Amine Laghidi : « C’est une belle victoire de notre diplomatie royale à l’international »

À la suite de l’annonce de Donald Trump de reconnaître la marocanité du Sahara et d’ouvrir un consulat américain à Dakhla, MAROC DIPLOMATIQUE s’est entretenu avec Amine Laghidi, Expert International en diplomatie et en stratégies, président ASMEX R. Centre et membre du Conseil d’administration du Global Economic Institute en charge de l’Afrique et basé en Amérique du Nord. Entretien

MAROC DIPLOMATIQUE : Quelle lecture faites-vous de cette annonce ?

– Amine Laghidi : Déjà, l’ouverture de plusieurs consulats à Dakhla et à Laâyoune traduisait le succès de la diplomatie de notre Souverain en Afrique et dans le monde arabe. Mais cette reconnaissance américaine de la marocanité du Sahara, qui est légitime et historique, n’est autre qu’une autre victoire de la diplomatie royale à l’international, et cela est fondamental.

MD : Que pensez-vous du timing de cette annonce ?


– A.L : Cela intervient à un moment particulier, en pleine pandémie et en pleine crise. Mais il faut se rappeler qu’à une période, au cours de laquelle beaucoup de pays se concentraient sur les problèmes internes- ce qui est tout à fait normal et compréhensible- le Maroc, lui, a résolu ses problèmes internes mais en même temps, s’est tourné vers l’international. Donc cette victoire nous la devons notamment aux actions dans les pays frères que nous avons soutenus en pleine pandémie, sur Hautes instructions royales, à un moment où tout le monde était devenu nombriliste. Ce qui a également été très apprécié par les Africains et au Moyen-Orient, c’est la mise en place d’un hôpital militaire au Liban suite à l’explosion survenue au port de Beyrouth. En parallèle de tout cela, nous notons une ouverture vers l’Est, par la relance des relations stratégiques avec nos amis Chinois suite à la visite officielle de Sa Majesté le Roi à Beijing, puis à la conversation téléphonique au sujet du dossier très stratégique du vaccin. D’ailleurs, je rappelle que nous ne sommes pas un pays de plusieurs trillions de dollars, et pourtant nous sommes parmi les premiers, dans le monde, à avoir le vaccin, à le coproduire voire à l’exporter par la suite à d’autres pays de la région. Nous parvenons ainsi, à relancer un dialogue stratégique avec les Chinois, et ce, tout en garantissant le soutien américain complet à la cause nationale. C’est donc un succès sur tous les plans… C’est très rare dans l’histoire moderne d’assister à une telle réussite, il faut apprendre à admirer ce qu’il y a à admirer.

 MD : Quelle est la symbolique de cette décision américaine ?

– A.L : Dans son tweet, Trump a parlé de la reconnaissance marocaine des Etats-Unis en 1777. Cela est fondamental car le premier accord signé entre le Sultan marocain et le jeune gouvernement américain à l’époque, au lendemain de son indépendance, était lui aussi un accord de multilatéralisme et de souveraineté, parce qu’on gardait d’excellentes relations avec nos amis britanniques, mais en même temps, on reconnaissait un État naissant. Puis c’était aussi et surtout, en plus du volet politique, un accord économique, qui garantissait le libre accès aux eaux territoriales marocaines de ces bateaux de commerce américains, et par conséquent, la possibilité d’exercer le commerce sur toute la région. Cela signifie que, que ce soit au 18e siècle, ou aujourd’hui, avec l’ouverture de ce consulat, le Maroc est toujours considéré par la première puissance mondiale et le monde entier, comme le pilier, le garant de la paix et de la sécurité, ainsi que de la prospérité économique et du développement social dans toute la région.

 MD : Pouvez-vous nous rappeler quelques initiatives qui ont contribué au développement et la prospérité des provinces du Sud ?


