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The Bridge Tank, un think-tank dédié aux pays émergents et à la coopération Sud-Sud

The Bridge Tank, un think-tank dédié aux pays émergents et à la coopération Sud-Sud

 «Premier signal de l’émergence impor­tant : Le Maroc se diversifie économiquement. Et l’émergence, c’est au delà du développement et au contraire de la spécialisation, une di­versification industrielle, technique, et des process des écosystèmes économiques ».

Ces mots prononcés par Joël Ruet, ancien élève de l’école des Mines de Paris et Président du Bridge Tank, à l’occasion de la 3ème rencontre interna­tionale de Dakhla en décembre 2015, reflètent bien le position­nement de ce think-tank orien­té « Sud-Sud ». Un laboratoire d’idées dédié à la compréhen­sion des émergents certes, mais qui ne se cantonne pas à la dé­finition classique de l’émer­gence associée aux BRICS. Identifier les tendances éco­nomiques et industrielles de la coopération sud-sud : telle est l’ambition du Bridge Tank, qui connecte les décideurs de ces « émergents » pour forger des idées et projets innovants. Une capacité d’expertise multisec­torielle, un réseau d’influence solide et international et une vision originale de l’émer­gence façonnent l’identité de ce think-tank novateur. Son créateur Joël Ruet, ingénieur civil des mines et économiste au CNRS, professeur, auteur et éditorialiste, connaît bien ces mondes émergents. Il a vécu, travaillé et enseigné en Chine, en Inde, au Sénégal ou encore en Egypte. Fort de cette expé­rience et d’un réseau bâti sur le terrain au fil des années, il lance le Bridge Tank en 2014. Rencontre avec ce fondateur d’un think-tank 100% sud-sud.

l Maroc diplomatique : Monsieur Ruet, vous avez créé The Bridge Tank, think-tank dédié aux pays émergents, qui se désigne également comme un « do-tank ». Pourquoi ?

– L’idée de créer The Bridge vient d’une volonté de porter des messages à l’internatio­nal, et notamment celui de la rediversification du monde : l’invention de nouvelles tra­jectoires par les émergents et donc la réinvention de leurs tissus économiques, sociaux et environnementaux. Or ces nouvelles trajectoires, qui se croisent et se connectent, changent la mondialisation et les écosystèmes de manière profonde : c’est la thèse que nous développons au Bridge Tank. Cette thèse, nous la dé­ployons à travers différents outils : des policybriefs, des décryptages, des tribunes ré­gulières dans la presse fran­çaise et internationale mais aussi des études plus appro­fondies comme celle sortie en novembre 2015 en partenariat avec l’INPI (Institut National de la Propriété Industrielle) intitulée «Développement durable et propriété intel­lectuelle : l’accès aux tech­nologies dans les pays émer­gents »- qui d’ailleurs met en avant l’expérience innovante du Maroc.

Mais en complément de nos analyses, nous sommes convaincus de l’importance d’une approche opérationnelle: c’est notre vocation de do-tank que nous concrétisons en étant aussi un incubateur de projets, ou plateforme d’acteurs, c’est-à-dire en créant ou en nous im­pliquant dans des projets liés à notre expertise.

l L’observatoire Industriel des Emergents est l’un de ces projets incubés. Quelle est sa vocation ?

– L’Observatoire Industriel des Emergents est notre pre­mière « plateforme » : un pro­jet d’abord conçu à l’Ecole des Mines de Paris, et développé au sein de notre think tank dans une logique d’impact de chan­gement, avec pour ambition d’être une plateforme de réfé­rence pour l’analyse des nou­veaux écosystèmes industriels, économiques et financiers des économies émergentes. Au fil des années et suite à l’interac­tion avec de grands industriels des économies émergentes et des dizaines d’enquêtes de terrain, porté par la confiance de nombreux praticiens et décideurs de ces économies, notamment ceux réunis dans le Conseil d’Orientation Inter­national du Bridge Tank, l’Ob­servatoire est devenu une sorte de « loupe » pour anticiper la teneur et l’impact de ces nou­veaux écosystèmes émergents à l’échelle internationale.

  Chacun des  «Décryptages  Emergents » offre  un point de vue concis mais précis sur un pays  ou un écosystème  économique,  analyse  les tendances  émergentes, mais fait aussi le point sur nos actualités, notre agenda, et une  sélection d’articles de presse.

