Covid-19 : Les opportunités de la criminalité organisée

Par Ali Zoubeidi : Docteur en droit public, spécialiste dans le trafic illicite de migrants

La criminalité organisée a opéré sa mutation dans le contexte de la pandémie Covid-19.

Pour les groupes criminels, la situation mondiale est nouvelle, complexe et exceptionnelle. Et leur avidité n’est pas loin.

Ils sont confrontés à une pandémie qui continue de gagner du terrain et qui pourrait fragiliser les acteurs étatiques.


Même si le contexte est extraordinaire, le crime organisé a l’habitude de se perpétuer en période d’instabilité, de récession et de transition. Exploiter la vulnérabilité humaine constitue son fonds de commerce. De ce fait, les groupes criminels s’adaptent pour tirer profit de la pandémie et développer de nouvelles opportunités.

Trafic illicite

Avec l’ensemble des mesures de précaution et de contrôle entamées pour contrecarrer le Covid-19, il serait crédule de penser que l’état d’urgence sanitaire va affecter le crime organisé. Au contraire, les groupes criminels trouveront le moyen de contourner les mesures drastiques des forces publiques. Au fait, ils les ont toujours contournées. Le ralentissement du trafic légal et les restrictions de la mobilité ne les concernent pas puisque leurs opérations n’ont jamais été licites. Cette nouvelle donne n’aura pour effet que de rendre encore plus onéreux les services de passage illégal des marchandises et des migrants.

Il est constaté que le trafic illicite n’a pas ralenti sa cadence en raison de la Covid-19.

Au Maroc, les réseaux criminels continuent de diriger leurs opérations de trafic de drogue dans le détroit de Gibraltar, et vers l’Afrique subsaharienne,tout comme ils continuent leurs activités de trafic humain en Méditerranée et dans l’Atlantique. Environ 980 migrants ont réussi la traversée vers l’Espagne depuis le 1er mars .


Des opérations de piraterie et de vol de cargaisons ont également été orchestrées depuis le début de cette pandémie. La crise sanitaire a permis aux groupes criminels organisés d’utiliser les masques de protection contre le Covid-19 comme un moyen de pression sur les États .

Il s’avère que les réseaux criminels se sont adaptés à cette nouvelle situation en adoptant des applications cryptées avec des changements dans leur mode opératoire.

Apparition de nouveaux marchés

Etant toujours à la recherche de marchés lucratifs, les groupes criminels ont diversifié leurs activités. Ils ont identifié et exploité de nouveaux pôles d’attractivité. C’est ainsi que la contrebande de masques de protection, de gels antiseptiques, de désinfectants et d’autres produits sanitaires a vu le jour.

Certains groupes criminels ont également investi dans des produits contrefaits pour réaliser des revenus colossaux, durant cette période de pandémie. D’autres réseaux transnationaux ont opté pour la cybercriminalité organisée. D’ailleurs, depuis les premiers jours de cette pandémie, il y avait une propagation d’applications et de sites web malveillants sur le thème du coronavirus, ainsi que des attaques de hameçonnage par e-mail visant à voler des données personnelles et financières. Ils profitent de la panique créée par l’épidémie pour multiplier les gains.


Face à tous ces dangers, la protection des personnes vulnérables contre les abus et l’exploitation en ligne devient primordiale.

Sans morale aucune, les cybercriminels exploitent toutes les opportunités. Alors que les écoles sont fermées, les enfants passent plus de temps en ligne. Internet peut être très dangereux pour les enfants moins avertis. Ils peuvent tomber facilement dans les pièges d’arnaques, de pédophilie et d’extorsion.

De plus, les personnes qui ont été obligées d’arrêter leurs activités se retrouvent en situation de vulnérabilité face à la propagation de la maladie. Elles sont devenues une proie facile pour ces groupes criminels organisés. Face à tous ces dangers, la protection des personnes vulnérables contre les abus et l’exploitation en ligne devient primordiale.

Blanchiment des capitaux et crise d’éthique

Les périodes de récession économique sont propices pour le crime organisé.

Après une crise financière comme celle que nous traversons, les entreprises manqueront de liquidités en raison du ralentissement de l’activité économique.


A la fin de cette pandémie, de nombreuses entreprises seront en difficulté.

Disposant de liquidités, les groupes criminels pourront se positionner pour gérer le blanchiment des capitaux ou les acquisitions d’entreprises en crise. Ce qui permettrait d’injecter les produits de la criminalité dans l’économie licite et dans de nouveaux secteurs lucratifs.

Les réseaux criminels profiteront des impacts de la pandémie pour infiltrer, également, les administrations et les institutions.

Cette crise pourrait également entraîner une crise d’éthique. Le risque d’absence de la responsabilité sociétale, de l’élite politique, de la sphère économique ou encore sportive, contribuerait à la propagation de comportements qui favoriseraient la pénétration des groupes criminels dans divers secteurs.