«Au Maroc… j’ai envie de montrer que la vie est belle»

«Au Maroc… j’ai envie de montrer que la vie est belle»

Par Désiré Beiblo

 En marge de la 3ème édition « Des Nuits photographiques d’Essaouira » qui ont réuni – du 4 au 7 octobre – des amateurs de la photographie et des profession­nels de renom, le Sofitel Essaouira Mogador s’est paré des clichés de Jean Daniel Lorieux (Exposition « Plein soleil », l’un des plus célèbres photographes de mode français et grand amoureux du Maroc. Au cours de l’entretien qu’il a accordé à MAROC DIPLOMATIQUE, celui qui compte à son actif des photos de l’ex-Président français Jacques Chirac, de Sa Majesté le Roi Mohammed VI et des dizaines d’autres célébrités, est revenu sur sa carrière et le regard qu’il porte à l’évolution de la photographie.

  • Vous êtes un photographe célèbre, connu et reconnu à travers le monde. Qui est Jean Daniel Lorieux ?

- Me présenter…c’est difficile. Dans l’ensemble, j’aime être joyeux, je trouve que c’est important, et il faut essayer de sourire, ça aide. Quelquefois, cela peut être un masque de sourire quand-même, même quand quelque chose ne va pas. J’aime surtout énormément être entouré d’amis, et également de jolies femmes. J’ai une grande admiration pour l’être hu­main. Je trouve que les enfants sont beaux, et c’est très agréable. Les hommes, il y en a qui sont beaux. Les femmes m’ont beaucoup aidé, et c’est pour moi un motif de la vie de rencontrer encore la beauté, et de la mettre dans de jolis cadres.

  • MAROC DIPLOMATIQUE : Vous êtes passé d’ingénieur en mécanique à photographe. A quel moment vous est venu le déclic ?

- C’est quand malheureusement, pen­dant un moment, j’ai dû faire de la pho­tographie de guerre. On n’était pas du tout pour ce que faisait la France avec l’Algérie et quand on avait 20 ans, on a été obligés de partir là-bas. Je pense que personne n’a envie de faire la guerre, et en tant que jeune, se dire qu’on va en Al­gérie m’a beaucoup contrarié. Ce n’est pas très drôle à faire non plus. Quand je suis revenu à Paris, j’étais un peu trau­matisé, puis je suis venu en vacances au Maroc où j’étais déjà venu quand j’étais très jeune. J’ai revu le ciel bleu, et j’ai eu envie de montrer que la vie est belle, que les femmes sont belles, les acteurs, les hommes politiques, etc. et tout dou­cement, je me suis orienté vers la pho­tographie. Mais à l’époque, c’était diffi­cile. Il fallait mesurer la lumière et tout. Maintenant, vous prenez votre téléphone portable, et c’est superbe. Ces appareils font des photos merveilleuses.

  • Vous avez débuté votre carrière de photographe ici au Maroc. Que vous inspire la mode marocaine ?

- Je ne connais pas bien la mode ma­rocaine de couturiers, mais je trouve que les tenues marocaines sont extrêmement élégantes, les couleurs utilisées sont très belles. Je ne connais pas les créateurs ma­rocains, mais quand je vois des femmes élégantes, dans de telles tenues, je trouve cela splendide.

  • Vous avez fait le tour du monde et photographié les célébrités de la planète. Vous êtes à la base de plusieurs grandes carrières dans le domaine du mannequi­nat. Vous vous dites que vous avez fait le tour ou aujourd’hui encore vous estimez que vous avez des défis à relever ?

- Je trouve que dans la vie, quelle que soit l’activité qu’on a, il ne faut pas s’arrêter, parce que lorsqu’on baisse les bras, je crois que la vie ralentit aussi. Quand il y a la retraite et qu’on arrête complètement tout, beaucoup de gens ferment les yeux, beaucoup plus vite. Tandis que, quand vous continuez à avoir une passion, quelle qu’elle soit, et que vous continuez à vouloir toujours aller de l’avant, la vie vous aide. Un jour, il m’arrivera aussi quelque chose, bien sûr, mais je n’ai pas envie de m’arrêter. Parce que l’activité artistique n’est pas un travail physique, comme de creuser dans des mines, par exemple, donc c’est un bonheur. Tout comme avoir le plaisir d’être invité ici, pour venir montrer des photos. Ça m’apporte beaucoup de joie.

  • Quel regard portez-vous sur la photographie d’aujourd’hui en com­paraison avec celle d’hier, vous qui avez, en quelque sorte, traversé les époques ?

- Evidemment, c’est extrêmement diffé­rent. Si vous observez l’histoire de la pho­tographie, l’un des premiers hommes qui est devenu célèbre dans ce métier s’appelle Nadar. C’était lui le premier photographe qui faisait toutes les plus grandes familles. Il y a eu aussi un studio de photographie, le Studio Harcourt, qui est très connu et qui fait les portraits en noir et blanc de beaucoup de gens. La différence qu’il y a, c’est que maintenant, la photographie est accessible à tout le monde. Avec le té­léphone portable, on fait de belles photos, alors qu’avant, il fallait se mettre en place avec un appareil, mesurer la lumière, etc. Je pense que la vie maintenant avance ra­pidement, et la créativité et la technique avancent à une vitesse extrêmement ra­pide. Il y a un monde de différence. La photo était en noir et blanc avant, on est passé lentement à la couleur et maintenant tout le monde peut en faire.

  • Avec toute cette technologie qui avance à vitesse grand V, est-ce que la photographie, en tant que métier, a en­core de l’avenir selon vous ?

- J’aime beaucoup votre question, et vous avez raison. Je pense tout de même que dans la photographie, comme dans la peinture, comme dans l’écriture ou dans la musique, il y a forcément des personnes qui, tout d’un coup, sortent du lot parce qu’il leur arrive d’avoir un style que personne n’a eu encore. Je pense que le style, dans toute chose, vient par l’ad­miration qu’on a pour différentes per­sonnes. Picasso avait beaucoup d’amis peintres et dans toutes ses oeuvres – il est évidemment une immense réussite – vous trouverez à certaines périodes, un peu du style de tel peintre, un peu du style de tel autre. Tout le monde fait de la photographie, mais si vous vous met­tez en tête de devenir photographe, vous allez admirer d’autres photographes et un jour, ça va être vous. Je pense qu’il faut regarder tout ce qui se passe, pour pouvoir, un jour, avoir votre style. Moi, j’ai admiré pas mal de photographes avec qui j’étais ami et que je vénérais et maintenant on peut, peut-être, dire qu’il y a un style «Lorieux».

  • A travers vos clichés, quelles sont les émotions que vous essayez de dé­gager ?

- La première chose que je souhaite quand on regarde mes photos, c’est qu’elles apportent la joie, le bonheur et l’admiration, avant tout, pour le genre féminin. Il y a aussi de belles photos d’hommes, comme celles que j’ai faites pour Saint Laurent. Je veux qu’elles vous donnent, avant tout, une bouffée de bonheur.

  • Comment devient-on Jean Daniel Lorieux, le photographe des grandes marques ?

- Je crois que c’est vraiment par ac­cident, parce que quand on commence, dans une carrière, on ne sait pas du tout comment ça va avancer. Il n’y a mal­heureusement pas de mode d’emploi.. n

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