Conflit frontalier sino-indien, toujours pas de bout de tunnel en vue

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Par : Driss HACHIMI ALAOUI

Se regardant en chiens de faïences, la Chine et l’Inde continuent de s’accuser mutuellement d’avoir violé les différents accords de cessez-le-feu sur les frontières bilatérales longues de plus de 3.500 km.

Une fois de plus, le 7e round des pourparlers, tenu la semaine dernière, entre les commandants militaires indiens et leurs homologues chinois n’a pas pu briser la glace entre les deux géants de l’Asie et résoudre l’impasse dans la région frontalière de Ladakh, théâtre d’un violent affrontement, en juin dernier, ayant fait une vingtaine de morts parmi les soldats indiens et un nombre inconnu de victimes dans les rangs chinois.

En fait, les deux grosses pointures mènent depuis des décennies une rude concurrence pour s’accaparer le contrôle de la connectivité routière et aérienne dans les tronçons contestés à haute altitude le long des 3.488 km de la Ligne de contrôle réel (LAC), du Ladakh (ouest) à l’Arunachal Pradesh (est), riche en eau et en minerais.

“L’Arunachal Pradesh fait partie intégrante et inaliénable de l’Inde”. C’est en ces termes tranchants que le ministère indien des Affaires étrangères a riposté à Pékin qui affirme avoir toujours respecté sa position de 1959 sur la perception de la LAC, une ligne qui n’a jamais été reconnu par l’Inde.


Pour faire pression sur le voisin du nord afin qu’il se retire des régions montagneuses dans l’est du Ladakh, New Delhi a dégainé une panoplie d’outils diplomatiques, économiques et militaires.

Alors que les troupes se rassemblent à la frontière indo-chinoise, une guerre économique à grande échelle a éclaté. L’opinion publique et les dirigeants politiques indiens sont désormais résolus à se dissocier de la Chine. Et pour commencer, l’Inde a interdit une soixantaine d’applications mobiles d’origine chinoise dont TikTok, WeChat ou encore Baidu.

De même, plusieurs organismes commerciaux ont officiellement annoncé le boycott des produits chinois à l’image de la Confédération de tous les commerçants indiens (CAIT) qui a mis dans son viseur 3.000 produits chinois.

La demande de produits chinois est en baisse. Xiaomi n’est plus le téléphone le plus vendu en Inde, Samsung l’a remplacé, alors que la vente des produits chinois via les accords de libre-échange de l’Asie du Sud-Est devient désormais difficile.


Conscient du rôle des coalitions dans la reconstitution des règles de jeu à l’échelle internationale, l’Inde a multiplié les alliés régionaux à l’image du “Quad”, ce groupement stratégique informel réunissant les Etats-Unis, l’Australie, l’Inde et le Japon qui est présenté comme un moyen de contrer l’influence chinoise, en particulier la Marine chinoise que Pékin a modernisée ces dernières décennies à coup de gros investissements.

Et pour hausser encore le ton, les quatre pays du Quad ont décidé d’organiser en novembre prochain des manœuvres militaires en mer d’Oman et dans le golfe du Bengale et ce dans un contexte de tensions diplomatiques entre la Chine et l’Australie, de tensions économiques entre la Chine et les Etats-Unis et de tensions militaires entre la Chine et l’Inde.

En effet, la Chine a tenté, au cours des dernières décennies, d’accroître son influence sur la Birmanie, le Sri Lanka, le Népal et le Bangladesh, suscitant les inquiétudes de la part de New Delhi qui considère ses pays comme ses alliés historiques.

Le plan de riposte de l’Inde implique également une démonstration de force avec le déploiement de davantage de forces armées nommant sur les hauts plateaux près du lac Pangong Tso dans l’Himalaya.


Ces actions ont ébranlé le Dragon chinois, mais pas assez pour se retirer des zones disputées dans l’Himalaya, car la Chine voit la situation actuelle comme une bataille de préservation du prestige et une tentative d’obtenir un avantage stratégique dans un emplacement géopolitiquement significatif.

( Avec MAP )