– A.L : L’exemple de Dakhla. Si je fais le lien avec le rapport du Secrétaire Général de l’ONU que j’ai lu avec beaucoup d’attention, avant les délibérations du Conseil de Sécurité, le SG reconnaît, salue et se montre admiratif devant les investissements faits par le Maroc dans son Sahara, depuis sa récupération, lors de la Marche Verte. Parmi ces investissements, nous retrouvons, bien entendu, le volet humain et économique. Guterres utilise alors un totem, un symbole, qui est celui du port de Dakhla. Ainsi, on se rappelle, en 2016, au lendemain de l’anniversaire de la Marche Verte, le lancement par Sa Majesté à Laâyoune d’un nouveau programme de développement des provinces du Sud qui comptait 77 milliards de dirhams et qui comprenait un ensemble de pôles principaux et des pôles supports.

Les pôles principaux sont ceux, créateurs d’emploi immédiats, de richesse et d’industrie. C’est la transformation de produits de la pêche, sur place, grâce à une main d’œuvre locale marocaine du Sud, grâce également à des capitaux et à la création d’entreprises dans le Sud. Je rappelle que le Sud du Maroc est exonéré d’impôt, ce qui veut tout dire. Mais c’est aussi la création d’un pôle agricole en plein désert, en plein Sahara, ce qui était jusque-là impensable, et l’est d’ailleurs toujours pour d’autres pays voisins et amis. Pourtant, on exporte des produits agricoles, depuis Dakhla jusqu’en Europe, notamment la tomate. C’est également le volet transformation sur place des produits des phosphates. Sans oublier la Fondation Phosboucraa, une fondation unique de l’OCP destinée à l’investissement social et au développement économique dans les provinces du Sud.

Il y a également le pôle artisanal et le support aux PME. Ce qui est intéressant c’est que pour supporter ces activités, tout un programme d’investissement et d’infrastructures a été déployé. Plus d’une quarantaine de centrales de dessalement ont été lancées, une première mondiale ! Nous sommes devenus des spécialistes, en combinant énergies renouvelables et centrales de dessalement. Donc non seulement on fournit l’eau en plein désert et de manière permanente, mais on le fait avec un impact énergétique et environnemental le plus faible au monde, une technologie qui est demandée par d’autres pays aux problèmes de sécheresse et du manque d’eau. On parle également d’électricité, d’énergies renouvelable et de routes. Mais surtout du nouveau port de Dakhla, cité dans le rapport du SG de l’ONU comme un symbole.

MD : Que signifie la mise en place de ce port ?


– A.L : Qui dit port, dit havre de paix, ouverture et pont culturel. Mais aussi création de prospérité commune. C’est-à-dire que je crée de la prospérité pour moi et pour mes provinces du Sud, mais je joue aussi un rôle de pont pour le centre africain et le reste du monde. Voilà la puissance d’un port. Cela symbolise aussi la souveraineté territoriale et maritime, car un port se trouve au zénith des deux et non pas à la limite des deux. Il représente la souveraineté territoriale d’une nation et je fais là, un clin d’œil à la nouvelle loi maritime qui formalise la souveraineté nationale sur notre territoire maritime, votée par le Parlement et qui inclut nos provinces du Sud. Le port symbolise tout cela et nous rappelle toute l’histoire de ces provinces du Sud qui dans la souveraineté, dans l’attachement au trône alaouite, était toujours un pont d’économie, de culture, de civilisation, de transfert de savoir et de compétences mais aussi religieux, dans la tolérance entre le monde et l’Ouest africain. En témoignent d’ailleurs les vestiges civilisationnels, les plats, les habits, la langue, ces provinces ont toujours été là, c’est un pont entre le Nord et la Méditerranée, le Moyen-Orient et le Continent africain.

En définitive, un consulat à connotation économique est une volonté de nos amis américains de profiter pleinement et intelligemment du haut potentiel de nos provinces du Sud comme un pont, un hub logistique et industriel vers l’Afrique de l’Ouest. C’est aussi une reconnaissance de l’histoire marocaine et africaine de ces provinces. C’est une belle victoire pour notre diplomatie royale et je suis sûr que d’autres belles victoires suivront, de toute façon le Sahara est marocain et le restera toujours.