Covid-19 : L’urgence de la situation dicte l’urgence de l’action

Covid-19
Pour freiner la pandémie, il faut des restrictions drastiques.

Face à cette pandémie, le Maroc est en train de vivre une guerre économique qui a été déclenchée par un ennemi invisible, le coronavirus, mais c’est aussi une guerre bactériologique. Et face à la guerre économique, le Maroc ne peut compter que sur lui-même, en tout cas pendant les premiers assauts. Et les premiers assauts vont durer plusieurs mois. Donc, le Maroc doit se prendre en charge pour se nourrir, avoir de l’énergie, se soigner et gérer les malades et, malheureusement aussi, les décès.

Chiffres et réalités

En prologue, selon un rapport cité par le New-York Times, le coronavirus pourrait tuer, dans les prochains mois, jusqu’à 2,2 millions d’Américains et plus de 500.000 Britanniques. La progression de cette pandémie est exponentielle. Et donc soit le chiffre doublera tous les deux jours, soit il triplera tous les trois jours. A supposer que cela triple tous les trois jours en termes d’infection et que le 1er jour, il y ait trois malades, trois jours après, il y en aura neuf, et pendant les trois jours qui suivent, il y en aura 27. Au bout d’un mois, il y en aura dans les 500.000 personnes infectées.

Cela ne veut pas dire que je mets en doute les statistiques du ministère de la Santé. Sauf que les nombres de personnes atteintes et des personnes décédées ne veulent rien dire. En l’absence de dépistage de l’ensemble de la population, nous n’avons aucune donnée fiable pour se référer aux données dont nous disposons (nombre de cas déclarés et de décès).

Statistiquement, si on ne dépiste que les morts, nous arrivons à 100% de taux de mortalité ! Si on ne teste que les cas critiques, nous en aurons moins mais beaucoup plus en réalité. Et si nous dépistons un grand nombre, nous aurons plus de cas alors que si nous dépistons moins, le nombre sera faible. Donc, on a la moindre idée de la progression réelle du virus et de sa diffusion.


Et sur ces 500.000 personnes qui peuvent être infectées par le virus, 10 à 20% seront en état grave. C’est-à-dire entre 50.000 et 100.000 personnes sur 1 mois auront une détresse respiratoire. C’est ce qu’on appelle le S.R.A.S (Syndrome Respiratoire Aigu Sévère).

Face à cela, il faut des respirateurs, il faut intuber le patient pendant des jours. Or dans notre royaume, la capacité en lits et le nombre des respirateurs disponibles est faible face à 50.000 ou 100.000. Nous déduisons ainsi et rapidement que cela ne sera pas gérable. Pour cela, il suffit de penser au cas de l’Italie et de l’Espagne où on arrive au stade où il faut choisir qui intuber.

Pourquoi il faut rester chez soi ?

Gérer le flux des patients s’impose dans ce cas, pour cela, il faut que tous les contaminés ne tombent pas malades en même temps. Aussi faut-il un confinement et un contrôle strict et sévère.


Pour info, les auteurs du rapport, cité par le New-York Times, préviennent que le seul moyen d’éviter une mortalité aussi massive serait de maintenir des mesures strictes de confinement pendant une longue période et non pas seulement de deux semaines.

En fait, selon ce même rapport, pour freiner la pandémie, il faut des restrictions drastiques au travail, à l’école et toutes les fréquentations sociales jusqu’à ce qu’un vaccin soit disponible. Ce qui pourrait prendre 1 à 18 mois.

D’un autre côté, si les gens sont confinés, il va falloir les rassurer qu’ils auront de quoi manger et de quoi se faire soigner. Et c’est là où on doit mobiliser tous les stocks alimentaires. On doit arrêter immédiatement les exportations de nourriture et vérifier, en termes de céréales, en termes de protéine animale combien le Maroc pourrait tenir.

Comme le traitement de cette maladie ou de la prévention va durer plusieurs mois, cela veut dire qu’on peut se trouver en rupture de stocks de divers produits, de consommables et de matériels. Donc il faut s’assurer en plus du stock alimentaire, d’un stock de médicaments et de consommables d’hygiène d’au moins 1 an.


