Enseignement à distance au Maroc : quels sont les principaux obstacles ?

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Malgré le caractère imprévisible de cette crise sanitaire, les étudiants, au Maroc, continuent de suivre leurs cours grâce au dispositif à distance, mis en place par le ministère de l’Éducation nationale et la mobilisation du corps enseignant. En quelques jours seulement, le Royaume a rattrapé plusieurs années de retard en termes d’usage des NTIC dans l’éducation. Cette situation nous pousse à réfléchir la classe « hors la classe », et cela pose une grande question : quels sont les principaux obstacles ?

Décryptage avec Professeur Mohammed Guedira, président de l’observatoire scientifique des études sur la gouvernance et le management, et expert en politiques publiques éducatives.

MAROC DIPLOMATIQUE_ L’enseignement à distance, une option qui s’impose face à cette épreuve inédite. 15 jours après la mise en place de ce nouveau dispositif, quelle évaluation en faites-vous ?

Pr. Mohammed Guedira_ Je dirai qu’il est prématuré de parler d’évaluation. Le coronavirus a accéléré l’implantation du processus de l’éducation à distance et c’est en faveur de notre pays.  Aujourd’hui, nous assistons à un changement de comportement de la part des enseignants, des parents et des élèves. C’est une nouvelle culture qui est en train de naître.

Mais, je dois rappeler que nous vivons une situation critique, il n’y avait avant aucun signe avant-coureur. C’est du jamais vu depuis un siècle.  Chose qui a entraîné une rupture de l’équilibre avec des fragilités existantes.

Là où le bât blesse c’est qu’il s’agit d’une crise imprévisible qu’on ne pouvait ni anticiper ni capitaliser sur des expériences vécues, d’ailleurs, les grandes puissances qui disposent de grandes cellules de veille stratégiques ont été surprises, voire piétinées par cette conjoncture.


Au Maroc, on n’a pas su comment l’aborder les tous premiers jours. Il a fallu un peu de temps pour instaurer le dispositif de la gestion de crise. Toutefois, je crois qu’on était beaucoup plus rapides que de nombreux pays.

MD_  Est-ce que vous trouvez que la manière avec laquelle a été gérée cette crise, dans le département de l’éducation, est adéquate avec cette conjoncture ?

Pr. M.G_ Aujourd’hui, dans le département de l’éducation, nous n’avons même pas d’estimation de facteurs élémentaires du risque, ni manuellement ni automatiquement. En plus, on n’a pas de jugement d’experts et les chiffres n’existent pas. D’autant plus qu’il n’y a pas de modèle déjà existant à suivre. On est dans le flou.

Toute crise est synonyme de rupture qui impacte et déstabilise les décideurs. Il fallait réagir extrêmement vite pour prévenir les risques, protéger les citoyens, les étrangers, les biens et l’environnement.


Cette situation génère des croyances contradictoires et c’est ce qui se passe aujourd’hui. Parfois, on prend des décisions et on croit qu’on est sur la bonne voie et on continue dans l’objectif de sauver ce qu’on peut sauver.

Les responsables ont fait preuve de beaucoup de courage et d’audace, il faut le reconnaître. Je crois qu’on a méprisé la pandémie. En matière de management, notre démarche est basée sur le fait de faire avec ce qu’on a et que nous savons faire.

MD_  Quels sont les principaux obstacles auxquels fait face l’enseignement dans le cadre de cette crise ?

Pr. M.G_ L’éducation constitue aujourd’hui un macro-système en situation de crise dans toutes ses strates. Notons que les enseignants n’ont jamais travaillé sous pression et en confinement, et beaucoup d’entre eux n’ont pas de notions de base en nouvelles technologies. D’autant plus que même les apprenants n’étaient pas préparés à ce genre d’exercice et ne connaissent rien à ce dispositif pédagogique.


Toutefois, je pense qu’on a réalisé un record quantitatif faramineux, or, il y avait quelque chose comme 10.000 apprenants qui suivaient des cours à distance. Aujourd’hui, on arrive à 600.000 étudiants connectés par jour. Je trouve qu’on a réalisé, en 15 jours, quelque chose qu’on n’a pas pu réaliser depuis des années.

Parfois, la crise est favorable à l’instauration d’une nouvelle culture. A ce niveau-là, je pense que le ministère de tutelle a fait un excellent travail, maintenant, qualitativement, c’est un peu vacillant. Certains enseignants ont un excellent niveau, d’autres un niveau moins bon, mais certains frôlent la médiocrité.