Déjà à la traîne, la réalisation des Objectifs de développement davantage compliquée par la Covid-19

La subéraie de la Maâmora, la plus vaste forêt de chêne-liège de la médierranée, (10/08/19)

Par Naoufal Enhari (MAP)

Accusant déjà du retard en 2019, la réalisation des Objectifs de développement durable (ODD) qui visent à améliorer la vie des gens à travers le monde à l’horizon 2030, se voit prendre un nouveau revers cette année avec les conséquences socio-économiques désastreuses de la pandémie du Covid-19.

Le constat fait par les Nations-Unies à cet égard est sombre. La pandémie a déclenché, en une courte période, une crise sans précédent, provoquant de nouvelles perturbations du progrès des ODD, et touchant davantage les populations les plus pauvres et les plus vulnérables à travers le monde.

La pandémie du coronavirus, qui s’est déclenchée au début de l’année, est devenue en l’espace de quelque mois la pire crise humaine et économique de notre temps, touchant l’ensemble de la planète avec plus de 500.000 morts et plus de 10 millions de cas confirmés.


“Comme les Etats membres l’ont reconnu lors du sommet sur les Objectifs du développement durable en septembre dernier, les efforts mondiaux à ce jour n’ont pas été suffisants pour apporter le changement dont nous avons besoin, mettant en risque la promesse de l’Agenda pour les générations actuelles et futures”, a regretté le Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres.

“Maintenant, en raison de la Covid-19, une crise sanitaire, économique et sociale sans précédent menace les vies et les moyens de subsistance, rendant la réalisation des Objectifs encore plus difficile”, a-t-il déploré à l’occasion de la publication d’un récent rapport sur l’état des lieux de la mise en œuvre des 17 ODD.

Adoptés par les dirigeants mondiaux en 2015 dans la perspective d’un monde plus équitable et durable, ces Objectifs de développement durable sont au cœur de l’Agenda 2030 des Nations-Unies et couvrent l’intégralité des enjeux de développement dans tous les pays, tels que le climat, la biodiversité, l’énergie, l’eau, la pauvreté, l’égalité des genres, la prospérité économique ou encore la paix, l’agriculture, l’éducation, etc.

Le “Rapport 2020 sur les Objectifs de développement durable”, réalisé par le Département des affaires économiques et sociales de l’ONU relève que le monde était en train de réaliser des progrès – bien qu’inégaux et insuffisants pour atteindre les Objectifs – dans des domaines comme l’amélioration de la santé maternelle et infantile, l’élargissement de l’accès à l’électricité et l’augmentation de la représentation des femmes au sein des gouvernements. Toutefois, même ces avancées ont été contrebalancées par une croissante insécurité alimentaire, une détérioration de l’environnement naturel et des inégalités persistantes et omniprésentes.


Par conséquent, le rapport onusien estime que près de 71 millions de personnes devront basculer dans l’extrême pauvreté en 2020, soit la première augmentation de la pauvreté dans le monde depuis 1998. La perte de revenus, la protection sociale limitée et la hausse des prix signifient que même ceux qui étaient auparavant en sécurité pourraient se retrouver menacés de pauvreté et de faim.

De même, cinq agences des Nations-Unies ont averti dans un nouveau rapport que cinq ans après que le monde s’est engagé à mettre un terme à la faim, à l’insécurité alimentaire et à toutes les formes de malnutrition, “nous ne sommes toujours pas sur la bonne voie pour atteindre cet objectif d’ici 2030”.

L’ONU estime ainsi que près de 690 millions de personnes ont souffert de la faim en 2019, soit 10 millions de plus qu’en 2018 et près de 60 millions de plus en cinq ans.

La dernière édition du rapport sur “l’Etat de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde” révèle aussi que des milliards de personnes ne peuvent pas manger de façon saine et nutritive. Les personnes qui souffrent de la faim sont plus nombreuses en Asie, mais leur nombre augmente le plus rapidement en Afrique.


Et selon cette étude, la pandémie de Covid-19 pourrait faire basculer plus de 130 millions de personnes de plus dans la faim chronique d’ici fin 2020.

Pour le chef de l’ONU, des solutions concrètes, audacieuses et réalisables sont par conséquent nécessaires pour affronter les nombreux défis auxquels le monde est aujourd’hui confronté, y compris la pandémie de Covid-19.

“La gravité de la crise ne doit pas être sous-estimée”, a-t-il prévenu lors du segment ministériel du récent Forum politique de haut niveau des Nations-Unies sur le développement durable. “Et les effets de cette pandémie se répercutent de manière disproportionnée sur les plus vulnérables”, a-t-il constaté.