Endettement et Etat providence pour contenir l’inflation

L’inflation qui se développe dans de nombreux pays et qui est due à la hausse des prix de l’énergie se fait de plus en plus sentir au Maroc. Pourtant, les institutions financières internationales avaient longtemps alerté sur les répercussions de la pandémie sur le climat social des pays surtout à économie intermédiaire. Et au-delà des défaillances sur les systèmes sanitaires de ces pays, la crise du Covid-19 a aussi révélé la fébrilité des structures de certaines économies, qui ont été plutôt conjoncturelles que structurelles.

Tenaillés par la hausse des prix, doublée d’une inquiétude sur la campagne agricole à venir, des citoyens ont investi les rues dans plusieurs villes du Maroc. A Rabat, Casablanca, Tanger, Oujda, Errachidia et Kénitra, entre autres, des dizaines de citoyens sont descendus dans la rue pour dénoncer cette hausse des prix et ont appelé le gouvernement à intervenir en urgence pour trouver des solutions.

Les manifestants ont attiré l’attention sur la situation difficile des personnes les plus pauvres, qui vivent souvent dans des conditions de vie précaires, et ont appelé le gouvernement à prendre des mesures.

La situation menace de s’aggraver si les mesures annoncées ne sont pas suivies d’effets immédiats dans un contexte où le pays se dirige vers l’une des pires sécheresses depuis des décennies, menaçant considérablement les rendements agricoles. Pour accentuer la pression et démontrer qu’il y a urgence, les protestations ont eu lieu quelques jours avant la réunion du gouvernement sur le sujet.

Le Premier ministre Aziz Akhannouch a réitéré, mardi 22 février 2022, l’engagement du gouvernement à prendre les mesures nécessaires et proportionnées pour contrer la situation critique liée à la sécheresse et à la hausse des prix.

Une politique de subvention à tous les étages

A l›issue de la réunion des partis de la coalition gouvernementale, le premier ministre a réaffirmé l’engagement de son gouvernement à tenir ses promesses et à mettre en œuvre le programme gouvernemental tel qu’énoncé.

« Le gouvernement gérera ce programme de manière sensée et appropriée », a déclaré Akhannouch, soulignant que le pays fait actuellement face à « un contexte international difficile, marqué par la pandémie, la crise mondiale de l’énergie et son impact économique, notamment sur les prix ».

→ Lire aussi : L’inflation risque de faire des ravages dans la population pauvre mondiale

Une semaine auparavant, le ministre du Budget avait annoncé la couleur en dévoilant une batterie de mesures visant, notamment, des subventions sur les denrées alimentaires de base et les biens essentiels.

Évoquant la hausse des prix, le Premier ministre et chef du RNI a assuré que le gouvernement ferait tout son possible pour maintenir la stabilité des prix, malgré la hausse des prix internationaux, notamment des prix du pétrole. Le gouvernement continuera à subventionner les denrées alimentaires de base malgré la forte pression sur le budget de l’Etat.

Limite de la politique interventionniste

Mais au-delà des subventions et programmes pour atténuer les hausses des prix, il faut contenir la colère sociale, quitte à l’acheter, mais jusqu’à quand ? Et pour ce faire, le gouvernement n’a pas proposé une sortie définitive des politiques conjoncturelles. On assiste à nouveau à un tour de manivelle : Gérer le quotidien.

Vu de l’international, le Maroc a une bonne note au niveau des indices macroéconomiques établis par la Banque mondiale ou le FMI, mais la mise en œuvre des recommandations des politiques et de gouvernance économique posent un véritable problème pour les gouvernements successifs. A ce titre, le programme économique et social proposé par le Nouveau modèle de développement viendra peut-être à bout de ces problèmes de gouvernances et apportera définitivement une vision claire et rigoureuse de la gestion des affaires publiques.

Aujourd’hui, pour calmer la tension sociale, on subventionne et on dialogue. Mais cela ne constitue pas un programme. Un Etat, c’est des politiques structurelles solides et résilientes.

Plus de dettes pour subventionner l’Etat providence

Pour financer ses programmes, l’Etat s’est lancé dans une politique d’endettement. En 2020, la dette nationale du Maroc représentera environ 75,4 % du produit intérieur brut. Pour 2021, le taux d’endettement du Maroc est prévu à environ 75,8 % du produit intérieur brut. La statistique montre la dette publique du Maroc de 1990 à 2020 et les prévisions jusqu’en 2026 par rapport au produit intérieur brut (PIB).

En réponse à la crise de la Covid-19, l’ancien gouvernement dirigé par Saadeddine El Otmani s’est engagé dans la stratégie de gestion de la dette pour financer les programmes sociaux afin d’endiguer les impacts de la pandémie. Ainsi, le Maroc avait fait le pari d’accès aux emprunts extérieurs, y compris au tirage de toutes les ressources disponibles dans le cadre de l’accord en vigueur au titre de la ligne de précaution et de liquidité (LPL) du FMI. Toutefois, cette démarche est considérée comme une « déviation provisoire », les marchés intérieurs demeurant la principale source de financement de l’État. Le besoin de financement total en 2021 serait réparti entre 24 % de dette extérieure et 76 % de dette intérieure.

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