Affaire Raissouni : Quand des militants du Comité de soutien dénoncent sa « récupération politique » par Mâati Mounjib

Raissouni

Exclusif : Parlant au nom de militants du Comité de soutien au journaliste mis en garde à vue, un de ses membres, excédé par les méthodes « staliniennes » de Maâti Mounjib, sort du silence et dénonce la gestion catastrophique de cette affaire par ce dernier, en réclamant ni plus ni moins sa mise à l’écart. Voici ce qu’il écrit.

« L’affaire du journaliste Souleiman Raissouni, arrêté sur la base d’accusations publiées sur Facebook, est en passe de devenir la chasse gardée d’une faction de défenseurs des droits de l’Homme, qui ne réalisent pas à quel point la confiscation du débat peut s’avérer fatale pour la liberté du journaliste.

« Depuis le déclenchement de cette nouvelle croisade contre l’une des dernières plumes libres du Maroc, la cellule restreinte de soutien à Souleiman, qui s’est constituée au lendemain de son arrestation, n’a cessé de faire preuve d’une obsession maladive pour monopoliser la stratégie de sa défense, en reproduisant exactement les mêmes erreurs commises dans l’affaire Bouachrine, qui a fini par être condamné à 15 ans de prison.

« Oubliant que le débat crédible et probant implique l’acceptation des thèses contradictoires, pour mieux convaincre l’opinion publique nationale et internationale de l’innocence de Souleiman, le groupe autoproclamé pour soutenir ce dernier semble paradoxalement tout faire pour obstruer ses chances de s’en sortir, en imposant le diktat de « la pensée unique » et en ouvrant ainsi la voie libre à une version des faits exposée sous le prisme d’un certain Abou Wail Arrifi, dont, il faut admettre avec fair-play, les effets percutants et ravageurs de ses écrits sur plusieurs d’entre nous, tout en étant diffusés par un site médiatique à forte audience.

« Détrompez vous messieurs les défenseurs autoproclamés de Souleiman, les paradigmes de la stratégie de communication utilisés pour Hajar sont inadaptés pour plaider la cause de son oncle. Le cas de Hajar était de très loin beaucoup plus gérable, dans la mesure où la principale revendication, celle de la liberté de disposer de son corps, a permis d’ameuter l’opinion internationale et de contourner habilement la polémique de nos islamo-conservateurs sur l’avortement et les relations sexuelles hors mariage, pour finalement faire triompher la logique de la grâce royale.


« Or, dans le cas de Souleiman, c’est tout à fait le contraire ! Les accusations sont d’une toute autre dimension et répondent à d’autres prismes juridiques, dont nous nous efforçons d’en atténuer maladroitement la portée pour ne pas mécontenter les islamistes, alors que cela ne fait qu’accroître, jour après jour, les réserves, voire la désapprobation des grandes Ong internationales, surtout lorsqu’elles constatent que notre ligne de défense s’articule autour de notre exclusion inavouée des droits du déclarant, tout en étant entachée par les scandaleuses insultes homophobes proférées à l’encontre de ce dernier, par les avocats barbus de Raissouni, qui n’ont pas hésité à le qualifier de « sodomite », au grand amusement du Makhzen.

Sur la même voie que Bouachrine ?

« Notre déroute dans le soutien de Souleiman est d’autant plus grave, que tous les exégètes médiévaux des droits de l’Homme et les ex-journalistes reconvertis ou en mal de l’être, mis en scène par Maati Mounjib sur les réseaux sociaux, tels des saltimbanques, se foutent le doigt dans l’œil en pensant pouvoir cristalliser le débat autour de la question bidon des « vices de forme » et d’improbables « vices de fond », pour faire pression sur une justice, désormais rompue aux stratagèmes éculés des copains de Maâti Monjib, telle la fameuse carte de l’arrestation hollywoodienne de Raissouni, rapidement démontée, ou la lettre de solidarité de Taoufik Bouachrine, une autre carte brulée qui vient non pas soulager, mais enfoncer davantage Raissouni dans son malheur, ou encore le lancement de pétitions multilingues, dont le nombre des signataires est aussi insignifiant que honteux.

« Non ! Ce n’est pas en récusant, par reflexe sectaire ou corporatiste, les voix qui nous contredisent et nous contrarient, que nous servirons la cause de Souleiman. C’est bien tout le contraire de l’effet voulu, tant nous apparaissons, plutôt, comme de véritables censeurs, nous qui sommes censés défendre sans aucune restriction ou faux calcul, la démocratie, la liberté d’expression, les vertus du dialogue, le droit des minorités sexuelles, en luttant avec engagement contre la culture du viol et l’impunité.


« Cette manie à vouloir mener notre campagne de soutien à huis clos et en vase clos, sous les auspices d’un Maati Mounjib, qui donne l’impression de défendre plus sa propre cause que celle de Souleiman, comme on a pu l’observer lors de son passage dans le live de notre ami Mustapha El Hasnaoui, renseigne sur la culture dictatoriale de notre comité de soutien aux allures de Kominform, qui estime être le seul habilité à défendre les intérêts de Raissouni, et trouve normal d’actionner les mêmes figures, qui tiennent les mêmes propos, sur les mêmes tribunes, et qui empêcheront, in fine, Souleiman, de sortir de l’ornière.

Ali Lmrabet et le « silence religieux des ONG »

« Il ne faut pas se méprendre. Cette stratégie de « prêt-à-porter » est défaillante et rebute les ONG habituelles comme Amnesty ou HRW, qui s’empressent, en temps normal, d’apporter leur soutien dans pareilles circonstances aux journalistes. Dans son article paru sur le site Middle East Eye, le journaliste Ali Lmrabet s’est interrogé à juste raison sur « le silence religieux qu’observent les organisations internationales des droits de l’homme dans l’affaire Raissouni », au grand dam de la course en circuit fermé menée par Mounjib et son réseau dans leur quête de prendre la main sur une affaire devenue, de fil en aiguille, à géométrie variable.

Pour éviter à Souleiman de subir le même sort que Taoufik, il est temps de dessaisir Maati Mounjib et sa clique de sa défense et de reconnaitre dans leur entièreté les droits civiques du plaignant à recourir à la justice, sans verser dans la thèse de l’Etat complotiste, une thèse qui  à force d’être ressassée dans toutes les sauces, s’est transformée pour nous en cul-de-sac.


Le temps est surtout venu d’opérer notre propre perestroïka en faisant en toute transparence le ménage dans nos rangs. Il est impératif que nous fassions preuve de cohérence avec nos principes et convictions en apprenant à nous désolidariser de nos brebis égarées qui utilisent le parapluie les droits de l’Homme pour assouvir leur désir bestial, en bafouant la dignité de nos militants et militantes contraints d’étouffer leurs souffrances sous le joug d’un militantisme homophobe.

« L’Eglise a bien su crever l’abcès de la monstrueuse pédophilie de ses cardinaux et évêques, sans faire pour autant accuser le Vatican et le Pape d’autoritarisme. Pourquoi ne pas adopter la même approche cathartique, au nom du respect universel des droits de l’Homme dont nous nous réclamons ? »