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Tindouf et ses miradors de la honte

Tindouf et ses miradors de la honte

Il est une autre dimension du conflit du Sahara, opposant le Maroc à l’Algérie, qui en constitue sa face cachée : les camps de Tindouf, que l’on peut appeler « les camps de la honte ». Ils sont à cette tragédie ce que l’arbre est à la forêt qu’il dissi­mule, tantôt un trompe-l’oeil, tantôt un univers de sourde répression. Non content d’avoir parqué et séquestré des Marocains originaires du Sahara dans les camps de Lahmada et Tin­douf, le gouvernement algérien a pris la sinistre décision d’ériger un mur de sables autour des camps de séquestra­tion avec l’objectif avoué de les em­pêcher de s’enfuir. Car, ils sont, de plus en plus, nombreux à tromper la vigilance des gardes, à franchir les miradors pour se risquer à travers de longs kilomètres dans le désert et arriver, enfin, épuisés, démunis à la frontière du Maroc, leur terre natale.

Ils sont, de plus en plus, nombreux également à crier leur détresse avec fureur, sans rencontrer le moindre écho car la communauté internatio­nale, propagande algérienne oblige, reste sourde à leurs appels. Il y a déjà dix ans, sous l’égide du Haut Com­missariat pour les Réfugiés des Na­tions unies, Maroc et polisario avaient entériné un accord pour faciliter les échanges de visites des familles sahraouies entre Tindouf et Lâayoune. Ces opérations, ces voyages se dé­roulaient à bord d’avions frappés des couleurs de l’ONU mobilisés par la Minurso, quand son rôle se limitait à l’application de l’accord de 1991 sur le cessez-le-feu.

Jusqu’ici, elles ont connu un suc­cès indéniable, elles sont devenues un des « critères » substantiels de ce que l’ONU appelle, non pas le rap­prochement – tant s’en faut – mais la « normalisation » prudente par temps de conflit. Il reste que la tentation est, de plus en plus, grande chez beau­coup pour ne plus retourner à Tin­douf, préférant rester au Royaume du Maroc. La décision de ne plus retour­ner dans les camps de Tindouf, de s’élever contre la féroce répression, porte à conséquence et interpelle, à coup sûr, les responsables à tous les niveaux. Elle témoigne, en effet, de leur volonté d’échapper, puisque l’occasion leur en avait été donnée, au système d’opression instauré dans les camps de Tindouf. Mais aussi du climat de violence qui y sévit et dont la communauté mondiale, sans cesse avertie, devrait tôt ou tard prendre la réelle mesure. Avec ses miradors, ses vigiles, une culture de la peur instau­rée et entretenue par la sécurité al­gérienne, Tindouf est devenue une sorte de Kolyma…où, déployée par les services algériens et leurs stipen­diés du polisario, la «faux mortelle fauche tout le monde» !

Qu’ils aient choisi de ne plus y re­tourner nous en dit, de nouveau, long sur la répression terrible qu’ils ont subie et dont ils conservent, comme beaucoup d’autres, les vifs stigmates. Cette dimension de la tragédie de Tindouf, la communauté internatio­nale l’ignore, la méconnaît et pré­fère l’occulter. Beaucoup de pays, de gouvernements et de peuples sont demeurés dans l’ignorance totale de ce dossier douloureux, accrochés par la propagande du polisario et de l’Al­gérie sur l’aspect profond du conflit du Sahara.

En lui-même, ce conflit en cache un autre. La face immergée de l’iceberg comme on dit ! En novembre 1975, au lendemain de la Marche la verte, suivie par la libération du Sahara et les Accords tripartites de Madrid signés le 14 du même mois , une poignée de membres du polisario avaient été conduits à Tindouf, dans les four­gons de l’armée algérienne, présente et même active en sous main dans la région. Cette dernière avait égale­ment embarqué de force un convoi de familles sahraouies…On pouvait compter ces familles sur les doigts de la main…En février 1976, soit trois mois après, dans l’âpre bataille diplo­matique qui avait suivi, des affronte­ments violents avaient eu pour théâtre la localité d’Amgala entre les Forces Armées Royales et l’armée algérienne au cours desquels des soldats algériens étaient capturés. La bataille d’Amga­la donnait la preuve, si besoin, que l’Algérie – dirigée alors par feu Bou­mediene – était non seulement « inté­ressée » par l’affaire du Sahara, mais impliquée jusqu’au cou et , polisario ou pas, elle resterait le protagoniste et l’adversaire irascible du Maroc.

