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Couvrez-moi cette femme que je ne saurai contrôler

Couvrez-moi cette femme que je ne saurai contrôler

A l’instar des téléséries judiciaires, l’affaire du burkini grossit son audimat au fur et à mesure qu’on attise la polémique. Ce nouvel habit faisant la Une de plusieurs supports médiatiques nationaux ou internationaux envahit les quatre coins du monde installant la phobie de se voir suffoquer sous l’opacité criarde. Entre les pays qui interdisent son port et ceux qui l’identifient à une liberté individuelle, les avis restent mitigés. Bien entendu le Maroc n’est pas épargné par cette mode contagieuse déstabilisante qui suscite généralement une vague de critiques de la part de nombreux internautes dans le monde. Or ne sommes-nous pas en train de nous laisser prendre dans la toile du filet qui nous est tendu ? Si nous parlons bien de liberté individuelle et de démocratie, eh bien il faut que ce soit dans les deux sens. Autrement, de quel combat s’agit-il ? Pour quelle cause devrait-on se battre et contre qui ?
La femme marocaine au coeur des soucis du Roi Mohammed VI

«Comment espérer atteindre le progrès et la prospérité alors que les femmes, qui constituent la moitié de la société, voient leurs intérêts bafoués, sans tenir compte des droits par lesquels notre Sainte Religion les a mises sur un pied d’égalité avec les hommes, des droits qui correspondent à leur noble mission, leur rendant justice contre toute iniquité ou violence dont elles pourraient être victimes, alors même qu’elles ont atteint un niveau qui leur permet de rivaliser avec les hommes, que ce soit dans le domaine de la science ou de l’emploi ?»
Quoi de mieux que cet extrait du discours Royal du 20 août 1999 pour illustrer la volonté royale qui a fait que la femme a gagné en indépendance, suite à une accélération de réformes. En effet, ce discours a constitué le faisceau qui a projeté sa lumière sur la condition de la femme au Maroc, qui demeure l’un des principaux pays arabes, où celle-ci s’est améliorée au cours de ces deux dernières décennies. Son statut a connu une évolution marquée par la transition d’une société traditionnelle vers une autre moderne.
D’ailleurs, animé par ce désir ardent de hisser l’image de la femme, le Souverain a donné ses hautes instructions pour la proclamation de la date du 10 octobre de chaque année « Journée Nationale de la femme marocaine ». Cette date coïncide avec l’annonce de la réforme du Code de la famille en 2003 : un tournant décisif dans l’Histoire du pays. Elle met en avant le rôle et la contribution de la femme au développement économique et social. Depuis, plusieurs lois ont été promulguées prônant l’égalité entre les sexes et l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes. Seulement, l’application ne suit pas et ces lois restent suspendues, au malheur des filles d’Eve.
Et pourtant quoi de plus beau que cette image d’un Maroc libre, émancipé et riche de ses femmes ? Le baromètre du développement d’un pays n’est-ce pas la liberté de ses femmes ? Or, le revers du décor est tout autre, bien brouillé !
Un pas en avant, deux pas en arrière

Depuis l’arrivée au pouvoir, du parti islamique du PJD, le bilan est bien contrasté, et la question des droits de la femme n’est pas une priorité pour lui. Le gouvernement fait semblant de consentir à l’amélioration de la condition des femmes marocaines en cherchant à brouiller les esprits avec un double discours, et sa sincérité est mise en question quant à son approbation de voir apparaître un changement concret dans la vie quotidienne qui touche, en premier, son image de qualité (le gouvernement) à savoir son autorité et son emprise sur la femme dont il fait le maillon faible de la société marocaine.
La condition de la femme continue à être tiraillée entre la mondialisation et un retour à ce que certains appellent communément « authenticité ». C’est dire que nous marchons à reculons ! Une avalanche d’obscurantisme s’abat sur le pays. Dans notre Maroc d’aujourd’hui, le statut de la femme est déstabilisé et déstabilisant plus que jamais, et l’égalité entre les deux sexes n’est que chimère : les droits de la femme évoluent à petits pas quand ils ne régressent pas.
Bien que la rhétorique sur l’égalité entre les sexes soit bien abondamment développée, entre les lignes, l’omniprésence de valeurs glorifiant la suprématie de l’homme est flagrante. N’est-ce pas aberrant qu’au vingt et unième siècle, les femmes, appuyées par une poignée de féministes, se voient encore obligées de défendre leur image, leurs droits et combattre les stéréotypes et les oeuvres rétrogrades dont elles sont victimes, sous la tutelle d’idées archaïques, se basant initialement sur une lecture purement masculine et machiste de la parole divine ? Des droits qu’elles arrachent par charité, semble-t-il, et non par mérite !
Femme, vecteur de modernité ou ennemie jurée des gouvernants ?