Nous avons développé une méthodologie fondée sur l’observation de « faisceaux de signaux faibles » ayant le pouvoir de collectivement changer des trajectoires in­dustrielles, sur la stylisation de ces dynamiques, et sur la réflexion-action autour de scé­narios que nous confrontons avec les visions des décideurs. Sous forme résumée, les fruits de cette observation se maté­rialisent régulièrement sous la forme de nos « Décryptages émergents », dont les diffé­rentes éditions sont disponibles sur notre site internet. Chacun des « Décryptages Emergents » offre un point de vue concis mais précis sur un pays ou un écosystème économique, ana­lyse les tendances émergentes, mais fait aussi le point sur nos actualités, notre agenda, et une sélection d’articles de presse. Les transformations structu­relles de la Chine et de l’Inde, les transitions énergétiques, la mobilité électrique, les éner­gies renouvelables dans la région MENA, l’émergence du Maroc : les sujets sont va­riés et toujours analysés selon notre prisme sud-sud et grâce à l’expertise de notre équipe et de nos relais agissants issus du terrain.

l Vous organisez un side-event labellisé lors de la COP22 qui aura lieu en no­vembre 2016 à Marrakech. Quel est votre positionnement par rapport à cette prochaine COP ?

– Au Bridge Tank, nous sommes convaincus que la COP22 marque le début d’un nouveau cycle de COP, et nous étions parmi les tous premiers à penser, dès les derniers jours de la COP21, que la COP de Marrakech sera la COP de l’in­novation et de l’Afrique.

 C’est pourquoi nous avons voulu créer InnovaCOP, une plateforme d’échanges et d’actions, en amont et en paral­lèle de la COP22 et des COPs suivantes, avec l’objectif d’y ré­unir sherpas des négociateurs, entreprises innovantes, experts et organisations internatio­nales, tous engagés en faveur de l’application de solutions innovantes. Le dîner inaugural d’InnovaCOP aura d’ailleurs lieu fin septembre, à Paris, avec comme invitée d’honneur Ha­kima El Haite, ministre chargée de l’environnement du royaume du Maroc.

Le Side Event, lors de la COP22, sera l’une des vitrines de cette plateforme. Sur le thème de l’Innovation à 360°, il se veut « carrefour » des réflexions et propositions autour de l’innova­tion sous toutes ses formes face au changement climatique: in­novation financière, technolo­gique ou encore comportemen­tale. Il réunira une cinquantaine de représentants de grandes entreprises, startups, experts et membres des délégations marocaines et africaines, mais aussi asiatiques, et fera l’objet d’une restitution médiatisée à destination des négociateurs de la COP22. Nous voulons, en effet, que les acteurs puissent faire entendre leur voix durant les négociations, et jouer un rôle clé dans la prise de décision.

Nous organisons également d’autres événements, rencontres et workshops, nous avons lancé sur série de Policy Papers, pour que cette plateforme s’inscrive dans la durée et soit réellement tournée vers l’action. Nous avons notamment déjà porté ces messages auprès du T20-Think20, le Sommet « idées » du G20, fin juillet à Beijing.

l Cette COP22 aura lieu au Maroc, qui se positionne aujourd’hui comme un lea­der sur le continent africain, notamment pour tout ce qui concerne les problématiques environnementales. Quelle est la vision du Bridge Tank rela­tivement au nouveau rôle du Royaume dans ce domaine ?

– Le choix du Maroc pour la COP22 est symbolique et montre l’importance qu’a prise le pays dans les questions en­vironnementales. Le Royaume a su prendre le tournant éco­logique et est devenu un pays leader dans le développement et l’utilisation des énergies renou­velables en Afrique. Le Maroc s’est par exemple engagé à por­ter la part des énergies renouve­lables, solaire et éolienne, à 42% du mix énergétique du royaume d’ici à 2020. Dans d’autres do­maines tels que la gestion des déchets, la politique hydrique ou encore le tourisme écolo­gique, le royaume se positionne en pointe. Les projets écolo­giques durables s’y multiplient, à l’échelle nationale mais aussi à l’échelle locale, et montre à quel point le pays s’engage dans ce domaine.

La COP22 sera donc l’occa­sion pour le Maroc de partager son expérience avec le reste du monde et d’affirmer le rôle de leader qu’il souhaite occuper en Afrique dans la lutte contre le réchauffement climatique.

l Le Bridge Tank a l’origi­nalité de considérer le Maroc comme un pays émergent. Pourquoi ?

– Au Bridge Tank, nous soute­nons que le Maroc est un nouvel émergent, qui sort du lot dans la région, comme l’Ethiopie ou la Turquie. De nombreux signaux soutiennent cette thèse : la den­sification des IDE mais aussi de manière plus profonde, la façon dont le pays orchestre ses 4 ca­pitaux social, immatériel, tech­nique et naturel, la manière dont il se diversifie et se positionne.

Arafat Al Yafei et Joël Ruet à la semaine de la durabilité d’Abu Dhabi organisé par Masdar du 16 au 23 janvier.
Arafat Al Yafei et Joël Ruet à la semaine de la durabilité d’Abu Dhabi organisé par Masdar
du 16 au 23 janvier.

