A LA UNEÉditorial

Abdellatif Hammouchi, grand commis de la Monarchie, « transformateur » de la police nationale

Hassan Alaoui

Ce dimanche 16 mai 2021 , la Direction générale de la sureté nationale (DGSN) a célébré dans une communion partagée le 65èeme anniversaire de sa création en 1956 par feu Mohammed V. Cette journée, marquée par une série d’activités multiples, a vu l’inauguration par M. Abdellatif Hammouchi, Directeur général de DGSN , du nouveau siège boulevard Roudani de la BNPJ ( Brigade nationale de la police judiciaire), celle du Laboratoire de Police scientifique et technique (LPST), qui constitue l’un des jalons majeurs de la DGSN, et qui n’a rien à envier, en termes de moyens et de cadres, à ceux des grands pays ; enfin à Kénitra la Carrière du nouveau club équestre de la DGSN, équipé et conforme à tous égards aux standards internationaux. Ces réalisations donnent la réelle mesure des investissements polyformes engagés par la direction générale de la DGSN, à la fois en termes de modernisation technologique et en formation du personnel.

On commence par ce constat qui s’impose : jusqu’à il y a deux ans tout au plus, la police marocaine n’avait jamais auparavant organisé des « Journées Portes ouvertes » au public…Jamais non plus elle n’était sortie de sa réserve et de sa culture de silence. Hermétique, elle l’est demeurée pendant six décennies, fermée à coup sûr dans ses arcanes et ses secrets, mais restée cependant une Administration formelle, avec sa mission initiale d’assurer l’ordre et la sécurité. Il reste que pendant des décennies, cette institution censée être de proximité, tout en étant reconnue, est restée « méconnue » du grand public. Jusqu’à ce 14 septembre 2017 lorsqu’elle a organisé pendant trois jours la 1ère édition de ses « Journées Portes ouvertes » à la Foire de Casablanca. Ensuite à Marrakech et Tanger avec succès. Ces journées ont permis au grand public marocain de découvrir la mission de la police sous un jour nouveau, de connaître ses méthodes de travail, d’approcher ses femmes et ses hommes, de visiter les sites de démonstration des matériels de travail comme aussi des technologies dont elle est équipée.

On peut expliquer cette ouverture, signe d’un profond changement qui continue de marquer le corps de la police nationale, par le fait que depuis 2015 un homme et un seul l’a transformée.  Il y a opéré ce qu’on appelle sans emphase une « révolution copernicienne ». Il s’appelle Abdellatif Hammouchi que le Roi a nommé en février 2015 à la tête de la DGSN. D’aucuns , ils sont légion, ne se sont pas fait faute d’exprimer leur impression mitigée après cette désignation, arguant que la tâche, en fait le cumul de la fonction de Directeur général de la DGST et celui de la DGSN ne serait pas si aisé. Ils déchanteront. D’autres, mieux confiants dans les capacités du nouveau « patron » de la police et des renseignements qu’il était depuis 2005, se sont réjouis de cette nomination qui se caractérise par un souci de cohérence et de cohésion que le Roi a intégré dans sa réflexion.

→ Lire aussi : LE LABORATOIRE DE POLICE SCIENTIFIQUE ET TECHNIQUE DE CASABLANCA, UN IMPORTANT JALON DE MODERNISATION DE LA DGSN

Abdellatif Hammouchi est, à coup sûr, le « transformateur » vertueux de la sureté nationale, en ce qu’il a entrepris en termes de mesures, d’actions, de décisions pour la changer et lui redonner le souffle et les moyens de travail nécessaires. Dans ses pas, une nouvelle police est née, sous sa direction elle opère une mue et devient le miroir des avancées d’une société marocaine exigeante et complexe. Police de proximité, police familiale , police citoyenne, les qualificatifs sont nombreux ; ils surabondent pour mettre en exergue une évolution marquée au sceau du changement non pas par à coups mais dans le sillage d’une ligne de conduite à pente régulière. Pour changer la police nationale dans ses rapports avec les citoyens, il faut d’abord commencer par changer ses conditions , économiques et sociales, les améliorer et réviser le statut de ses fonctionnaires et de ses troupes. Et pour tout dire créer ce sentiment d’appartenance et d’identification.

Nommé, on a dit, en 2015 à la tête de cette immense famille, le nouveau directeur général a entrepris, non sans audace et détermination, une « révolution en douce », par des touches successives, qui va de l’accoutrement et de la tenue jusqu’à des approches au niveau de la culture et des mentalités. Et lui-même, au grand étonnement des tous, a donné l’exemple du comportement attendu, souhaité et prescrit, dès lors qu’un citoyen, fut-il un marchand ambulant offensé a crié à l’injustice. Lui-même s’est prêté directement à l’exercice du défenseur de l’ordre et de la protection des familles quand, nécessité faisant loi, il est descendu sur l’arène du combat antiterroriste, dans des opérations plus que risquées pour neutraliser et mettre hors d’état les « jihadistes » !

