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Ce que révèle l’affaire Ouyahia : Emirs et princes du Golfe, si généreux et corrupteurs en Algérie, avares et hâbleurs au Maroc

Hassan Alaoui

Un scandale qui en cache un autre ! Celui des lingots et des barres d’or qui secoue actuellement l’Algérie depuis que Ahmed Ouyahia, du haut de la barre du tribunal d’Alger, l’a déclenché samedi.

La Justice chez nos voisins de l’est bruisse des échos de ce que l’ancien premier ministre de Bouteflika a révélé.  Il s’agit ni plus ni moins des grandes quantités de lingots d’or que les hauts responsables des pays du Golfe avaient pris l’habitude d’offrir, régulièrement, aux dignitaires du pouvoir algérien, pendant leur séjour en Algérie, à l’occasion des parties de chasse qu’ils affectionnent. Lui, Ouyahia personnellement, a bénéficié, entre 2014 et 2016, de pas moins de 60 lingots, alors qu’il était directeur de Cabinet de Abdelaziz Bouteflika et Premier ministre.

Acculé au silence et à la défensive depuis son emprisonnement en juin 2019, Ahmed Ouyahia, fidèle des fidèles de Bouteflika, a décidé de briser le silence à propos de sa fortune amassée de près de 4 Millions d’Euros, éparpillés dans ses quatre comptes bancaires. « Je dis tout aujourd’hui, parce que plus rien ne me retient », a-t-il déclaré, samedi, alors qu’il comparaissait en appel. Tout le gotha algérien, politique, militaire, civil, assistait, ahuri, choqué face à un homme qui tenait à tout déballer sur le système de corruption généralisée, les fortunes faites ici et là, les circuits dignes de mafias enfin…

A la question qui lui était posée sans cesse sur l’origine de sa fortune, celui qui était à la tête du gouvernement et donc de l’Etat, premier de la cordée pour la succession, a fourni cette réponse qui a laissé l’assistance pantoise, ébaubie  : « L’argent provient des ventes sur le marché noir des lingots d’or que je possédais ». Soit ! D’où proviennent alors les lingots d’or ? Et le mis en cause, incrédule de répondre : « Des Emirs et princes du Golfe lors de leurs visites en Algérie, qui se sont montrés généreux, si généreux qu’ils me les offraient régulièrement… ». Pour être si sensationnelle, troublante même, la déclaration de Ouyahia non seulement a provoqué un choc littéral, pris de court l’Establishment algérien et tout ce qu’il compte comme orgueilleux et fiers à bras du système, mais elle a ébranlé le régime voire le pays en entier.

L’Algérie si fière, campant sur son orgueil mal placé serait-elle devenue une vulgaire scène de corruption des princes et des familles royales du Golfe si décriés pourtant ? La République arabe, démocratique et socialiste cèderait-elle si facilement aux prévarications de ces mêmes princes qui érigent et élèvent la corruption à son comble ? Un premier ministre de Bouteflika par deux fois, devenu son homme de confiance, ayant ouvertement affiché ses ambitions de lui succéder, a-t-il si facilement cédé au gain et au mirage des chasseurs de faucons, de la « gazelle dorcas et l’outarde houbara » ? Il est vrai que c’est bel et bien Bouteflika qui a grandement ouvert le terrain de chasse algérien aux princes et familles de prédateurs du Golfe, moyennant de l’argent sonnant et trébuchant. Et, forcément, des quantités d’or dont la valeur inestimable vaut son pesant et, surtout, efface et remplace la valeur du pays… Les hauts plateaux et les étendues désertiques du sud algérien sont devenus des espaces prisés par les amateurs de chasse emballés des Emirats arabes unis, de l’Arabie saoudite et du Qatar notamment.

Or, les braconniers des pays du Golfe, déplacés par vols spéciaux et atterrissant la nuit dans l’espace désertique algérien, ont inventé la parade : souiller en les corrompant une noria de hauts responsables que Ahmed Ouyahia a presque dénoncés, en tout cas dont il a presque susurré les noms et qui, c’est le moins que l’on puisse dire, devraient trembler. Il n’est pas le seul, en effet, à bénéficier des largesses larges des chasseurs du Golfe dont le sport préféré est, d’une part, décimer le gibier du sud algérien et de l’autre, être les miséricordieux bienfaiteurs de certains responsables algériens transformés, à force, en obligés courbant l’échine…

Ces princes, ces émirs et ces richissimes partant en rase campagne assouvir leur désir, et déverser leurs fantasmes sur la flore et la faune du pays algérien, s’offrant la complicité de hauts responsables comme Ouyahia et consorts, s’arrogent ainsi le droit de tout acheter et troquer. Et finalement de tout détruire. Depuis quelques temps, ils s’offrent des cadres et des espaces qu’ils acquièrent rubis sur ongle, mieux : ils investissent même, de plus en plus, dans certains projets, distribuent des fortunes sans état d’âme, achètent le silence de tous par des cadeaux, comme les lingots d’or offerts à cet ancien premier ministre de Bouteflika embastillé, corrompent et pervertissent…Pendant dix-neuf ans de règne sans partage de Abdelaziz Bouteflika, une sorte de Nomenklatura s’est installée au sommet du pouvoir, relayée par des fonctionnaires et de hauts responsables qui ont tous à répondre de la surabondante générosité de la Jet society des pays du Golfe.

Si un langage, disons le non-langage de l’Omerta algérienne s’est instauré avec les généreux donateurs des pays du Golfe, il n’empêche que ces derniers jouent une certaine cohérence révélatrice de leur cynisme. Et pour ce qui est du Maroc qui est pour eux, a contrario, plus proche que l’Algérie, de par ses institutions, une histoire récente, sa solidarité jamais défaillante, le constat se pose cruellement : ce penchant pour l’Algérie devenue terrain privilégié de chasse, cette générosité compensatoire de ces princes et émirs, ne sont-ils que le signe d’un mercantilisme abhorré ?

Le Maroc n’attend rien de personne ni de qui que ce soit. L’œil amusé en revanche, il regarde, observe que l’engouement pour l’Algérie des citoyens du Golfe s’accompagne de promesses d’investissements, de cadeaux généreux de grande valeur, de projets même, tandis qu’au Maroc ces généreux bienfaiteurs ne savent offrir que parole et discours vaseux. « Parole, parole » disait la chanson de Dalila, fastidieuse parole en fait, mensonges et à la limite en guise d’offrande une montre jetée en pâture, « signée » au mieux, mais déguisée pour le décor. A présent, rien n’est moins sûr que cette prétendue amitié des « gens du Golfe » qui, débusquant et défendant leurs intérêts, nous mènent en bateau… En somme, on peut

Les lingots d’or dont ils couvrent les dirigeants algériens, l’argent liquide avec lequel ils noient leurs hauts responsables, dénoncés au procès scandaleux par Ahmed Ouyahia à la barre du tribunal d’Alger, nous en dit long sur ce système pervers et le fonctionnement de l’Etat algérien fasciné par l’argent, livré à la gabegie. En somme, on est en droit de conclure avec cet aphorisme : « Emirs et princes du Golfe, si généreux, corrupteurs en Algérie, avares et hâbleurs au Maroc »…

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