Entretien avec l’ambassadeur suisse au Maroc

Suisse

«Le SIAM permet de développer cette fonction
de pont entre l’Europe et l’Afrique dont dispose le Maroc»

Par Hassan Alaoui

 La Suisse, l’une des écono­mies les plus compétitives au monde, est accueillie pour la première fois en tant qu’invitée, d’honneur au SIAM. Sa participa­tion à la 14ème édition du salon, est l’occasion de promouvoir un secteur agricole innovant et tourné vers le futur. Ci-dessous l’entretien avec Massimo Baggi, ambassadeur de Suisse au Maroc, qui nous éclaire davantage sur ce sujet.

 

  • Maroc Diplomatique : Que vous inspire le fait que la Suisse soit cette an­née l’invitée d’honneur de la 14ème édi­tion du Salon International de l’Agri­culture au Maroc (SIAM) sous le thème « l’agriculture, levier d’emploi et avenir du monde rural » ?

– La participation de la Suisse au SIAM est d’abord pour nous un honneur, puis une belle responsabilité. Un honneur car c’est une reconnaissance de la part du Maroc de notre engagement dans le pays depuis longtemps. On vient de fêter nos soixante ans de relations diplomatiques et nous avons donc développé des liens très diversifiés, notamment avec le sec­teur privé. En effet, j’aime rappeler que nous sommes régulièrement parmi les dix plus grands investisseurs étrangers au Maroc, ce qui est tout à fait considérable pour un pays de huit millions d’habitants. C’est aussi une grande responsabilité, parce que le SIAM est un salon très im­portant, de premier ordre et qui donne la possibilité de développer cette fonction de pont entre l’Europe et l’Afrique dont dispose le Maroc. Nous souhaitons donc participer au Salon avec notre meilleur en termes de technologies et de savoir-faire. Nous avons choisi quelques thèmes de prédilection qui sont les nôtres et qui intéressent beaucoup le Maroc, comme l’innovation, la technologie au service de l’agriculture, le soin et le respect des paysages pour développer le discours de la durabilité et puis le thème du SIAM de cette année qu’est l’emploi. Autour de ces quatre thèmes, nous allons dévelop­per notre présence au salon avec un pa­villon d’à peu près 450 mètres carrés, une douzaine d’entreprises suisses partici­pantes et qui sont déjà établies au Maroc, mais aussi des entreprises qui viennent de Suisse pour découvrir le salon et le Royaume. À travers cette présence, nous allons donner et proposer nos solutions en termes de traçabilité, de produits, de bio-pesticides et de logistique. Nous al­lons développer également un partena­riat sur la montagne par le biais d’une convention que nous allons signer avec le Ministère de l’Agriculture marocain. Pour nous, la montagne est importante, pour vous les zones rurales le sont aussi, et là on a un savoir-faire qui va dans les deux directions et que l’on peut échan­ger pour voir également comment cer­taines questions ont été résolues du côté marocain. Il y aura d’autres conventions qui vont être signées par le secteur privé, mais pour la Suisse c’est aussi une occa­sion de montrer notre façon de travailler le secteur public et le secteur privé en­semble. Je crois que c’est l’une des forces de la Suisse de résoudre cet amalgame autour d’un objectif commun entre les deux secteurs. C’est donc la finalité de notre pavillon.

  • La Suisse est évidemment un pays agricole connu, producteur de lait de qualité, de fromages et de chocolat, mais aussi de plus en plus de café, puisqu’elle est le 4ème exportateur de café dans le monde et le 1er en Europe. Que repré­sente aujourd’hui le marché africain pour cette économie florissante ?

