur du théâtre classique; la règle des trois unités. L’un des plus grands poètes dramatiques de tous les temps, Pierre Corneille, a composé sa tragédie « Sophonisbe » en 1663, un siècle avant celle de Voltaire.

L’influence de la reine antique sur le monde des arts n’est pas en reste non plus. A cet égard, il convient de citer, entre plusieurs autres exemples, « Sophonisbe recevant la coupe de poison », de l’un des plus grands noms de l’histoire de la peinture, Rembrandt (1634), et « la Mort de Sophonisbe » de Giovanni Battista Pittoni (entre 1716 et 1720), tableau conservé au célèbre Musée des beaux-arts Pouchkine, en Russie.

La traduction en Amazigh de la pièce voltairienne assurée par Said Abarnous a le mérite de prouver que la langue amazighe peut honorer des figures ayant marqué son histoire millénaire et qu’elle est capable de transmettre, via la traduction, les joyaux de la littérature mondiale, au-delà de toute frontière temporelle ou spatiale.

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