Covid-19 : Le virus qui a mis à nu les systèmes de Santé dans le monde

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Dossier du mois

Souad Mekkaoui

Depuis des mois déjà, le coronavirus est venu chambouler et secouer le rythme du monde. Le 16 mars, l’Organisation mondiale de la Santé lançait un appel, demandant aux Etats d’intensifier les tests de dépistage du Covid-19 pour lutter contre la propagation du virus. En effet, Tedros Adhanom Ghebreyesus, le directeur général de l’OMS avait tweetté : «Nous avons un message simple à tous les pays qui combattent le Covid-19 : testez, testez, testez ! Vous ne pouvez pas combattre un incendie les yeux bandés.» et d’ajouter : «On ne peut pas stopper cette pandémie si on ne sait pas qui est infecté».

Certes pour lutter contre le coronavirus (Covid-19), le dépistage massif est le meilleur rempart pour l’endiguer afin d’identifier les foyers de contagion, au plus vite, et de prendre des mesures sanitaires drastiques. Toutefois, chaque Etat a sa stratégie mais surtout ses moyens. Certains procèdent à des dépistages systématiques massifs alors que d’autres optent pour le cas par cas.


Les tests de dépistage coûteraient-ils plus que les vies humaines ?

Au jour d’aujourd’hui, dimanche 31 mars, à 18 h, le ministère de la Santé affiche, sur le portail dédié au Covid-19, un dernier bilan faisant état de 2.298 personnes testées négatives et de 602 cas confirmés. Ce qui revient à dire que le total de tests réalisés est de 2.900, depuis le 2 mars, date de l’annonce du premier cas avéré au Maroc. Ce constat nous interpelle si on compare au nombre de tests effectués, quotidiennement, dans les autres pays. Une question s’impose alors : procède- t-on systématiquement à un dépistage général de l’ensemble des personnes présentant des symptômes apparentés au Covid-19 ? La réponse d’une source médicale est «non» en raison de manque de moyens et de structures sanitaires.

Il est clair que l’Etat a anticipé en prenant des mesures drastiques, depuis le début, mais le confinement sanitaire ou total, qui reste la solution la plus réaliste et la plus économique pour le pays, à lui seul, ne peut résoudre le problème puisqu’on ne peut écarter l’idée qu’il y ait des foyers dormants.

Il est vrai que le Maroc a été pris de court, -comme plusieurs autres pays d’ailleurs- par ce virus qui a mis à nu les infrastructures médicales mais le fait aussi que seuls trois laboratoires étaient habilités à effectuer ces tests, à savoir l’Institut Pasteur du Maroc à Casablanca, l’Institut d’Hygiène de Rabat et le Laboratoire de l’Hôpital d’Instruction Militaire Mohammed V de Rabat jusqu’à il y a deux jours, retarde les choses et aggrave, certainement, la situation surtout que le Maroc n’avait pas anticipé en commandant, au début, un nombre suffisant de tests. Aussi se demande- t-on pourquoi on ne fait pas appel aux autres laboratoires privés pour aider à faire des tests tout en gardant l’anonymat. De toute façon, il faut que public et privé collaborent pour faire face à cette invasion imprévisible sinon on ne s’en sortira pas. Si les gens ne sont testés que dans les cas où les symptômes sont très flagrants, qu’en est-il de ceux qui n’atteignent ce degré qu’après 7 à 15 jours ? Qu’en est-il des dégâts qu’ils auront faits autour d’eux ? En plus, les tests actuellement disponibles au Maroc donnent les résultats entre 5 à 6 heures, sans compter le temps pris en acheminement qui peut aller jusqu’à 24 heures voire plus. D’autant plus que dans certains cas, le résultat d’un porteur du virus peut être négatif dans un premier temps. Sans oublier, selon une source médicale, que c’est le gouvernement qui décide du temps du démarrage des protocoles, c’est-à-dire qu’il faut attendre que le patient fasse des difficultés respiratoires pour pouvoir commencer le traitement d’attaque.

Ce qui s’avère trop tard dans plusieurs cas. Peut-on dire, dans ce cas, que la situation est tellement nouvelle que la coordination et l’encadrement font défaut ?


coronavirusSa Majesté le Roi a donné ses instructions pour allouer un budget supplémentaire de deux milliards de dirhams au ministère de la Santé afin de lui permettre d’élargir la capacité de dépistage et d’augmenter le nombre de lits à près de 3.000 unités. Mais faut-il rappeler les défaillances de notre système de santé ? Selon des chiffres du département de la Santé, le Maroc compte 8.442 médecins généralistes (3.818 dans le public et 4.624 dans le privé) et 14.932 spécialistes (7.414 dans le public et 7518 dans le privé). Avec ces chiffres, le Maroc fait partie des 54 pays du monde identifiés par l’OMS comme présentant une offre médicale insuffisante. C’est un fait avéré qu’on ne peut nier : nous avons besoin de trois fois plus de médecins. Or le pays ne forme que 1.900 par an contre un objectif de 3.300. Cela dit, nous avons un total de 23.374, soit un ratio de 7,1 médecins pour 10.000 Marocains, contre 12 en Tunisie et en Algérie, alors que l’OMS recommande un minimum de 23 médecins pour 10.000 habitants.

Par ailleurs, la spécialité qui prend le relais, en cas de détresse vitale, à savoir l’anesthésie- réanimation accuse le plus de manque. En effet, le Maroc ne dépasse pas les 275, secteurs public et privé confondus, et 760 médecins anesthésistes, si on ajoute le secteur universitaire et militaire.