– Pour nous, je crois que les produits transformés auxquels vous faites réfé­rence, comme le café, dont on est le 4ème plus grand exportateur au monde sans que nous le produisions, ont une grande impor­tance. Mais pour répondre à votre question sur le marché africain, il faut parler de l’im­portance de l’accès au marché. Vous pou­vez réussir dans les produits transformés à l’international uniquement si vous avez accès au marché, et donc pour nous ce qui est très essentiel c’est le réseau d’accords de libre-échange ; et la Suisse est parmi les pays qui ont le plus ce type d’accords. Cela nous donne accès au marché et fait que les entreprises multinationales s’établissent, volontiers, en Suisse parce qu’elles savent que c’est à partir de là qu’elles peuvent rayonner partout dans le monde et là le SIAM nous donne justement cette possi­bilité de rayonner davantage en Afrique et nous savons très bien qu’elle sera dans les prochaines années, au coeur des questions agri­coles au niveau mondial, de par l’évolution de la population et le besoin de résoudre les grands défis alimentaires. Par consé­quent, nous considérons que le Maroc est une plateforme idéale pour rejoindre ces populations et qui offre des garanties aux entreprises suisses déjà implantées, ce qui leur donne la confiance dont elles ont besoin pour faire le saut vers d’autres pays africains. En effet, toutes les entre­prises installées au Maroc ont une compé­tence régionale. Si vous prenez Nestlé ou bien d’autres, elles ont ici des filiales qui couvrent d’autres pays de la région, ce qui fait que cette fonction de pont entre l’Eu­rope et l’Afrique dont dispose le Maroc est déjà une qualité.


  • La Suisse est bien positionnée en tant qu’investisseur dans le Sud du Maroc, notamment dans la région de Souss-Massa, avec un intérêt particulier pour l’arganier. Pouvez-vous nous don­ner plus d’indications à ce sujet ?

– D’abord, c’est un projet que nous avons porté avec l’Organisation des Na­tions unies pour le développement indus­triel (UNIDO). Ensuite, nous avons favo­risé le regroupement de petits producteurs d’huile d’argan, pour créer le plus grand consortium de cette production au Ma­roc. Nous avons également accompagné ce consortium à améliorer, d’une part, la qualité de sa production et d’autre part pour s’exporter et se positionner à l’in­ternational. Nous avons donc aidé les producteurs à recevoir les certifications qu’il faut pour pouvoir exporter leur pro­duction et puisque cela a été un grand succès, nous avons répliqué le modèle de l’huile d’argan avec deux autres produits du terroir marocain, à savoir le romarin à l’oriental et la figue de barbarie. L’idée est donc d’accompagner toute la chaîne de production du début jusqu’à la fin.

  • En dehors du Salon proprement dit, que représente de manière géné­rale la coopération entre le Maroc et la Suisse dans les domaines politique, économique, technique, culturel et hu­main ?

– Je dirai avec un brin de fierté que pendant ces dernières années, nous avons élargi et diversifié notre coopé­ration bilatérale avec le Maroc sur de nouveaux secteurs. Par exemple, dans le domaine des énergies renouvelables, nous avons signé l’année passée, une en­tente avec le Ministère de l’nergie et des Mines avec la présence d’une délégation d’entreprises suisses. Et à partir de cela, on a développé un dialogue bilatéral por­tant sur des projets concrets. Ensuite, on a fait la même chose dans le domaine des transports, et il y aura bientôt une visite ministérielle en Suisse pour signer un accord qui va dans ce sens. Nous avons aussi, depuis maintenant deux ans, un dialogue religieux avec le Maroc et qui est un domaine très intéressant. Et je crois que la visite du Pape a montré que nous sommes sur le bon chemin. On a donc élargi notre coopération avec le Royaume dans ce sens également. Il y a en outre un dialogue dans le domaine mi­gratoire et évidemment dans le domaine économique avec notre chambre de com­merce qui travaille sur des échanges tout à fait structurés. On est en train d’appro­fondir aussi notre présence en matière de formation par le biais d’écoles hôtelières et on en a déjà une qui est implantée au Maroc mais on aura peut-être l’occasion d’en avoir davantage. Vous voyez, on est en mesure d’élargir notre palette de thématiques que nous discutons avec le Maroc et on en est très fiers. Tout cela est chapeauté bien sûr par nos consultations politiques qui ont lieu régulièrement

Hassan Alaoui est le Directeur de la publication de « Maroc diplomatique » , il a dirigé pendant de longues années la rédaction du quotidien « Maroc Soir » et du « Matin » . Il a été aussi éditorialiste des mêmes titres. Il a collaboré à plusieurs autres titres de presse. Auteur du livre « Guerre secrète au Sahara occidental », il suit et analyse pour nous l’actualité politique, nationale, régionale et internationale.