Beaucoup se préparent pour la gestion de la crise en faisant des approvisionnements stratégiques qu’ils vendront au prix fort. Donc, il faut organiser une Centrale d’achats de temps de guerre, rationaliser les stocks et la distribution. Car en temps de guerre, il y aura toujours des rapaces qui voudront se faire un maximum d’argent sur le dos de ceux qui veulent survivre.

La question qui se pose alors est : Où allons-nous trouver tout cela ? Nous devons avoir une idée en termes de sourcing international. Il faut, tout d’abord, fabriquer et produire nousmêmes et donc mobiliser l’appareil productif pour créer, par exemple, des masques, pour cultiver et récolter de la nourriture. Il y a aussi la gestion des lits et de la sous-capacité pour les malades. Au pire des cas, les hôtels dont le pays dispose peuvent servir si on les médicalise.

Egalement, il faudra assurer, avant tout, la protection de ceux qui protègent les Marocains à savoir les forces de sécurité, les forces médicales et les forces d’hygiène. En d’autres termes, protéger tous ceux qui couvrent les besoins élémentaires. Et c’est en les protégeant, en premier, qu’ils pourront, ensuite, protéger le peuple.

Une épreuve à surmonter

Sachons-le, les temps à venir seront durs et graves. Nous avons besoin de les gérer tout en gardant en tête qu’il faudra qu’on puisse, en même temps, redémarrer un appareil économique pour l’aprèscrise. Cela déduit qu’il y a deux choses à gérer :


L’urgence absolue et vitale qui nécessite un traitement parallèle via l’Exécutif. Et je me permets d’interpeller le gouvernement pour qu’il mette en place une Cellule de crise en lui donnant mandat. Elle fera appel à toutes les compétences nécessaires de professionnels, ingénieurs, scientifiques, épidémiologistes, tacticiens, spécialistes en relations internationales, etc … car il faudra négocier avec le reste du monde des approvisionnements vitaux.

Sinon, ce sera une autre crise avec une explosion de la dette et des morts à cause d’une pénurie artificielle !

On n’est plus dans un temps politicien, on est dans un temps de guerre donc un temps exécutif.

Pour rappel, l’Allemagne a mis 500 Milliards d’€ pour protéger son économie et sa société pendant le confinement. Cela représente 13,5% de son PIB annuel.


La France a mis 300 Milliards d’€ pour le même but. Cela représente 12% de son PIB annuel.

Le Maroc devra, lui aussi, mettre autour de 12 ou 13% de son PIB durant le confinement, pour protéger son économie et sa population, soit autour de 150 Milliards de Dhs.

Ces journaliers qu’il ne faut pas oublier

Par ailleurs, un danger dont personne ne parle, nous guette : ce sont les millions de journaliers qui n’ont plus de revenus. Ces gens doivent être absolument sécurisés et soutenus afin qu’ils puissent subvenir à leurs besoins en étant rassurés que leurs familles ne mourront pas de faim et qu’elles seront soignées en cas de besoin.

Je suis totalement convaincu que le peuple marocain est un peuple raisonnable qui demande juste à ce qu’il comprenne les choses.


Donc, la seule façon d’assurer cette sécurité est de basculer en économie de guerre et d’assurer les flux de production et les flux de gestion. Et comme disait le Général De Gaulle «l’armée avance et l’intendance suit».

En conséquence, on doit mettre en place un plan outillé avec des spécialistes de tous les niveaux. Le temps n’est plus à l’hésitation ou au petit calcul. Le temps est à l’action et au sauvetage du maximum de Marocains.

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Il faudra assurer, avant tout, la protection de ceux qui protègent les Marocains.

Je me permets d’attirer l’attention des ministres, des députés, des Conseillers régionaux et municipaux ainsi que les partis politiques qui renoncent à leurs charges, à leur devoir, à leur mission et à leur utilité en les remettant à Dieu que c’est la nature qui s’en occupera. Et ce sera au plus malin et au plus fort de réguler les choses, d’un coup, jusqu’à ce que le nouvel écosystème s’installe progressivement.

Dans ce monde mondialisé, le darwinisme social sera en roue libre, et les plus faibles serviront de garde-manger à ceux qui seront en haut de la chaîne alimentaire.


Se battre pour figurer dans un organigramme dans lequel personne n’a défini le projet n’a aucun sens. Définissons le projet, après, tout sera beaucoup plus simple.

Alors, il est temps que le Plan de la Cellule de Crise soit validé et opérationnel au plus vite.

Oussama Ouassini