Agriculture et innovation : Quel avenir pour le secteur phytosanitaire au Maroc ?

Agriculture

Propos recueillis par Souad Mekkaoui

 Malgré tous les efforts déployés, le secteur des phytosanitaires au Ma­roc reste toujours tributaire des conditions climatiques et varie selon les vi­cissitudes du climat. Les agriculteurs doivent à la fois cultiver de manière responsable, assurer un bon rendement pour produire en quantité suffisante et proposer des aliments de qualité, à des prix abordables pour le consommateur. Pour réussir ce challenge, ils doivent choisir les meilleures semences, mais aussi protéger leurs cultures des parasites naturels (mauvaises herbes, insectes rava­geurs, maladies) en utilisant des outils et des produits de protection des plantes et de bio-contrôle, d’où l’importance de la recherche et de l’innovation dans ce domaine. Quel constat peut-on dresser du secteur phyto­sanitaire au Maroc? Quelle innovation dans l’agriculture ? M. Laurent Perrier, Direc­teur Général de Bayer en Afrique du Nord nous apportera les réponses à ces questions et à bien d’autres.

  • MAROC DIPLOMATIQUE : Quel état des lieux dressez-vous du secteur des phytosanitaires à usage agricole au Maroc?

– Malgré tous les efforts déployés, le secteur des phytosanitaires au Maroc reste toujours tributaire des conditions climatiques et varie selon les vi­cissitudes du climat. La consommation en produit phytosanitaire varie d’une culture à l’autre et d’une année à l’autre. Selon les estimations de CropLife Maroc (Association des représentants de l’indus­trie phytosanitaire au Maroc) et en l’absence de statistiques fiables, ce sont les céréales d’automne qui s’accaparent la part du lion, avec 18%, suivies de la tomate sous serre avec 11%, la Betterave à sucre et des agrumes avec 9% chacune.

En termes de marché et de par ces chiffres, on constate que 10 cultures consomment pratique­ment 80% des pesticides à usage agricole utilisés au Maroc. Avec les céréales représentant à elles seules 18%.

  • Est-ce que le potentiel des protections phyto­sanitaires est exploité à 100% au Maroc ?

– En effet, quand on compare le potentiel éco­nomique de ces cultures en hectares, soit l’en­semble des surfaces qui justifient, économique­ment, la protection phytosanitaire par rapport aux superficies réellement traitées, on trouve des écarts inquiétants qui démontrent qu’au Maroc la protection phytosanitaire est encore sous utilisée, privant ainsi l’agriculture marocaine d’un facteur important et primordial pour booster sa produc­tion et améliorer ses rendements. Ainsi, si pour certaines spéculations intensives, telles, la tomate sous serre, la betterave sucrière, ou certaines plan­tations et cultures maraichères, dont les surfaces traitées oscillent entre 80% et 100% de leurs po­tentiels pour les céréales qui représentent prati­quement le cinquième du marché et qui sont pri­mordiales pour la sécurité alimentaire du Maroc, les surfaces traitées ne représentent que 50% de leurs potentiels.

  • Quels sont les attentes et besoins des agricul­teurs envers l’industrie phytosanitaires ?

– Aujourd’hui, les agriculteurs doivent, à la fois, cultiver de manière responsable, assurer un bon rendement pour produire en quantité suffisante et proposer des aliments de qualité, à des prix abordables pour le consommateur. Pour réussir, ils doivent choisir les meilleures semences, mais aussi protéger leurs cultures des parasites naturels (mauvaises herbes, insectes ravageurs, maladies) en utilisant des outils et des produits de protection des plantes, y compris dans le domaine du bio-contrôle. C’est dans le cadre de cette démarche que notre industrie accompagne, aujourd’hui, les agriculteurs avec des semences de qualité, des produits qui protégeront la croissance et l’épa­nouissement de la plante, et des outils, matériels et technologies permettant d’accroître les rende­ments tout en respectant l’environnement.


  • Quelles sont les principaux défis à relever actuellement dans le secteur au Maroc?

– L’un des maillons faibles du secteur des phy­tosanitaires est celui de la revente. En l’absence de statistiques fiables, on estime, au sein de notre groupement associatif que le nombre de petits revendeurs exerçants dans ce domaine oscille entre 2000 et 3000, concentrés surtout autour des zones irriguées. Ils jouent un rôle important dans la distribution des produits et la vulgarisation des bonnes pratiques agricoles.