Le gouvernement algérien et ses propagandistes parlent de « réfugiés de Tindouf », là où la réalité des vio­lations devrait les appeler « séques­trés », captivés dans leurs corps et âmes. Nous avons dit qu’ils étaient quelques groupuscules. Et pourtant, quelques années après, aux environs de 1983-1988, ils sont devenus su­bitement quelque 100.000 « réfu­giés » , affublés du titre de « peuple sahraoui ». La vicieuse propagande algérienne, par presse interposée, les pétro-dollars et les campagnes dans les couloirs des instances mondiales aidant, en avait fait le «peuple mar­tyre », la «dernière colonie» de la pla­nète, pour lesquels toute la machine de guerre algérienne, militaire, diplo­matique et financière était déployée d’un bout à l’autre de la planète.

En réalité, suite à trois longues sé­cheresses, entre 1983 et 1986, tom­bées comme un chape sur le Sahel, ils étaient des milliers de Nigériens, de Maliens, de Touaregs et de Mau­ritaniens qui avaient voulu fuir les affres du rude climat et choisissaient la transhumance… Ils devenaient aussitôt la proie du polisario et des militaires algériens, ils étaient in­corporés de force dans les rangs du polisario dont ils grossissaient, invo­lontairement, le nombre. Tant et si bien que ses dirigeants en prenaient leurs aises pour invoquer le chiffre de 80, 100 voire 120.000 « sahraouis », fourvoyant ainsi l’opinion mon­diale…Il convient de rappeler qu’en tant qu’ancien Commissaire du HCR (Haut Commissariat aux Réfugiés) des Nations unies, Antonio Guterres, aujourd’hui, secrétaire général de cette institution, n’avait jamais été autorisé à visiter les camps de Tin­douf Lahmada, ni réussi à authentifier qui est ou non vraiment sahraoui, ni la réalité des chiffres, gonflés par Alger.

Cette réalité constitue la part d’ombre du dossier du Sahara, elle est le reflet d’une double méprise : l’ignorance par la communauté mon­diale de cette falsification, le mépris à l’égard des séquestrés de Tindouf. Quant au beau principe de «l’auto­détermination du peuple sahraoui» dont Alger continue, aujourd’hui, en­core de faire son cheval de bataille, il est bafoué dès lors qu’il s’agit du peuple touareg qui se bat, depuis des décennies, pour être reconnu. Ou quand il s’était agi du Kosovo qu’elle a refusé de reconnaître.

Alger défend ou feint de défendre, becs et ongles, l’intégrité territoriale du Mali, mais elle combat celle du Maroc….Alger se garde d’invoquer le séparatisme de la Catalogne, mais nourrit tout ce qui s’y apparente dans le Maroc, Alger a tout mis en oeuvre pour réussir son hold-up sur la 4ème Commission des Nations unies, noyautée jusqu’au bout, de la même manière qu’elle a phagocytéel’OUA et l’U.A. avant que notre pays ne re­prenne le dessus pour défendre ses droits.

À propos de l'auteur:

Hassan ALAOUI

Hassan Alaoui est le Directeur de la publication de « Maroc diplomatique » , il a dirigé pendant de longues années la rédaction du quotidien « Maroc Soir » et du « Matin » . Il a été aussi éditorialiste des mêmes titres. Il a collaboré à plusieurs autres titres de presse. Auteur du livre « Guerre secrète au Sahara occidental », il suit et analyse pour nous l’actualité politique, nationale, régionale et internationale.

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