Après cela, prions juste qu’il n’y ait pas de flambée de contaminés ni d’avalanche de décès du coronavirus non détecté.

Ces pays qui ne lésinent pas sur les tests

Depuis que le coronavirus s’est propagé dans le monde entier, les chiffres de contaminés et de décès ne sont plus à retenir tellement ils changent au rythme des secondes. Certains pays semblent avoir contenu la propagation rapide du virus, tandis que d’autres luttent avec plus de cas, chaque jour. Ce dimanche 29 mars, au moins 31.412 morts dans le monde depuis son apparition, en décembre en Chine. Plus de 667.090 cas d’infection ont été officiellement diagnostiqués dans 183 pays. Parmi eux, 134.700 sont aujourd’hui considérés comme guéris.


Pour lutter contre cette épidémie, la première étape est le test de dépistage, qui permet de déterminer si un individu est contaminé ou non. La Corée du Sud qui a adopté une stratégie de dépistage massif, avec son record mondial de tests réalisés, se présente comme un bon modèle. Ayant bien retenu la leçon des dégâts causés par le SRAS en 2003, et puis le MERS-Cov en 2015, les représentants ont été appelés à développer un test au plus vite, dès le quatrième cas recensé. Une semaine plus tard, un test était disponible. Ainsi, près de 300.000 tests ont été effectués en un mois et demi. Un record mondial et une épidémie mieux contrôlée qu’ailleurs. De fait, avec ses 51,4 millions d’habitants, le nombre de personnes guéries, quotidiennement, du Covid-19 dépasse celui des nouvelles contaminations, depuis une quinzaine de jours. Sur un total de 9.583 cas confirmés, seuls 152 décès ont été rapportés.

L’Allemagne, quant à elle, est aujourd’hui le pays au monde qui réalise le plus de tests : Presque 500.000 par semaine. Ces tests très nombreux expliquent en partie pourquoi le taux de mortalité des personnes infectées reste sensiblement plus bas qu’ailleurs, sans oublier que le pays est mieux équipé en lits de soins intensifs (25.000 lits avec assistance respiratoire). Avec 325 décès pour plus de 48.582 cas (chiffres du 28 mars), l’Allemagne se distingue de ses voisins.

En Autriche, le dépistage est systématique sur toute personne présentant des symptômes ou ayant été en contact avec une personne contaminée. Des tests sont notamment possibles depuis sa voiture, dans des «drive-in», comme en Corée du Sud, ce qui permet de faciliter le prélèvement et de ne pas exposer le personnel soignant.

Pour l’Islande, le dépistage est mené à grande échelle sans ordonnance et gratuitement.


Tests au cas par cas

Ce dimanche 29 mars, l’Espagne a, de nouveau, battu son bien triste record avec 838 morts en 24 heures. Ce chiffre porte donc le bilan de la pandémie à 6.528 morts dans le deuxième pays le plus touché par le coronavirus. Au-delà de ce chiffre, près de 6.000 cas supplémentaires ont été annoncés portant le total à 78.797.

Le Royaume-Uni qui a vu son Premier ministre, Boris Johnson, contaminé, connaît une nette accélération de l’épidémie et voit, également, son chiffre de décès grimper à 1.228. Pour leur part, les Etats-Unis sont devenus le pays le plus touché au monde avec 120.000 contaminations confirmées dépassant ainsi la barre des 2.000 morts, passant juste avant la Chine.

Pour ce qui est du pays le plus touché en nombre de morts, l’Italie reste à l’avant. Le bilan de l’épidémie du coronavirus s’est élevé à 10.779 morts, Viennent ensuite la Chine continentale et ses 3.295 morts et 81.394 contaminations et l’Iran avec 2.640 morts.

Pour le cas de la France, elle a décidé de limiter les tests de dépistage (environ 5.000/ jour) aux personnes présentant des signes sévères, les personnes fragiles et le personnel de santé, en raison d’un nombre insuffisant de tests disponibles dans le pays, après que les autorités ont été débordées par la vague de gens. D’ailleurs, seuls les laboratoires de ville (avec un niveau de sécurité dit LSB2) et les centres hospitaliers universitaires sont les seuls autorisés à réaliser des tests de dépistage du coronavirus.


En revanche, samedi 28 mars, le ministre de la Santé, Olivier Véran, a déclaré que la France passait à 12.000 tests sur une journée et qu’elle serait à 20.000, 25.000 puis 30.000 tests dans une semaine. Et enfin, elle atteindrait les 50.000 tests par jour, d’ici la fin du mois d’avril. Pour ce dimanche 29 mars, la France a enregistré 2.606 décès, depuis le début de l’épidémie.

En somme, le monde entier est secoué par le coronavirus et chaque pays s’est recroquevillé sur lui-même, ne prenant plus en compte que son bilan qu’il voit s’alourdir drastiquement, de jour en jour.

Souad Mekkaoui est la Directrice de la Rédaction de « Maroc diplomatique ». Une passion pour l’écriture et un irrésistible désir de communiquer. Auparavant professeur de langue française, écrivaine et aujourd’hui journaliste en charge de « Maroc diplomatique » dans ses versions écrite et numérique, Souad Mekkaoui, auteure de Plus forte que la souffrance et Femmes au purgatoire, elle est aussi une femme engagée avec sa plume contre les abus de tous genres, sociétaux et moraux. Son style s’inspire de l’impertinence, il nous livre en revanche une vision pertinente des choses, il questionne…