Côte d’Ivoire : Après un silence non déclaré, Ouattara et Bédié se rencontrent enfin pour discuter parti unifié

L’approche de l’échéance de 2020 continue de peser de tout son poids sur l’échiquier politique en Côte d’Ivoire. Déclarations, contre-déclarations, intox, surenchères et recours aux réseaux sociaux pour ne citer que quelques-uns, tels sont les outils d’une ‘’guerre médiatique ouverte’’, les plus sollicités en ce moment entre des clans de politiques pourtant, historiquement alliés, et actuellement associés aux commandes suprêmes de l’Etat.

Après un certain ‘’relâchement’’ non déclaré dans leurs relations, mais tant évoqué par les médias qui parlaient d’un désaccord de vues entre les deux hommes sur la gestion de l’échéance 2020, le président Alassane Ouattara (fondateur du Rassemblement des Républicains : RDR), et Henri Konan Bédié, président du parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), plus vieille formation politique du pays, se sont, enfin, rencontrés hier à Abidjan pour discuter ‘’parti unifié’’. Sensibilité de la circonstance l’oblige mais, il fallait aussi briser ce ‘’silence’’ qui met les Ivoiriens dans l’incertitude la plus absolue.

C’est ainsi que le président ivoirien, Alassane Ouattara s’est rendu mardi à Abidjan au domicile de M. Bédié, dans le cadre d’une visite de courtoisie, avec au menu : une entrevue qui a duré plus d’une heure, et au cours de laquelle, des questions hautement stratégiques pour l’avenir du pays ont été évoquées et passées au crible.

Le contenu des discussions entre les deux hommes d’Etat, a été divulgué plus tard, par M. Ouattara, en affirmant être venu, comme d’habitude, saluer son aîné, Henri Konan Bédié, et lui faire le point de la situation socio-économique du pays.


Le locataire du Palais d’Abidjan a expliqué que la rencontre de ce jour ‘’qui a été plus longue que d’habitude’’ se justifie par le fait que l’année 2017, a été ‘’éprouvante’’ pendant les premiers mois, avec les mutineries de soldats, les grèves et la baisse du prix du cacao.

Toutes choses qui, a-t-il ajouté, ont impacté la situation générale, même si, ‘’fort heureusement, aujourd’hui, les choses vont bien’’, d’autant que le ‘’pays est bien tenu et la situation est bonne’’.

Après ce point sur la situation socio- économique, le Chef de l’Etat a dit avoir réitéré avec le Président Henri Konan Bédié, leur volonté de mettre en place le parti unifié, en prélude à la présidentielle de 2020.

A ce sujet, ils ont décidé de mettre sur pied un ‘’Comité de Haut Niveau’’ qui travaillera à cette tâche en ce qui concerne le manifeste de ce parti unifié.


Ce Comité devra proposer également, selon M. Ouattara, les statuts, le règlement intérieur ainsi que les étapes à franchir pour y arriver, notant que tout ceci paraît ‘’important’’ à leurs yeux étant donné que la Côte d’Ivoire est en paix et elle doit le demeurer.

Tout en soulignant que l’évolution future de ce pays doit permettre de renforcer non seulement la paix, mais également les progrès qui ont été réalisés aussi bien par le gouvernement que par les Ivoiriens. M. Ouattara a tenu à faire part de ses remerciements à M. Bédié pour ses conseils et ses recommandations, notamment dans le traitement de certains ‘’dossiers très délicats’’.

Il a réaffirmé sa confiance dans les échanges avec le président du PDCI, et a promis de rendre à nouveau ‘’réguliers’’ ces contacts; ceci, pour ‘’mettre les Ivoiriens en confiance’’. Car, de l’avis de M. Ouattara, quand il est en accord avec son aîné, il est sûr que le pays va dans le bons sens et que les choses continueront de bien se passer.

L’autre événement saillant sur la scène politique ivoirienne, a été le retour le 22 octobre au bercail du président de l’assemblée nationale, Guillaume Kigbafori Soro, après plus de deux mois de séjour à l’étranger. Une absence du pays qui nourrit une grande polémique et fait couler beaucoup d’encre sur sa relation tendue avec le président de la république, à cause de ses prétentions présidentielles pour 2020.


Et c’est récemment que le président de l’assemblée nationale a clarifié sa position concernant son ambition présidentielle pour 2020 en déclarant : ‘’Nous sommes en octobre 2017, (…) 2020 est encore loin. Je suis un homme de mission et je n’ai même pas encore terminé la mission qu’on m’a donnée à l’Assemblée nationale. Je me préoccupe actuellement de gérer l’Assemblée Nationale. Pour l’heure, 2020 n’est pas ma préoccupation’’ 

C’est dans ce sillage qu’il a laissé comprendre qu’il est revenu à Abidjan pour prendre toute sa place dans le jeu politique ivoirien, afin de contribuer à l’apaisement et de travailler à la réconciliation et la paix civile en Côte d’Ivoire, tout en rassurant les Ivoiriens de ses bonnes relations avec le Chef de l’Etat.

‘’En ce qui concerne mes relations avec le président de la République, je peux vous assurer qu’elles sont bonnes. Je m’emploierai en toute humilité que ma relation avec le président de la République soit toujours bonne’’ avait-il fait savoir.

Sauf que ces déclarations n’ont pas réussi à couper court aux rumeurs véhiculées sur les réseaux sociaux, dont la dernière fait état d’une rencontre le 29 octobre au palais présidentiel entre le président Alassane Ouattara et Soro, une information démentie par le service de communication du président de l’Assemblée Nationale (PAN).


‘’Cette information est inexacte’’, écrit le service de Com du PAN, précisant : ‘’Le président de l’Assemblée nationale, comme il l’avait annoncée à son retour de Russie, a sollicité une audience auprès du Chef de l’Etat et est en instance d’être reçu’’.

Cette ambiance pour la présidentielle de 2020, a été affichée également et de façon claire, vendredi 27 octobre dans la région de la Mé (Alépé), par Albert Mabri Toikeusse, le patron du parti Union pour la Paix et la Démocratie en Côte d’Ivoire (UDPCI), une formation politique membre de la coalition au pouvoir, le Rassemblement des Houphouëtistes pour la Démocratie et la Paix (RHDP).

Lors de cette tournée, M. Toikeusse a déclaré qu’il sera candidat aux prochaines élections présidentielles en Côte d’Ivoire.

Occupant le poste de chef de la diplomatie ivoirienne dans le gouvernement Daniel Kablan Duncan, M. Mabri Toikeusse, a été limogé le 25 novembre 2016, par le président Ouattara lorsqu’il a décidé de présenter, sous la pression de certains cadres de son parti, des candidats UDPCI en dehors de la coalition RHDP.


Mabri Toikeusse, avait estimé que les candidatures issues de son parti, n’étaient pas assez nombreuses au sein du RHDP, selon des observateurs, qui expliquaient que ‘’le RHDP avait accordé 11 investitures à l’UDPCI dans ses fiefs mais Mabri en a demandé d’autres pour étendre sa zone d’influence’’.

En définitif, il est à reconnaitre que la course pour les commandes suprêmes de l’Etat ivoirien à partir de 2020 serait ‘’rude’’, et ce ne sont pas les candidatures en dehors de la coalition au pouvoir qui manqueraient, malgré les efforts inlassables déployés ici et là, pour que la question de l’alternance en 2020 soit réglée dans le cadre du parti unifié à mettre sur pied par le PDCI et le RDR, dans une volonté manifeste de préserver les acquis réalisés par le pays et d’inscrire sa stabilité dans la durée.

Par Othmane Semlali