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Entre défis nouveaux et anciens, en politique étrangère, Biden fait du surplace

Par Farouq El Alami

« L’Amérique est de retour !« . C’est sur ce ton triomphal que le président américain Joe Biden a dévoilé les grandes lignes de sa politique étrangère lors de sa première visite à Foggy Bottom, au siège du département d’État, début février dernier. Dix mois plus tard, de l’avis des commentateurs de droite comme de gauche, le bilan diplomatique du président américain est plus que mitigé, entaché notamment par des revers inattendus de la part d’un fin connaisseur des dossiers étrangers.

Certes, cette année 2021 ne fut pas sans son lot de petits succès diplomatiques pour le résident de 1600 Pennsylvania Avenue. Dès son arrivée à la Maison Blanche, Biden a rejoint, comme il l’avait promis, l’Accord de Paris sur le climat et l’Organisation mondiale de la santé après les ruptures « brutales » décidées par son prédécesseur. Le locataire de la Maison Blanche, qui était vice-président sous Barack Obama lorsque l’accord sur le nucléaire iranien avait été négocié en 2015, s’est également empressé d’annoncer de nouvelles négociations indirectes avec Téhéran, rompant avec la politique jugée inefficace de la « pression maximale » prônée par Donald Trump.

Mais des mois plus tard, force est de constater que certains dossiers, comme les négociations avec l’Iran, piétinent, alors que d’anciens adversaires, comme la Russie, empêchent l’administration Biden de se focaliser sur sa priorité absolue en matière de sécurité nationale, à savoir la Chine.

En effet, lors du septième round de négociations indirectes entre les Etats-Unis et l’Iran en Autriche, les tentatives de raviver l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien (JCPoA) ont failli tomber à l’eau, Washington estimant que Téhéran laisse traîner les pourparlers pour gagner du temps avec son programme d’enrichissement d’uranium.

Fort de ses décennies au Sénat américain, où il a présidé la Commission des affaires étrangères, Biden semblait pourtant bien outillé pour contrer les menaces posées par Moscou et Pékin et clore le dossier iranien. En nommant Jake Sullivan au poste de Conseiller à la sécurité nationale, et Antony Blinken pour diriger la diplomatie américaine, Biden a misé sur deux vétérans chevronnés de l’administration Obama, habitués aux grands enjeux de la scène internationale.

Mais le 46ème président américain s’est vite retrouvé confronté à un problème de taille: ses dizaines de candidats aux postes d’ambassadeurs sont toujours bloqués au Sénat. Ce retard est largement imputé au sénateur républicain du Texas Ted Cruz, furieux que Biden ait refusé de sanctionner l’Allemagne pour le projet de gazoduc controversé Nord Stream 2 devant relier la Russie à l’Europe de l’Ouest.

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Pour certains experts, le manque d’effectifs dans les ambassades américaines est directement responsable de certains ratés en politique étrangères de la part de l’administration Biden. Alors qu’il n’a cesse de répéter que les Etats-Unis comptent mettre à profit les relations renforcées avec leurs « alliés et partenaires » traditionnels pour contrecarrer les visées de Moscou et Pékin, Biden s’est retrouvé sous les feux des critiques des médias et des chancelleries étrangères lors de la sortie chaotique des troupes américaines d’Afghanistan en septembre.

Quelques semaines plus tard, l’administration Biden a provoqué un incident diplomatique inédit avec la France, l’un des plus anciens alliés des Etats-Unis. En annonçant l’AUKUS, un pacte sécuritaire trilatérale entre les Etats-Unis, l’Australie et le Royaume-Uni, Washington a vexé Paris, qui avait conclu un important accord de vente de sous-marins nucléaires avec Canberra, dont la valeur est estimé à plusieurs milliards de dollars.

Ce couac a poussé l’Elysée à rappeler son ambassadeur à Washington, une mesure sans précédent dans les relations entre les deux pays.

« Cette décision unilatérale, brutale, imprévisible, ressemble beaucoup à ce que faisait M. Trump », s’est offusqué le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian. Pris de court par la réaction de Paris, Biden a dû faire son mea culpa lors d’un entretien téléphonique avec son homologue français Emmanuel Macron.

Avec Pékin, Biden emploi le même ton ferme que son prédécesseur. Mais contrairement à Donald Trump, Biden essaie de s’appuyer sur ses alliés européens pour contrecarrer les plans de Pékin sur le dossier de Taiwan et Hong Kong en mettant en avant la question des droits humains.

Washington a ainsi convaincu plusieurs pays, dont le Canada, l’Australie et le Royaume-Uni, d’imposer un boycott diplomatique aux Jeux d’hiver de Pékin de 2022. Une petite victoire que ne manquent pas de souligner les alliés du président américain à Capitol Hill.

« Le président Biden a fait des progrès constants et substantiels et a inversé une grande partie des dommages causés par son prédécesseur », a déclaré à Politico le sénateur Chris Coons, qui siège à la Commission des relations étrangères. « Et surtout, il a rallié nos alliés – des alliés que la Chine n’a pas – et c’est pourquoi j’aime nos chances pour ce siècle », se targue ce proche allié de Biden

La Chine n’est pas la seule à donner du fil à retordre à l’administration américaine. En Ukraine, Vladimir Poutine pose un véritable casse-tête pour l’OTAN.

Alors que Moscou amasse ses troupes à la frontière ukrainienne, le G7 a prévenu dans un communiqué conjoint que « la Russie ne doit avoir aucun doute sur le fait qu’une nouvelle agression militaire contre l’Ukraine aurait des conséquences massives et un coût sévère en réponse. »

Par ailleurs, sous la pression de Washington et de Londres et face à la montée des tensions entre la Russie et l’Ukraine, l’Allemagne a récemment suspendu le processus d’approbation du pipeline Nord Stream 2. Seuls les mois, voire les années à venir, pourront dire si la politique étrangère de Biden commence à porter ses fruits.

(Avec MAP)

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