AccueilA LA UNECrise frontalière au Nigéria: les économies au bord de l’asphyxie
Crise frontalière au Nigéria: les économies au bord de l’asphyxie

Crise frontalière au Nigéria: les économies au bord de l’asphyxie

Depuis le 20 août 2019, le Nigéria a décidé de fermer unilatéralement ses frontières terrestres pour stopper l’importation de produits de contrebande. Une décision qui a profondément impacté l’économie des pays concernés.

Le 20 août 2019, le Nigéria décide de la fermeture de ses frontières terrestres pour contrer les importations de produits de contrebande. Cette fermeture qui concerne plusieurs pays, est d’autant plus problématique pour ceux qui font partie de la Communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), à savoir le Bénin et le Niger, et qui sont soumis au principe de la libre circulation des biens, des personnes et des services, et devraient, à terme, adopter une monnaie commune.

De lourdes conséquences pour les pays frontaliers…

Sans surprise, cette annonce a eu des conséquences désastreuses pour les économies impliquées et plus particulièrement pour le Bénin. Cette mesure qui concerne la vente de produits de contrebande dont le Bénin est devenu une plateforme tournante, cible 41 produits dont le riz, l’huile, le sucre ou encore les viandes et les abats congelés. Des produits qui, pour la plupart, transitent au Bénin et sont réexportés vers le Nigeria. L’importation de ces produits est vue alors comme une véritable menace pour la politique d’autosuffisance alimentaire mise en place par le Président Buhari. Le poste frontalier Sémè-Kraké, notamment, réputé pour son dynamisme dans les échanges commerciaux et les trafics, a été profondément affecté. Plusieurs centaines de camionneurs qui s’y sont vu bloqués ont vu leur activité mise en péril. La mesure avait été prise par surprise et aucune action pour compenser les pertes engendrées n’avait été prévue.

…Mais aussi pour le Nigéria

Cette mesure visant à protéger l’économie nigériane n’est, en réalité, pas sans conséquences pour le pays. La plupart des commerces vivaient des importations des pays voisins et se retrouvent, aujourd’hui, en situation de pénurie et font face à une hausse considérable des prix, notamment du riz. Par ailleurs, le Bénin avait réagi en déclarant qu’il ne s’agit pas d’une contrebande unidirectionnelle. Celui-ci reproche, également, au Nigéria d’exporter de l’essence de contrebande.

Pour le « Made in Nigéria »

L’une des raisons qui ont motivé cette mesure, est la politique d’autosuffisance alimentaire. Promue par le gouvernement nigérian depuis quelques années, le « Made in Nigéria » est censé diversifier l’économie du pays, fortement dépendante du pétrole. La première économie africaine se livre alors à une véritable politique protectionniste, depuis 2015, pour stimuler le développement agricole national. Elle s’oppose non seulement aux produits de contrebande mais aussi, dans une certaine mesure, à l’arrivée de produits venus de l’extérieur, vu comme un risque de concurrence déloyale.

C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles le Nigéria s’est opposé à l’adhésion du Maroc à la CEDEAO. Celle-ci mettrait en péril, selon les syndicats nigérians, l’économie du pays puisqu’il ouvrirait la porte à des produits européens, turcs ou américains, sans frais de douane, du faits des différents accords dont il bénéficie. Le Nigéria a, tout de même, fini par signer l’Accord de la ZLECA qui instaure le libre-échange à l’échelle du Continent, contre lequel il a, pendant quelques temps, été hostile pour les mêmes raisons (crainte de la fragilisation de l’économie nationale). Mais eu égard au maintien de cette politique protectionniste envers les pays voisins, cela pose un certain nombre de questionnements sur l’engagement du pays vis-à-vis de l’intégration économique régionale et continentale.

 

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