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Écarté de la CEDEAO, le Mali au ban du G5 Sahel ?

Par Olivier DELAGARDE

Après la série de sanctions prises par la CEDEAO visant la junte, c’est l’alliance militaire du G5 Sahel dont est membre le Mali, qui pourrait lui emboîter le pas. Un nouveau revers alors que la diplomatie malienne aurait dû en prendre la présidence en février prochain.

Suivant la posture de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), c’est au tour de l’organisation du G5 Sahel de se pencher sur le « cas malien ». Les dirigeants de l’alliance régionale qui rassemble autour d’une même table le Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie, le Niger ainsi que le Tchad, doivent plancher dans les prochains jours sur l’avenir du Mali au sein de l’organisation. Mais d’ores et déjà, un son de cloche unanime tinte : leur refus de voir le Mali assurer la présidence de l’alliance en 2022.

Selon les statuts de l’organisation régionale, il revenait à Bamako de prendre la tête du G5 à compter du mois de février de cette année. Mais compte tenu des événements récents dans le pays, laissant poindre une instabilité durable, une remise en question réglementaire semble s’imposer. Non content de priver le Mali de sa présidence, une suspension ne serait-ce que provisoire de Bamako aux pourparlers de l’organisation, aurait une conséquence directe sur les opérations de la force conjointe du G5 Sahel. En effet, cette dernière est censée opérer notamment aux frontières du Mali, du Niger et du Burkina Faso.

Quid de la présidence en 2022 ? Deux options sont actuellement à l’étude : une rétrocession de celle-ci au Niger ou au Burkina Faso, ou bien une prorogation du mandat Tchadien débuté en février 2021.

Un défilé de tractations internationales

Le président du Conseil militaire de transition (CMT), Mahamat Idris Déby, avait prévu de se rendre, début décembre 2021, à Bamako, afin de s’entretenir avec le chef de la junte malienne, Assimi Goita. Au centre du programme de son séjour dans la capitale malienne : l’avenir du pays au sein de l’organisation. Seulement cette visite de temps forts et d’échanges vitaux avait été reportée au 20 décembre afin de coïncider avec la venue du président français, Emmanuel Macron, au Mali, et celle de du chef de l’État ghanéen, Nana Akufo-Addo, actuel président en exercice de la CEDEAO. Si la junte malienne s’était, dans un premier temps, accordé avec Paris sur le format de la rencontre, elle s’était rétractée dans un second en faisant savoir à la diplomatie française qu’elle refusait la présence de Deby, ainsi que celle d’Akufo-Addo, aux côtés d’Emmanuel Macron. Volte-face qui avait alors largement contribué à l’annulation du voyage du président français au Mali.

LIRE AUSSI : La CEDEAO suspend le Mali de ses institutions

De nouvelles alliances de circonstances

Réunis à Accra le 9 janvier, les chefs d’État de la CEDEAO ont décidé de fermer les frontières avec le Mali, ayant pour conséquence directe la suspension des échanges commerciaux, hormis les produits de première nécessité. Une décision qui oblige le Mali à tisser des liens nouveaux, hors du périmètre de la CEDEAO. C’est ainsi que Bamako s’emploie à un rapprochement avec la Mauritanie, pays non-membre et de fait non concerné par les sanctions prises par l’organisation ouest-africaine. Fin décembre déjà et anticipant plus que probablement sa mise au banc de touche, le chef de la diplomatie malienne, Abdoulay Diop, s’était rendu à Nouakchott afin de s’entretenir avec le président mauritanien. Début janvier, c’est à Alger que s’était rendu Diop afin d’y rencontrer Ramtane Lamamra, ministre des Affaires étrangères.

Des perturbations qui parasitent Paris

Les tensions entre le G5 Sahel et la junte malienne parasitent d’autant la stratégie de la diplomatie française qui tente notamment de trouver du financement pour l’effort et l’alliance militaire. En effet, depuis plusieurs mois, Paris plaide et influe auprès du Conseil de sécurité des Nations unies, pour la mise en place d’un bureau de soutien de l’ONU au bénéfice du G5 Sahel. Autre caillou dans la chaussure du président français : le déploiement en cours des forces paramilitaires russes Wagner qui selon Washington et Londres, impose plus qu’un simple « plaidoyer » onusien…

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