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Comme la peste, le terrorisme n’a jamais disparu

Par Saad Bouzrou

Lors d’une conférence organisée par les services de renseignements du Pentagone, The Defense Intelligence Agency (DIA), sur le contre-terrorisme à Washington, la grande majorité des participants travaillaient naturellement pour les divers services de sécurités américains qui, tous, étaient de près ou de loin préoccupés par l’émergence d’une nouvelle vague djihadiste, après de longues années de guerre froide contre le grizzli russe.

Cette confrérie d’hommes intrépides, habillés en uniformes, écoutait attentivement les propos des intervenants qui se succédaient pour haranguer sur les efforts des Etats-Unis en vue de combattre le terrorisme. En fin de séance, alors que tout le monde est exténué et n’attend que le dernier intervenant pour quitter la salle, surgit subitement un homme qui s’avança à pas de géant vers le micro, une valise et un sac à la main. Chapeau noir sur une tête mal coiffée, lunettes sombres et pantalon troué, on dirait un SDF qui s’est trompé d’adresse. Bizarrement et d’un seul coup, il ouvrit son sac et sa valise, à la vitesse de l’éclair, avant de lancer deux grenades sur l’audience et pointa une mitraillette sur la foule totalement figée.

« Un jour, des terroristes s’attaqueront à un bâtiment comme celui-ci »

Il n’y a eu point d’explosion ou de mort et la mitraillette n’a pas tiré une seule balle. Calmement, l’homme prit le micro et commença son discours. L’audience, du moins une grande partie d’entre elle, avait d’emblée reconnu une voix pas très étrange. En réalité, il s’agissait du directeur de la DIA, un général quatre étoiles, qui, déguisé en terroriste, avait l’idée de montrer à ses paroissiens avec quelle facilité un terroriste sur-armé pouvait pénétrer le bâtiment où avait lieu l’événement (dans l’université George-Washington, où aucun contrôle de sécurité n’avait été mis en place) et éradiquer l’élite du contre-terrorisme américain.

→ Lire aussi : L’odieux crime d’Imlil: Comment lutter contre le terrorisme ?

Ayant remis sur son dos un prestigieux uniforme, le Général eut ces paroles prémonitoires : « Un jour, des terroristes s’attaqueront à un bâtiment comme celui-ci, à Washington ou à New York. Ils provoqueront la mort de centaines de victimes et un choc psychologique sans précédent. La question n’est pas de savoir si un tel acte aura lieu sur le sol américain mais quand et où. C’est à vous, Messieurs, de vous préparer. C’est entre vos mains que repose la sécurité de notre territoire. » Le colloque avait lieu en 1998. Trois ans plus tard, 19 terroristes ont causé la mort à 3.000 personnes dans l’attentat terroriste le plus inédit de l’histoire.

« Une stratégie qui vise à miner le moral des gens »

Avec un peu de recul, cet attentat terroriste comme d’autres qui l’ont suivi dans d’autres endroits de la planète, montrent que le phénomène terroriste est plus complexe à résoudre ou à conceptualiser qu’il n’y paraît à la première impression. Ce que l’on comprend aujourd’hui par « terrorisme » constitue ce que les spécialistes nomment le terrorisme « d’en bas », cette stratégie,  essentiellement basée sur l’impact psychologique, qui vise, d’un côté, à miner le moral des gens en semant les graines de la peur et de la terreur et de l’autre côté, à réussir une bonne propagande par l’action afin de passer d’une petite horde de criminels à un vaste mouvement révolutionnaire.

Cette arme à double tranchant s’aiguise mieux avec d’autres éléments psychologiques comme l’intimidation, qui se base sur une campagne systématique de mutilations, d’assassinats ou de séquestrations, visant à intimider une catégorie spécifique de gens (touristes, hauts fonctionnaires. Etc), ou encore ce que l’on peut qualifier de stratégie d’usure. Dans ce cas, les terroristes n’espèrent pas devenir un jour assez solides pour vaincre les forces de sécurité ou le gouvernement mais ils estiment qu’ils sont plus endurants qu’eux, et que, s’ils persistent, ces derniers finiront par céder.

Jusqu’à présent, le terrorisme a été traité comme une stratégie, impliquant un plan bien ficelé pour réaliser des objectifs, la plupart du temps, politiques. Pourtant dans plusieurs cas, le terrorisme a été un acte sans objectif stratégique clair, bien que les actes de violence aient été perpétrés par un groupe, d’une façon tactiquement organisée. Au Maroc, les attentats terroristes de Casablanca en 2003 et 2007, le drame d’Argana à Marrakech en 2011 ou encore la dernière tuerie des deux touristes scandinaves en décembre 2018, montrent à quel point les terroristes ont opté pour l’intimidation et la provocation du gouvernement et des Marocains, sans aucun succès.

La peste n’a jamais disparu

On voit dans toutes ces affaires la réalisation de la prophétie d’Albert Camus dans son célèbre roman intitulé « La Peste ». Cette peste qui réveillerait, dans ce cas, les rats et les enverrait tuer dans une cité heureuse. Le roman de Camus se conclut sur cette invitation à se mettre en garde contre toutes les « pestes », c’est-à-dire contre toutes les idéologies qui exterminent et persécutent ceux qui les refusent. A l’époque, les amoureux de La Peste, dont Jean-Paul Sartre, lui reprochaient avec les mots qu’ils sont les défenseurs d’une certaine idéologie (marxiste ou autre), alors que la peste d’aujourd’hui, contamine de vrais rats qui veulent par la haine des autres et la violence répandre leur maladie invétérée.

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