Malheureusement, la plupart sinon la totalité de ces revendeurs ne se sont pas conformés aux exi­gences légales requises par la loi 42/95, notamment son article 14, relatif aux conditions à remplir pour l’exercice des activités de fabrication, d’importa­tion, de vente, de mise en vente ou de distribution des produits pesticides à usage agricole, qui a été d’ailleurs modifié par la loi n° 32-00, promulguée par le dahir n°1-01-350 du 29 janvier 2002.

En conséquence, nous avons un circuit de petits revendeurs qui exercent en dehors de la légalité et n’ont pas été formés, officiellement, pour exercer cette activité, laissant ainsi la porte ouverte à certains vendeurs qui opèrent dans la contrefaçon et la contre­bande. Ces fléaux qui minent le secteur des phyto­sanitaires gagnent, chaque année, en importance malgré les contrôles répétés. D’après de récentes estimations, la contrefaçon et la contrebande consti­tuent 15% du marché total des pesticides à usage agricole, évalué en 2018 à 1.500 millions de DH.

  •  Pourquoi est-il primordial d’innover en agri­culture ?

– Chez Bayer, nous regardons la nature telle qu’elle est. Ni complètement parfaite, ni totale­ment imparfaite. Certaines maladies existent et menacent la santé humaine comme la santé ani­male et celle des plantes. Elles nécessitent d’être traitées. Mauvaises herbes, insectes ravageurs ou champignons affectent des produits comme le blé ou les fruits et légumes que nous consommons tous les jours. Aussi, le monde agricole se trans­forme et est à la recherche de solutions qui per­mettent d’optimiser l’utilisation des intrants et qui favorisent les bonnes pratiques. Pour bâtir l’agri­culture durable de demain, nous devons découvrir de nouvelles solutions. Nous sommes convaincus que grâce à nos investissements accrus dans la recherche et les solutions que nous mettrons à la disposition des agriculteurs, ceux-ci pourront réa­liser une production plus importante, de meilleure qualité et respectueuse de l’environnement grâce à la juste combinaison de plantes capables de se protéger elles-mêmes des maladies et des aléas climatiques, du bio-contrôle, de l’agriculture de précision et de la chimie.


  • L’importance que vous attachez aujourd’hui, au développement durable et à la responsabilité sociétale est remarquable au sein de votre insti­tution, mais qu’en est-il de votre responsabilité éthique et scientifique ?

– Nous avons pleinement conscience de la forte responsabilité qu’implique une position de pre­mier plan en agriculture. Les engagements que nous mettons en oeuvre, au quotidien, pour ré­pondre aux attentes des agriculteurs et de notre Société sont pour nous primordiaux, et surtout très concrets ! Nous allons continuer à pratiquer notre métier de manière responsable, en veillant à réduire l’impact environnemental de nos activités pour préserver le patrimoine agricole, en encoura­geant les pratiques en faveur de la biodiversité et en prenant toutes les précautions nécessaires pour développer des produits présentant toutes les ga­ranties en termes de sécurité. Nous continuerons, par ailleurs, à être à l’écoute de nos différents publics en poursuivant des initiatives telles que le développement de partenariats avec les agricul­teurs et l’ouverture de nos centres de recherche pour favoriser un climat d’échanges autour de nos activités, avec une vraie volonté de transpa­rence. Nous souhaitons ouvrir le dialogue en nous basant sur des données scientifiques. Pour cela, nous mettons à disposition du public les résumés d’études traitant de la sécurité de nos produits de protection des plantes, via ce site : www.crops­cience-transparency.bayer.com

  • L’actualité du mastodonte Bayer AG en Al­lemagne et dans le monde entier nous impose de nous demander pour quelle raison votre organi­sation a-t-elle acheté Monsanto ?

– Pour que nos agriculteurs soient en mesure de produire des aliments sains et en quantité suffi­sante, il leur est nécessaire d’avoir à leur dispo­sition des solutions pour protéger leurs cultures de ces agresseurs naturels. Avec l’acquisition de Monsanto, nous renforçons notre pilier dédié à l’agriculture et nous accroissons nos capacités d’innovation. D’abord en proposant aux agricul­teurs des solutions visant à réduire, progressive­ment, l’utilisation des produits phytosanitaires, grâce notamment à la sélection variétale et à l’agriculture numérique. Ensuite, en développant l’agriculture raisonnée voire biologique en ayant recours à des organismes vivants ou des subs­tances naturelles afin de protéger les cultures.