Coronavirus : « transformation du mode de vie des sportifs de haut niveau en période de confinement »

Nabil TAKHALOUICHT

Par Dr. Nabil TAKHALOUICHT

L’idée de rassemblement des mondes sociaux dans l’analyse des carrières tenant compte de la pluralité dans la vie sociale, montre explicitement que la poursuite des phases dans une activité sociale particulière provoque des retentissements sur l’ensemble de la vie sociale de l’individu.

Le fait d’appréhender le concept de carrière du point de vue sociologique en cet état d’urgence sanitaire, nous conduit à nous s’interroger sur le changement de mode de vie d’une élite reconnue par un fort engagement professionnel et caractérisé par une brièveté de pratique dans le temps et l’espace, il s’agit notamment de la carrière sportive de haut niveau.

Changer de mode de vie à l’ère de confinement peut avoir de graves répercussions sur le développement de la performance sportive. De ce fait, les athlètes, dans le monde entier, craignent de ne pas maintenir leur pleine forme physique et morale, après la fin de cette crise sanitaire, causée par la propagation fulgurante du Covid-19 à l’échelle planétaire.

De nombreux pays ont imposé la quarantaine obligatoire dans le but d’empêcher la prolifération du coronavirus qui a été décrit, pour la première fois, comme une pandémie par l’Organisation Mondiale de la santé (OMS). Cette pandémie a empêché les sportifs de poursuivre leurs programmes d’entraînement de manière optimale et dans des conditions habituelles. Ceci peut provoquer un état d’incertitude sur leur devenir social suite à l’annulation de plusieurs championnats nationaux, continentaux et internationaux ou encore le report des grandes compétitions comme les Jeux Olympiques de Tokyo qui auront lieu désormais en 2021.

Certes, le monde entier souffre des conséquences de cette pandémie qui a mis plus de trois milliards de personnes, dans les quatre coins du monde, en quarantaine. Cependant les athlètes font face à des risques psychosociaux supplémentaires parce qu’ils opèrent une transition d’un mode de vie plus dynamique et d’une importante sociabilité, au sein de la communauté sportive, à l’isolement et l’espacement social.


Sachant bien que l’excellence sportive incite l’athlète à chercher constamment une adaptation à un mode de vie axé régulièrement sur l’entraînement, les concentrations, et le dépassement de soi. Le sportif de haut niveau place la modélisation corporelle au centre de ses préoccupations, immergé complètement dans un monde séparé où il construit, à travers des moments successifs de prise de décision et de maintien dans la carrière, son statut de champion. Il adopte, finalement, un style de vie différencié, autrement dit, il apprend à renoncer pour un mode de vie ordinaire en limitant le nombre de sorties tardives entre amis, éviter certains aliments, s’entraîner durement, et respecter les temps de repos et de récupération.

Aujourd’hui, le confinement a obligé les athlètes à s’entraîner à domicile et suivre, à distance, les consignes de leurs entraîneurs et préparateurs physiques, tout en respectant les mesures d’hygiène et de prévention. Certains athlètes publient des vidéos sur internet en train de s’entraîner ou relevant des défis pour le plaisir comme le jonglage avec du papier toilette. Ces interactions sociales, dans l’espace virtuel, peuvent être expliquées également par une quête de motivation intrinsèque pour compenser l’absence de la motivation collective au sein de l’équipe ou du groupe, notamment dans les sports collectifs. En réalité, les sportifs se retrouvent en difficulté à gérer leur quotidien parce que leur programme était tellement bien structuré et organisé. Mais, le confinement impose un mode de vie où des moments de vide s’installent brusquement.

Dès lors, si cette crise sanitaire, sans précédent, provoquée par le Coronavirus perdure sans suivi ni accompagnement social des athlètes, cela risque d’entraîner des bouleversements d’identité professionnelle qui peuvent aller jusqu’à une remise en cause de toute une carrière sportive de haut niveau.