A ce niveau-là, une théorie proprement « marocaine » est mise en œuvre avec efficacité : la lutte souterraine, la veille permanente et constante, l’anticipation même. A son actif , on peut évoquer plus de 85 cellules qui ont été démantelées par le Bureau central d’investigation depuis sa création en 2015, chiffre qui honore notre police, y ajoutant les « interventions indirectes » consistant à alerter beaucoup de pays étrangers comme la France notamment, les Etats-Unis, le Sri Lanka, l’Italie, l’Espagne. Ce combat antiterroriste, inscrit désormais dans les priorités majeures de notre pays depuis les attentats du 16 mai 2003 perpétrés à Casablanca, renforcé avec détermination depuis 2015 a porté ses fruits.  Rien que pendant l’année 2020, 8 groupes terroristes ont été démantelés contre 21 en 2015 ; 19 en 2016 ; 9 en 2017, 11 en 2018 et 14 en 2019, selon le directeur de BCIJ . On peut y ajouter les repentis, ceux qui ont fait leur « mea culpa » après avoir purgé leur peine et se sont réinsérés dans la société après avoir échappé à l’emprise d’un Aarras ou autres…L’efficacité policière a été confortée également par l’adoption au Parlement , et à l’unanimité, de deux textes de loi antiterroristes, le premier en 2003 après un débat houleux et intense au Parlement et le second en 2009 dans le sens d’un durcissement préventif et post-attentat.

→ Lire aussi : LE NOUVEAU CLUB ÉQUESTRE DE LA DGSN DISPOSE D’UNE CARRIÈRE PRINCIPALE CONFORME AUX NORMES INTERNATIONALES

Est-ce à dire que le Royaume du Maroc , confronté comme d’autres pays, au phénomène du terrorisme n’avait pas d’autre choix que de mettre en place sa propre stratégie pour le combattre. Et que celle-ci, pour avoir été soutenue et bénéficié d’une expérience exceptionnelle et appropriée, continue de faire l’objet de reconnaissance voire d’admiration à l’échelle mondiale. Sauf que le directeur général du pôle DGST-DGSN garde le triomphe modeste et ne dort jamais sur ses lauriers. Tel une sentinelle sur ses gardes, le sommeil plombé par la lourde responsabilité, il veille au bien être et à la tranquillité des Marocains, s’imposant à lui-même et à ses collaborateurs un régime spartiate, un rythme de travail modelé néanmoins par le devoir d’écoute des citoyens et le réflexe de justice qui l’anime. Chez Abdellatif Hammouchi, ce n’est jamais une humilité feinte, mais une éthique originelle , enracinée dans un système de valeurs où la richesse intellectuelle du fils de peuple côtoie le patriotisme chevillé au corps.

Dans son mode de gestion, Abdellatif Hammouchi a réhabilité les vertus des fonctions, il a humanisé la relation autrefois difficile entre la police et les citoyens. Et ces derniers n’ont de cesse de lui exprimer leur reconnaissance de cette « banalisation » qui relève de la prouesse tant il est vrai , esprit d’ouverture oblige que la méfiance des citoyens s’est estompée. Non que la police n’ait pas été humaine ou accessible, non qu’elle ait été plus répressive que clémente , mais elle traduit désormais une transformation ressentie de plus en plus , jusqu’au niveau de son administration, des formalités routinières, des compétences et services rendus aux citoyens.

L’amélioration des conditions de travail des milliers de femmes et d’hommes au sein de la police est un autre chapitre plus qu’honorable à mettre sur le compte des profondes et grandes réformes que le directeur général a mises en oeuvre. L’un des traits majeurs de celles-ci est l’intégration pleine et entière de la femme dans le système de recrutement, de formation et d’accomplissement de carrières. D’aucuns diront qu’il s’agit d’un rafraichissement, et de fait c’en est un. Mais il s’agit en revanche d’un indicateur sociologique où le poids de la femme est mesuré à sa juste valeur qui reflète la démocratisation à laquelle la DGSN donne toute sa dimension. De la même manière, une autre performance , une autre réforme profonde marque de son sceau la transformation de notre police : celle des concours d’accès qui a connu un véritable « bouleversement », parce qu’ils ouvrent désormais les portes à des ingénieurs, des hauts techniciens, des informaticiens voire des médecins qui , formés aux sciences et aux technologies, ont à cœur de contribuer à l’amélioration de la qualité des missions au sein de la DGST et de la DGSN.

La célébration du 65ème anniversaire de la création de la DGSN , quand bien même elle est discrète, est un événement national et populaire. Une société comme la notre, devenue exigeante et complexe, tendue vers la revendication de liberté et d’émancipation , devrait faire sienne cette maxime : c’est la liberté qui opprime et la loi qui libère.

Hassan ALAOUI

Hassan Alaoui est le Directeur de la publication de « Maroc diplomatique » , il a dirigé pendant de longues années la rédaction du quotidien « Maroc Soir » et du « Matin » . Il a été aussi éditorialiste des mêmes titres. Il a collaboré à plusieurs autres titres de presse. Auteur du livre « Guerre secrète au Sahara occidental », il suit et analyse pour nous l’actualité politique, nationale, régionale et internationale.

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