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Algérie: La répression pour étouffer toute expression libre et pacifique

Elle n’est ni le bon exemple, ni un bon élève en la matière. L’Algérie vit au rythme des atteintes quotidiennes aux droits de l’Homme et aux libertés, devenues un sujet récurrent et un objet d’inquiétude permanent pour la société civile et de questionnement pour les organisations nationales et la communauté internationale.

En Algérie, un sentiment de dépit domine chez les défenseurs des droits de l’Homme qui croient, dur comme fer, qu’ils vivent actuellement une situation de régression par rapport à l’ère Bouteflika : Le pouvoir algérien s’efforce de briser tout mouvement de contestation pacifique souvent par un usage disproportionné de la force, le recours à l’intimidation et aux arrestations arbitraires.

Pour éteindre le mouvement contestataire, le régime algérien, largement contesté, s’acharne contre les militants du Hirak, mouvement antisystème né en février 2019, en multipliant les interpellations et les poursuites judiciaires visant les opposants et en mettant toutes les voix discordantes dans le même sac.

Des militants, des défenseurs des droits humains, des étudiants, des journalistes, des blogueurs et de simples citoyens exprimant pacifiquement leur désaccord font continuellement l’objet de brimades, de poursuites judiciaires et de violences policières.

Plusieurs centaines de personnes sont actuellement incarcérées pour des faits en lien avec le Hirak ou les libertés individuelles. Le seuil de l’intolérable étant franchi, plus de 80 ONG algériennes et internationales sont allées jusqu’à interpeller le Conseil des droits de l’Homme (CDH) de l’ONU à propos de « l’escalade répressive » des autorités algériennes et de « la criminalisation incessante des libertés fondamentales ».

→ Lire aussi : Algérie: Le PST décide de boycotter les prochaines élections locales

Ce cri de détresse a été entendu et l’ONU a exprimé sa profonde inquiétude. En effet, le Haut-commissariat des Nations unies aux droits de l’Homme (HCDH), n’y est pas allé de mains mortes.

Il s’est dit « préoccupé » par la situation en Algérie où les droits fondamentaux, tels que la liberté d’opinion et de réunion pacifique, continuent d’être attaqués.

Selon le HCDH, des centaines de manifestants ou toute personne que les forces de l’ordre considèrent être un manifestant ont été arbitrairement arrêtés, pire encore, les militants du Hirak continuent d’être poursuivis sur la base de lois trop vagues.

D’ailleurs, le HCDH a exhorté Alger à « mettre fin aux arrestations arbitraires et détention de personnes ayant exercé leurs droits à la liberté d’opinion, d’expression et de réunion pacifique ».

Ce sentiment d’inquiétude, qui reflète une régression flagrante en matière de respect des droits et des libertés en Algérie, ne cesse de provoquer la réaction des ONG et de la société civile.

En effet, le recul du champ des libertés, les restrictions de plus en plus graves imposées aux médias, les arrestations des journalistes, coupables de n’avoir pas épousé la ligne fixée par le régime, et de certaines figures des droits de l’Homme, suscitent de plus en plus réprobation et critiques acerbes au régime algérien.

Saïd Sahli, vice-président de la Ligue algérienne de défense des droits de l’Homme (LADDH) est allé jusqu’à affirmer que « cette Algérie -nouvelle-, annoncée par le président Tebboune en 2019, se trouve être pire que -l’ancienne-« .

Il suffit de lire les communiqués de plusieurs organisations internationales pour s’en convaincre de cette dérive inquiétante. Elles déplorent, plus d’une fois, l’intensification des attaques contre la presse et dénoncent la dérive répressive des autorités algériennes.

Pour ces organisations, les atteintes à la liberté de la presse ont connu une nouvelle aggravation en Algérie.

Outre les journalistes et les activistes du Hirak, des figures du droit de l’Homme et des universitaires n’ont pas échappé à la machine répressive du système. Une figure de la lutte pour les droits de l’Homme en Algérie, Fatiha Briki, est en détention depuis jeudi 17 juin à Alger, sans que soit connu le motif de son arrestation, cite comme exemple le Comité national pour la libération des détenus (CNLD).

Fatiha Briki, une universitaire en retraite, réputée pour son engagement en faveur de la défense des droits humains et contre la torture, a été arrêtée et son domicile et les faits qui lui sont reprochés n’ont pas été divulgués.

Abdelali Rezagui, analyste politique connu pour ses interventions dans les médias, avait été interpellé par les services de sécurité dans la région d’Alger avant d’être relâché quelques heures plus tard, sans explication.

Aujourd’hui, le mouvement de contestation subit une répression sans précédent sous le régime en place.

Pour Saïd Sahli, vice-président de la LADDH, le bilan en termes de droits humains est « déplorable ».

En témoignent les centaines de militants en prison de tous bords politiques et de toutes les sensibilités : islamistes, démocrates, kabyles, ainsi que le rétrécissement du champ politique et médiatique avec la persistance des mêmes pratiques, l’on pense que l’espoir du peuple algérien d’une transition a été douché, sinon déçu.

Aujourd’hui, on se rend compte que le problème de l’Algérie ne se résume pas à la seule personne de Bouteflika. C’est tout un système, un ordre de gouvernance, qui devait changer, soulignent un grand nombre de défenseurs des droits de l’Homme dans ce pays maghrébin.

La parodie des dernières consultations électorales, qui a été accompagnée par la désaffection sans précédent du corps électoral, a fourni la preuve tangible de la désillusion des Algériens qui ne croient plus en un « système sclérosé, inaudible aux attentes et aux aspirations du peuple et incapable d’amorcer un processus de transition vers plus de libertés et d’ouverture ».

( Avec MAP )

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