Tout d’abord, le Maroc di­versifie son capital technique. L’exemple du développement de l’industrie automobile et aéronautique au Maroc, reflète cette diversification et cela à tra­vers une importance accordée à la formation liée à ces secteurs, et surtout le développement d’un écosystème favorable au déploiement de ces industries. Deuxième signal essentiel à l’heure d’un tournant global de l’usage et de la transformation des ressources, le Maroc a pris conscience, très tôt, du caractère central de son capital naturel. Il a, dès l’année 2008, à travers sa stratégie pour le secteur de l’agriculture (le « Plan Maroc Vert »), cherché à obtenir un triple gain, sur les plans de la croissance, de l’adaptation au changement climatique et de son atténuation. La publication ré­cente de la contribution du Ma­roc au changement climatique confirme la nouvelle impulsion qu’il veut donner sur son terri­toire. Le pays s’y engage à ré­duire ses émissions de gaz à effet de serre jusqu’à 32% à l’horizon 2030, s’il bénéficie d’un appui financier international suffisant. Les sommes à réunir sont impor­tantes mais réalistes, et l’écosys­tème économique national pos­sède la capacité de l’absorber avec efficacité : en phase avec le développement de projets d’envergure en matière d’éner­gies renouvelables par exemple.

  La COP22 sera donc l’occasion pour le Maroc  de partager son  expérience avec  le reste du monde  et d’affirmer  le rôle de leader qu’il souhaite  occuper en Afrique dans la lutte contre le réchauffement climatique.

Troisième signal, son capital immatériel. Analysé par l’IRES, L’institut Royal des Études Stra­tégiques, dans son rapport « La réputation du Maroc dans le monde », le capital immatériel acquiert une importance gran­dissante comme étant une clé de voûte du positionnement du Maroc au sein des « nouveaux Émergents ». Selon le Bridge Tank, le Maroc développe, à cet égard, également son capital relationnel grâce à son position­nement mondial et l’étendue des relations externes qu’il déploie avec les autres pays, son capital d’image en démontrant une sta­bilité politique et économique. Des atouts auxquels s’ajoutent enfin, quatrième point, sur les plans humain et technique, une réelle dynamique pour acquérir les savoir-faire en concluant des partenariats gagnant-gagnant et un élan dans la recherche.

l Le Bridge Tank est basé à Paris avec également un bu­reau à Bangalore. Comment justifiez-vous alors ce position­nement international au coeur des pays émergents que vous revendiquez ?

Cette revendication s’appuie sur deux éléments tangibles qui constituent l’ADN du Bridge Tank.

D’une part, le Bridge Tank fonctionne avec une équipe mul­ticulturelle, appuyée et relayée par un Conseil d’orientation in­ternational et multisectoriel. Les membres de ce « board » sont répartis dans le monde entier, chacun apportant sa propre ana­lyse et sa propre vision. De cette manière, nous évitons le piège d’une pensée uniforme ou trop orientée géographiquement ou sectoriellement.

D’autre part, à travers le «Bridge Tank Tour», notre équipe participe très régulière­ment à différents événements de renom à travers le monde, dans le public mais aussi comme intervenants pour diffuser nos messages. Nous étions par exemple présents au Forum Economique Mondial de Davos en janvier, et seulement pour le mois de juillet nous étions à la MedCOP à Tanger, au Sommet Think-20-G20 à Pékin et au Sommet Indien de l’innovation à Bangalore. Nous avons aussi participé à des événements dé­diés à la coopération Sud-Sud tel que le sommet Inde-Afrique, en octobre 2015, à New Delhi. Dans tous ces événements, nous diffusons la vision du Bridge Tank et nous proposons nos ana­lyses et solutions. Dans le cadre de la COP22, nous collaborons également avec des think-tanks influant la position chinoise.

Notre dimension internatio­nale n’est donc pas seulement une vitrine : nous portons nos analyses et idées auprès de dif­férentes audiences. Pour cela nous envisageons lors de notre croissance autant de bureaux que de lieux d’influence –tel Pa­ris- pour porter ces messages ou de lieux où se forgent le monde neuf et d’où doivent mieux être écoutés ces messages –tel Ban­galore. L’automne 2016 verra l’ouverture d’un bureau de re­présentation en Chine et 2017 au Maroc ; preuve que la COP22 n’est pas une fin en soi, mais une accélération.

À propos de l'auteur:

Hassan ALAOUI

Hassan Alaoui est le Directeur de la publication de « Maroc diplomatique » , il a dirigé pendant de longues années la rédaction du quotidien « Maroc Soir » et du « Matin » . Il a été aussi éditorialiste des mêmes titres. Il a collaboré à plusieurs autres titres de presse. Auteur du livre « Guerre secrète au Sahara occidental », il suit et analyse pour nous l’actualité politique, nationale, régionale et internationale.

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