Aujourd’hui, le débat sur les conditions de vie et le statut de la femme au Maroc demeure au coeur des enjeux politiques. Force est de constater que celle-ci a pu acquérir, finalement, après de longues années de lutte et de militantisme, des droits considérables grâce aux efforts déployés par les associations féminines marocaines et sous les instructions Royales. L’accès à l’instruction, au travail, à la sphère politique et de décision, aux responsabilités économiques et institutionnelles lui confèrent une place sur le devant de la scène. Malheureusement, les mains malintentionnées de certains dirigeants, ne ménagent aucun effort pour casser et freiner l’élan du sexe dit « faible » en qui des hommes rétrogrades ne voient qu’une compagne soumise et une machine à faire des enfants.
C’est dire que l’actuel gouvernement veut balayer d’un revers de main tous les efforts prodigués et investis par le Souverain quant à la condition de la femme marocaine.
La discrimination de genre refait surface et éploie ses ailes jusqu’à l’illustration d’aberrations ridicules de telle façon que le tribunal de 1ère instance et la Cour d’appel de Tétouan ont interdit aux femmes d’entrer dans leurs salles d’audience et entendre les verdicts des affaires liées à leurs proches et pour cause … leur « forte émotivité » ! Qu’on en interdise donc l’accès aux femmes juges et avocates qui, probablement par magie, ont piégé l’Etat en s’immisçant dans ces domaines !
Corps de femme, péché de la vie ?

L’instrumentalisation de la religion plonge le pays dans le chaos et dans les contradictions qui divisent les citoyens en clans. Et la femme reste le cheval de Troie des discriminations. Des heurts éclatent, à chaque fois, entre modernistes et conservateurs à propos de la tenue vestimentaire de la femme et des polémiques montées de toutes pièces secouent itérativement la toile et la société. Or le problème est beaucoup plus complexe. Ce qui constitue l’hypocentre qui secoue la terre sous les pieds des islamistes extrémistes est tout simplement le CORPS de la femme qu’ils assimilent à une arme de destruction massive. Et dès qu’un morceau de chair dépasse, on sort son artillerie pour critiquer, condamner et imposer son mode de vie tout en criant à la sédition et à l’agitation. Dès que la femme pointe son nez dehors, la levée de boucliers se déclenche comme une vague violente et incontrôlable. Le vrai problème n’est ni dans les dimensions du tissu qui enveloppe le corps de la femme, ni dans les textes sacrés, le danger menaçant c’est bien elle, c’est bien ses courbes qui dévoilent leur instinct bestial qu’ils ne peuvent maîtriser et les rondeurs auxquelles les barbus schizophrènes ne résistent pas. Le problème c’est cette femme même qu’elle cherche à étouffer parce qu’elle échappe à leur emprise et les met face à leur incapacité à brider et à dominer sa liberté de vivre, de penser et d’agir, sa liberté de vivre tout simplement. La vérité est retentissante et les conséquences plus que dévastatrices sur les femmes et par conséquent sur le pays. L’ignorance et l’obscurantisme s’érigent en maîtres et pointent du doigt la liberté de la femme qui devient « mécréante » dès qu’elle use de sa liberté d’être.
Si les droits de la femme ont toujours constitué la prévalence pour le Roi Mohammed VI, pour le Parti de la Justice et du Développent, ils ne valent pas tripette et celui-ci ne se foule pas quant à l’image du Maroc. Dire que sous l’actuel gouvernement, le statut de la femme est dans le rouge est l’évidence même. Et si ledit parti, qui est orfèvre en la matière, reprend le manche, tous les efforts déployés par le Souverain, les associations féminines et les femmes elles-mêmes, qui en sont pour leurs frais, seront terrés.

À propos de l'auteur:

Souad Mekkaoui

Souad Mekkaoui est la Directrice de la Rédaction de « Maroc diplomatique ». Une passion pour l’écriture et un irrésistible désir de communiquer. Auparavant professeur de langue française, écrivaine et aujourd’hui journaliste en charge de « Maroc diplomatique » dans ses versions écrite et numérique, Souad Mekkaoui, auteure de Plus forte que la souffrance et Femmes au purgatoire, elle est aussi une femme engagée avec sa plume contre les abus de tous genres, sociétaux et moraux. Son style s’inspire de l’impertinence, il nous livre en revanche une vision pertinente des choses, il questionne…

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