DROIT DE RÉPONSE: L’ambassade de la Turquie répond à un article de «Maroc diplomatique»

Rabat, le 4 avril 2016

Monsieur,

C’est avec consternation que nous avons pris connaissance de l’article intitulé « Que faut-il attendre d’Erdogan » publié sous votre signature dans l’édition du 9 février 2016 du journal Maroc diplomatique. Il est pour le moins regrettable que l’on puisse propager des commérages et les calomnies de certains milieux contre le Gouvernement et le Président d’un pays envers lequel Sa Majesté le Roi et le peuple frère du Royaume du Maroc éprouvent des sentiments amicaux et fraternels. La Turquie lutte malheureusement contre les plus cruelles formes de terrorisme depuis les années 1970, elle fait partie de 12 conventions internationales liées à la lutte contre le terrorisme. Avec une amère expérience de plus de 40 ans en la matière, la Turquie fournit des efforts pour une prise de position commune contre le fléau du terrorisme à l’échelle internationale. La Turquie a assuré aux côtés des Etats-Unis la coprésidence du Comité de coordination du « Forum Mondial de Lutte contre le Terrorisme » (FMLT), une plateforme pour la lutte contre l’extrémisme violent et le terrorisme sous toutes ses formes, créée en 2011, avec la participation de l’Union Européenne et de 29 pays dont le Maroc, élu en 2015, en tant que co-président, prendra la relève.

Récemment ébranlée profondément par les horreurs du terrorisme, la Turquie est actuellement en lutte contre plusieurs organisations terroristes telles que Daech, PKK et DHPK/C. Elle lutte depuis des décennies contre le groupe terroriste PKK/KONGRA-GEL qui constitue une menace pour sa sécurité nationale et a causé la mort de plus de 40.000 de nos citoyens. Le PKK qui figure sur la liste officielle des organisations terroristes des Etats-Unis, depuis 1997, a été inscrit avec ses autres appellations KADER et KONGRA-GEL par l’UE en 2002 sur la « Liste des Organisations Considérées comme Terroristes », le sous-groupe appelé « les Faucons de la Liberté du Kurdistan » (TAK), qui revendique certaines récentes attaques terroristes en Turquie notamment celle du 17 février et du 13 mars qui ont coûté respectivement la vie à 29 et 37 personnes et ont causé des centaines de blessés, est également inclus à ladite liste depuis 2007. Les autorités marocaines expriment au plus haut niveau leur solidarité par tous les moyens à la Turquie dans sa lutte contre le terrorisme. Daech est considéré, avec toutes ses appellations depuis 2005, comme organisation terroriste par la Turquie. Daech, Al Qaeda, Talibane et Front Al-Nousra ont été inscrits sur la liste des sanctions. La Turquie a également pris part à la coalition internationale depuis sa formation et a contribué à ses opérations. La Turquie qui a été confrontée à toutes sortes d’instabilité au-delà de ses frontières du sud suite aux développements dans la région, n’a fait preuve d’aucune tolérance vis-à-vis des passages illégaux de frontières et a surtout pris de sérieuses mesures pour lutter contre la contrebande de pétrole dans les régions frontalières. Dans ce cadre, environs sept cents étrangers ont été incarcérés, près de trois mille ont été expulsés et des décisions d’interdiction du territoire ont été prononcées contre une quarantaine de mille.


Ces mesures initiées en 2012, deux ans avant que Daech ne prenne le contrôle, en juin et juillet 2014 de deux importantes zones pétrolières en Syrie et en Irak, pour la lutte contre la contrebande pétrolière, et qui sont intervenues avec l’adoption par le Conseil de Sécurité des Nations Unies des résolutions 2170 en 2014 et 2199 en 2015, ont permis de réduire le volume de contrebande ainsi le volume intercepté est passé de 80 millions de litres en 2014 à 1 million de litres en 2015 et 300 km de pipline ont été détruits. Les allégations de propagande noire prétendant un soutien implicite par la Turquie à l’organisation terroriste Daech ciblent, en même temps, les autres pays participants à la coalition internationale. Le manque de preuves sur la véracité desdites allégations n’est pas une surprise, il n’est pas difficile de réaliser que le motif principal derrière ces allégations infondées est de détourner l’attention de l’opinion publique internationale. Nous condamnons fermement les derniers attentats terroristes odieux et effroyables perpétrés à Bruxelles, entraînant la mort et des blessures à de nombreuses personnes innocentes. Il s’est avéré plus tard que l’un des protagonistes de ces attentats avait été arrêté et expulsé, l’année dernière, par la police turque pour les soupçons d’affiliation à des réseaux terroristes. Le récent attentat du 19 mars à Istanbul illustre que la Turquie reste l’une des cibles principales de Daech dans la région. Avec ses activités croissantes en Syrie et en Irak et ses combattants terroristes étrangers, Daech constitue une menace directe et sérieuse envers la sécurité nationale de la Turquie. Le nombre de terroristes en préparation d’attentats interceptés lors des opérations anti Daech dans la même période dépasse une centaine et selon les communiquée du Ministère de l’Intérieur plus d’une vingtaine de projets d’attentats terroristes d’une grande envergure ont pu être déjoués. Alors que les condamnations unanimes envers ces attentats terroristes causant autant de victimes affluent des quatre coins du monde, nous sommes surpris des allusions étonnantes que contient votre article.

Avec mes considérations distinguées.

Muhammet TATAR

Troisième secrétaire