Covid-19 : la porte de sortie pour l’Arabie Saoudite du Yémen ?

Livré à une guerre civile depuis 2014, le Yémen s’apprête, enfin, à observer un cessez-le-feu de deux semaines, proposé par l’Arabie Saoudite qui mène une coalition d’une dizaine de pays, depuis maintenant cinq ans.

Le Yémen est en guerre civile depuis 2014, opposant le gouvernement yéménite à la rébellion chiite des Houthis qui est soutenue par l’Iran. Un an après, une coalition a été menée par l’Arabie saoudite contre cette rébellion. Une guerre par procuration entre Riyad et Téhéran qui a coûté la vie à plus de 100 000 personnes.

Le spectre d’une grande catastrophe humanitaire
Le grand paradoxe de cette pandémie, qui, contre toute attente comporte quelques points positifs, est cette rare bonne nouvelle. Celle d’une trêve proposée par l’Arabie Saoudite et sa coalition au Yémen. Depuis plus de cinq années, les émissaires se sont succédés pour mettre fin à cette guerre, qui a dévasté le pays le plus pauvre du monde arabe. Après maintes tentatives et échecs, les belligérants sont parvenus à s’accorder sur une trêve pour une quinzaine de jours. En effet, selon l’AFP, l’Arabie saoudite, le gouvernement yéménite et les rebelles ont tous accueilli favorablement l’appel du Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, en faveur d’un cessez-le-feu mondial “pour protéger de la pandémie les personnes vulnérables dans les zones de conflit“.

Bien que le Yémen ne connaisse aucun cas de Covid-19 signalé à ce jour, les organisations internationales ont prévenu sur les risques d’une éventuelle contagion dans le pays. La situation de plus des deux tiers de la population est désastreuse, confrontée au choléra, à la malnutrition, et à la pauvreté. Si le Yémen est touché par le Covid-19, il s’agira de la pire crise humanitaire au monde selon l’ONU.

Une porte de sortie pour l’Arabie Saoudite
Ainsi, dans un tweet, le prince Khaled ben Salman, Vice-Président saoudien de la défense annonce que : « Le cessez-le-feu de deux semaines créera, espérons-le, un climat de nature à apaiser les tensions ». Une décision qui vise notamment à aider les efforts de Martin Griffiths, envoyé spécial de l’ONU, en vue « d’un règlement politique durable ». Ce dernier, s’est félicité de cette décision et a appelé les belligérants à « cesser immédiatement les hostilités », au vu de « l’urgence absolue ». Il a été ajouté que ce cessez-le-feu pouvait être prolongé, si les Houthis répondaient « de manière positive ». Les rebelles Houthis n’ont pas réagi pour le moment, et ce cessez-le-feu est entré en vigueur ce jeudi 9 avril à 12h heure locale.


Si les risques de contagion sont importants, autant pour les Yéménites que pour les Saoudiens, la pandémie a fortement affaibli l’Arabie Saoudite d’un point de vue économique. La chute des prix du pétrole pénalise ses recettes budgétaires, et ne lui laisse aucun autre choix que de se retirer de ce conflit dans lequel elle est longtemps restée embourbée, et dans lequel elle n’est toujours pas parvenue à rétablir l’autorité du gouvernement yéménite. En plus des répercussions économiques, l’Arabie Saoudite essuie les critiques du monde entier quant à cette opération armée, qui par ailleurs lui a coûté plusieurs milliards de dollars.

Plusieurs pays ont exprimé leur soutien suite à cette décision, à l’instar des Émirats arabes unis, membre de la coalition, qui ont retiré leurs troupes l’année dernière du Yémen, et qui ont salué cette décision, la qualifiant de “sage et responsable”. “J’espère que les Houthis seront à la hauteur de la situation. La crise Covid-19 éclipse tout : la communauté internationale doit intensifier ses efforts et travailler pour protéger le peuple yéménite” a tweeté le Ministre des Affaires Etrangères émirati, Anwar Gargash.

Le chemin reste sans doute long avant de parvenir à une paix durable dans la région, mais il s’agit d’une grande étape franchie pour un retour au calme, en ce temps de crise mondiale.