Débat passionné au siège de l’IMA à Paris sur la réhabilitation de la médina de Marrakech

la médina de Marrakech

Un débat passionné sur la réhabilitation de la médina de Marrakech et sur le rôle de la société civile dans la préservation de la ville ocre dans ses dimensions culturelles et spirituelles, a été organisé jeudi soir au siège de l’Institut du Monde Arabe (IMA) à Paris.

Au cours de ce débat, marqué par la participation de nombreuses personnalités, dont le président de la région de Marrakech-Safi, Ahmed Akhchichen, les différents intervenants ont insisté sur la nécessité d’adopter, pour la rénovation de la ville de Marrakech, une démarche englobant, outre le volet architectural, tous les autres aspects liés à la culture, au style de vie et au bien-être de ses habitants et visiteurs.

Ils ont ainsi appelé à la vigilance en vue de préserver à Marrakech son patrimoine et de lutter contre la ”bétonisation” aveugle afin de garder à cette ville millénaire son cachet authentique et son esprit et d’assurer la pérennité des valeurs de solidarité, de «mitoyenneté» et du vivre-ensemble qui y constituent le socle de la vie sociale.

Les participants au débat se sont félicités, à cette occasion, de l’initiative d’impliquer la société civile et toutes les personnes éprises de Marrakech dans la réflexion engagée autour de la mise en place, dans les meilleures conditions, de la phase II du projet de réhabilitation de la ville ocre, qui devrait s’échelonner sur trois ans.

«L’objectif de la deuxième phase de ce projet de réhabilitation de la médina de Marrakech, c’est évidemment la rénovation du cadre architectural, qui est classé patrimoine mondial, mais également la rénovation de beaucoup d’autres aspects, qui sont en rapport avec la culture et avec la personnalité de la ville», a indiqué Akhchichen dans une déclaration à la MAP.


«Avec le développement des activités du tourisme et de la restructuration même du tissu économique de la médina, il est probable que certaines composantes de cette culture et de ce patrimoine sont en train de se perdre », a-t-il observé.

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«Il est donc important d’impliquer l’ensemble des acteurs qui font justement la ville de Marrakech et en particulier ceux de la société civile pour faire en sorte que l’échange entre eux et les autorités en charge de la mise en place de ce projet puissent justement avoir en ligne de compte tous ces aspects, qui ne sont pas seulement liés à l’architecture, mais fondamentalement à la culture et au style de vie de la ville», a souligné Akhchichen.

Le président de la région de Marrakech-Safi a expliqué que cette deuxième phase du programme de réhabilitation de la ville concerne fondamentalement deux circuits : «celui dit touristique, qui est aujourd’hui dominant pour les visiteurs de Marrakech et puis le circuit spirituel qui est celui des +sept saints+ (sebaatou rijal), qui permettront à eux deux de traverser l’ensemble des tissus urbains de la médina».


Il a, à cet égard, émis le vœu que ce travail de réhabilitation, qui vise aussi une reprise en main des dimensions culturelles et spirituelles, aura donné dans trois ans les résultats escomptés.

De nombreuses propositions et solutions ont été avancées dans ce sens par les différents intervenants, dont l’architecte et urbaniste Elie Mouyal, un expert mondialement connu de la construction en terre et auteur du plan d’aménagement de la Médina de Marrakech, et l’écrivaine et militante associative dans la défense des patrimoines, Touria Ikbal.

Ikbal a notamment appelé à la création d’une Fondation pour la réhabilitation de la ville de Marrakech, qui puisse fédérer toutes les associations et les bonnes volontés travaillant sur le sujet et capitaliser sur les efforts de tous les intervenants en vue d’avoir une vision plus globale sur le sujet.

Lors de ce débat, qui a été animé par l’expert en patrimoine des médinas, Jaafar Kansoussi, le sociologue et anthropologue Michel Peraldi a présenté son ouvrage : «Marrakech ou le souk des possibles. Du moment colonial à l’ère néolibérale», une étude anthropologique sur la ville ocre.


Ce débat a été organisé dans le cadre des jeudis de l’IMA, organisés depuis près de 25 ans par l’Institut en vue de jeter une passerelle entre les cultures arabes et occidentales et échanger sur des sujets d’actualité innovants.