Des signes de reprise mais toujours des incertitudes

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L’économie nationale a entamé l’année 2021 sur fond d’optimisme mesuré. La saison agricole manifeste un comportement favorable et plusieurs activités commencent à se redresser. Le rythme de reprise devrait s’accélérer davantage avec l’évolution de la campagne de vaccination. Toutefois, des risques majeurs pèsent lourdement et devraient perturber cette relance.

Dans tous les pays du monde, la crise sanitaire a fortement impacté les économies et les finances publiques. Les recettes ont chuté à cause d’une conjoncture défavorable marquée par l’arrêt ou la lenteur de plusieurs secteurs. Pour leur part, les dépenses s’inscrivent dans une importante progression pour faire face aux défis de prévention et de lutte contre la pandémie. Il s’agit aussi d’engager un effort budgétaire colossal pour soutenir les catégories ou les entreprises les plus affectées. Mais ces derniers temps avec le lancement de la campagne de vaccination, la situation économique commence à s’améliorer.

«En dépit des contraintes, 2021 est une année de reprise par excellence surtout lors du deuxième semestre. Plusieurs indicateurs confortent cette thèse à commencer par le comportement favorable de la campagne agricole qui s’annonce sous de bons auspices. Exceptés le tourisme, l’événementiel et certaines branches fortement secouées par la crise, les autres activités ont montré une résilience face aux aléas de la conjoncture et manifestent des signes de relance mieux que prévu», souligne Mohamed Amrani, professeur d’économie à l’Université Hassan II de Casablanca.

Un avis conforté par la dernière note de conjoncture de la Direction des études et des prévisions financières (DEPF) qui a précisé que «l’économie nationale devrait profiter de la relance de la conjoncture internationale et renouer avec la croissance en 2021 bénéficiant du retour graduel de l’optimisme sur fond de déploiement accéléré du vaccin contre la Covid-19. L’opérationnalisation du plan de relance économique confortée par les prémices d’une bonne campagne agricole sont aussi des gages de cette reprise».

Pour l’agriculture, les prévisions de récoltes qui seront arrêtées par le département de tutelle à partir du début avril prochain laissent présager une bonne saison d’au moins 80 millions de quintaux. Pour leur part, les réserves en eau des barrages ont atteint plus de 8 milliards de m3 dépassant en cela le taux de remplissage de 50%. Ces capacités hydriques donnent une bonne visibilité pour les exploitants implantés dans les périmètres irrigués et permettront d’avoir un effet favorable sur le rendement pour la saison actuelle et la prochaine.


Au niveau des autres activités, la dernière enquête de Bank Al Maghrib révèle une amélioration du secteur industriel mais avec des réalisations mitigées selon les branches. La production et les ventes auraient progressé et le taux d’utilisation des capacités (TUC) se serait établi à 72%.

Par branche d’activité, la production a augmenté dans les filières «chimie et parachimie» et «mécanique et métallurgie». Elle est restée stagnante dans «l’électrique et l’électronique» et a baissé dans «l’agroalimentaire» et le «textile et le cuir».

Les industriels s’attendent à une nette amélioration dans les mois à venir à l’exception du «textile et du cuir» où les entreprises tablent sur une stabilisation de l’activité.

Toujours au niveau sectoriel, le secteur du BTP a entamé l’année 2021 sur une baisse de 12,3% des ventes de ciment, indicateur clé de l’activité, comparativement avec la même période de l’année dernière. Les pluies abondantes du mois de janvier ont perturbé les chantiers. Pour ce qui est du financement des opérations immobilières, les crédits immobiliers ont enregistré un accroissement de 2,5% à fin 2020, portés par la bonne tenue des crédits à l’habitat qui se sont améliorés de 3,4%. Les crédits à la promotion immobilière ont accusé une baisse de 1,8% à fin 2020 après une hausse de 2,4% l’année dernière.


Pour les finances publiques, l’année demeure toutefois marquée par quelques perturbations en dépit d’une amélioration du déficit public. Selon les analystes de CDG Capital, «2021 est une exercice difficile et empreint d’incertitudes. La volonté du gouvernement de soutenir la reprise et de mener des réformes sociales d’envergure malgré l’affaiblissement des ressources, devrait se traduire par une hausse supplémentaire de l’endettement».

Les orientations de l’Etat sont adaptées au contexte actuel avec une programmation budgétaire plus claire, des réformes fiscales qui cadrent avec les dernières réformes enregistrées au cours des deux dernières années visant la protection de l’industrie locale et le développement des produits de substitution, l’encouragement de l’emploi et de la réinsertion, la poursuite du processus de restructuration de l’administration ainsi que de l’accélération de la transition énergétique et écologique.

Flambée des cours des matières premières

La hausse des prix des matières premières risque de peser lourdement sur la balance commerciale et des réserves en devises en 2021. Elle devrait aussi impacter le pouvoir d’achat des Marocains. Ces dernières semaines, les consommateurs ont constaté une hausse des prix des huiles de tables. Les professionnels du secteur agroalimentaire ont expliqué cette flambée par la hausse des cours des oléagineux dans les marchés internationaux. Ainsi, l’huile de tournesol a rebondi de plus de 90% et le soja à plus de 80%. D’autres produits sont également touchés par cette hausse comme le blé avec une progression de 45%, le maïs de 77% et le sucre de 89%. Mais le renchérissement des prix du pétrole est le plus inquiétant pour les pays importateurs de ce produit. Les cours s’inscrivent dans un cycle haussier fort. Ils sont passés de 40 dollars, début octobre 2020 pour franchir actuellement la barre des 70 dollars. Les analystes n’écartent pas l’hypothèse des cours de près de 100 dollars à la fin de l’année 2021.