Choubani ou quand les scandales deviennent une deuxième nature

Apparemment, la nouvelle régionalisation appauvrira davantage la région Darâa-Tafilalet, nouvellement créée, manquant d’infrastructures et d’équipements élémentaires. Et, suprême ironie – présidée par un originaire de Bejaâ… La cause principale ? Les abus répétitifs de Lahbib Choubani qui n’en finit d’occuper les Unes des journaux nationaux. C’est dire que celui qui était en 2009 membre de la Commission centrale de la probité et de la transparence, en plus de sa casquette de président de l’Observatoire civil de moralisation de la vie publique et de soutien à la transparence, ne joue pas les cachotiers et fait parade de ses affaires qui défrayent la chronique.

Encore une fois, notre confrère Al Akhbar, dans sa version de ce jeudi 22 septembre rallonge la liste des abus de l’ancien ministre avec une transaction passée, en catimini, à des proches et ce sans appel d’offres. Qui plus est document  à l’appui, publié par le journal. Et cerise sur le gâteau, ladite société (Assil Biladi) venait de voir le jour et n’avait été constituée que le 3 mars 2016 c’est-à-dire une semaine avant la transaction qui avait eu lieu le 10 mars 2016. Naissance programmée certainement pour un beau baptême de circonstance ! Preuve en est que le Conseil de la Région a reçu la facture le 25 juin de la société citée qui appartiendrait à deux membres du PJD.

D’autre part, et toujours selon Al Akhbar, le président du Conseil de la ville d’Errachidia et tête de liste du parti pour les législatives du 7 octobre 2016 aurait conclu une opération avec une agence de voyage pour couvrir son déplacement à l’étranger, effectué avec deux conseillers qui ne font pas partie du Bureau. Ce qui pousse à dire que ces marchés qui ne respectent aucune règle ne dérogent pas tout de même à la règle de Choubani puisqu’habitué à passer des transactions à des proches sans, et enjamber la règle des appels d’offres.

Le même support rappelle que lorsqu’il était ministre des Relations avec le Parlement et la société civile, pour le compte du dialogue avec la société civile, LahbibChoubani avait mis à profit sa position pour concéder des transactions à des “privilégiés”, notamment à Issam Amrani (proche de Soulaiman Amrani) et Driss Bouanou (frère de Abdellah Bouanou). Décidément, les scandales sont tellement nombreux dans le parcours de l’homme en question qu’en faire un récapitulatif ne sera pas chose aisée !


Un actif qui parle bien pour lui en matière de perfidie, rapacité, individualisme, opportunisme mais surtout abus de pouvoir dont « l’homme à scandales » continue de faire preuve.

S’il est vrai que la transaction de l’ordre de 500.000 DH semble anodine pour certains, ce qui interpelle en revanche c’est la conduite devenue habitude chez le Président du Conseil de la Région Darâa-Tafilalet, devenu maître  dans la provocation des habitants d’une région qui se meurt en manque de TOUT.

Les questions qui s’imposent d’elles-mêmes donc c’est que si plusieurs acteurs de la société civile à Errachidia ont  dénoncé les abus de Choubani et le soutien du PJD à l’ancien ministre après l’affaire des 4×4 et des 200 hectares des terres collectives (lire Jetez l’argent des deniers publics par les fenêtres, il en restera toujours un peu!) , si des habitants de la région ont manifesté à Tinghir, à Goulmima et autres villes , si la contrée a connu une marche des Aït Atta à laquelle ont participé pas moins de 560 voitures et 65 cars des différentes zones de la région vers la Wilaya de la Région Darâa-Tafilalet pour dénoncer les abus, si les gens ont sollicité l’intervention du ministre de l’Intérieur, en sa qualité de ministre de tutelle, pour écarter l’ancien ministre PJDiste de la présidence de la région Daraâ-Tafilelt, si son épouse et sa sœur s’invitent au tango pour prendre sa défense, pourquoi alors qu’il persiste et signe, reste-il intouchable ? Pourquoi continue-t-on à fermer les yeux sur ses inconduites excessives ? Trancher sur des problématiques fondamentales relèverait-il de l’interdit dans ce cas de figure ? Jusqu’à quand la gabegie financière perdurera-t-elle et quand nos heureux élus cesseront-ils de mener la belle vie aux frais du contribuable ?

N’est-ce pas là un crime contre la région la plus pauvre où l’argent est dilapidé sans égard soulignant scandaleusement que les biens du peuple ne font pas partie des priorités de Choubani et son parti ?


Pourtant plusieurs membres du PJD se sont manifestés en se désolidarisant publiquement de l’homme par qui les scandales arrivent. Khalid Rahmouni, membre du secrétariat général du PJD, a tiré à boulets rouge sur Choubani -via sa page facebook -et ses associés dans le projet de location des terrains collectifs. « Nous n’avons ni le temps ni l’énergie pour défendre vos fantasmes », lui a-t-il lancé. Un autre dirigeant du parti de la Lampe, Abdeslam Bennaji, s’est adressé à Choubani en ces termes : « Que Dieu pardonne à mon frère Choubani dont je ne soupçonne pas un instant la probité et la propreté de ses mains, mais, associer responsabilité et affaires, « émirat » et commerce, sont l’abécédaire qu’un homme intelligent et vertueux comme toi devrait maîtriser ».

Quant à lui, et pour se défendre, il trouve à chaque fois qu’il s’agit d’une manœuvre électorale ourdie et menée par ses adversaires politiques.

Tant que les hommes politiques choisissent la politique pour s’enrichir et considèrent l’argent public comme une offrande divine, le pays ira mal.

Souad Mekkaoui est la Directrice de la Rédaction de « Maroc diplomatique ». Une passion pour l’écriture et un irrésistible désir de communiquer. Auparavant professeur de langue française, écrivaine et aujourd’hui journaliste en charge de « Maroc diplomatique » dans ses versions écrite et numérique, Souad Mekkaoui, auteure de Plus forte que la souffrance et Femmes au purgatoire, elle est aussi une femme engagée avec sa plume contre les abus de tous genres, sociétaux et moraux. Son style s’inspire de l’impertinence, il nous livre en revanche une vision pertinente des choses, il questionne…