Algérie: contrôle judiciaire levé pour un avocat, toujours en grève de la faim

Algérie

Le contrôle judiciaire de l’avocat algérien Me Salah Dabouz, qui attribue ses déboires judiciaires à ses critiques de la justice algérienne, a été levé, a indiqué mercredi l’intéressé à l’AFP, qui entend néanmoins poursuivre une grève de la faim entamée début juillet.

Me Dabouz, connu notamment pour sa défense des militants de la cause mozabite –une minorité berbérophone d’Algérie vivant principalement dans la Vallée du Mzab, dans la région de Ghardaïa (500 km au sud d’Alger)– était sous contrôle judiciaire depuis le 8 avril, au lendemain de son arrestation à Alger.

Je me suis présenté ce (mercredi) matin chez le juge d’instruction à Ghardaïa pour mon contrôle judiciaire. Il m’a informé de (sa) levée et du renvoi de mon affaire devant le tribunal délictuel de Ghardaïa” à une date encore indéterminée, a déclaré Me Dabouz à l’AFP.

Je suis en grève de la faim depuis le 8 juillet et je ne compte pas arrêter“, a ajouté l’avocat que son contrôle judiciaire obligeait à se rendre trois fois par semaine à Ghardaïa, alors que son domicile et son cabinet sont à Alger.

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Me Dabouz a dénoncé une instruction uniquement à charge et estime que son renvoi devant un tribunal confirme “l’acharnement judiciaire et que le juge n’agit pas de son propre gré. C’est un déni de justice“.

L’avocat avait indiqué en mai à l’AFP être inculpé de 14 chefs d’infraction, notamment incitation à la haine ou à la discrimination, atteinte à l’intégrité du territoire national, tentative de pression sur les juges.

Ses déboires judiciaires sont liés selon lui à des publications sur Facebook dans lesquelles il s’en est pris notamment aux inculpations “bidon” contre des militants mozabites et a dénoncé les “étranges décisions” de la justice à Ghardaïa “qui remplissent les prisons d’innocents“.

Ces écrits avaient été publiés après la nouvelle arrestation fin mars d’un de ses clients, Kamel Eddine Fekhar, militant mozabite et syndicaliste.


M. Fekhar avait libéré en 2017 après avoir purgé deux ans de prison notamment “pour trouble à l’ordre public“, en lien avec les violences dont le Mzab avait été le théâtre en 2015 entre Mozabites –berbères de rite ibadite– et Chaâmbas, des Arabes de rite malékite.

En grève de la faim après son arrestation, M. Fekhar est décédé en détention préventive le 28 mai.

En mai, Human Rights Watch (HRW) avait dénoncé un “harcèlement judiciaire” contre Me Dabouz, inculpé et sous “contrôle judiciaire pour avoir critiqué des tribunaux sur Facebook“.

Avec AFP