Espagne : L’exil d’un roi

Où est Juan Carlos et pourquoi est-il parti ? C’est la question que beaucoup se posent depuis lundi. Dans une lettre rendue publique, l’ancien monarque espagnol annonce vouloir quitter le pays pour ne pas nuire à son fils héritier, Felipe VI et préserver l’image de la monarchie. Une décision qui a laissé place à toutes les spéculations dans la presse internationale sur les raisons de son départ et sur la possible destination de l’ex-Roi.

En effet, depuis cette annonce qui a secoué l’Espagne, plusieurs médias locaux, comme ABC, El Pais ou encore La Vanguardia avancent que l’ex-Roi se serait exilé en République Dominicaine. Pourtant, le pays a affirmé que Juan Carlos n’était pas entré sur son territoire affirme le média Euronews. D’autres supports médiatiques évoquent quant à eux Estoril au Portugal chez des membres de sa famille et amis, l’Italie ou encore la France. Le mystère reste donc pour le moment entier sur le lieu où se trouve Juan Carlos. Le Chef de gouvernement, Pedro Sanchez, a également déclaré mardi matin lors d’une conférence de presse, ne pas savoir où s’est rendu l’ancien Roi.

Fuite ? Exil ? Forcé à partir ?
Juan Carlos est accusé de corruption, notamment dans un projet avec l’Arabie saoudite, de construction de TGV entre la Mecque et Médine par un consortium d’entreprises espagnoles, pour lequel il aurait encaissé une commission. Cette affaire n’est pas la seule à avoir entaché la monarchie espagnole et la réputation de celui qui a guidé la transition démocratique post-franquiste. Si la presse internationale et les anti-monarchie se sont empressés de qualifier ce départ de fuite, le Chef de gouvernement a insisté sur le fait qu’il est désormais comme n’importe quel citoyen du pays : « Juan Carlos a dit qu’il se mettait à la disposition de la justice comme n’importe quel autre citoyen espagnol. Par conséquent, il lui appartient à lui ou à famille royale, de rendre publique cette information, et non pas au gouvernement d’Espagne. ».

L’avocat de l’ex-Roi a également assuré qu’il ne cherchait pas à s’échapper et qu’il serait disponible pour les enquêtes ouvertes en Suisse et en Espagne. Selon certains analystes, cette décision n’est pas une volonté de fuite, mais plutôt une façon de protéger la monarchie. Mais l’avis de la population est mitigé, entre ceux qui perçoivent ce départ comme une fuite, et d’autres qui pensent qu’il aurait dû partir lors de son abdication. La tâche ne sera pas simple pour Felipe VI, en contexte d’importante crise sanitaire et économique, avec un effondrement annoncé de 18.5% du PIB au second semestre. Par ailleurs, il devra faire face à une crise de confiance de certains Espagnols qui se désolidarisent peu à peu de la monarchie, pourtant essentielle pour la stabilité du pays.

Pour rappel, Juan Carlos avait abdiqué en 2014 laissant la place à son successeur, son fils, le prince Felipe VI. L’ex-Roi avait alors expliqué lors d’une déclaration que le pays avait besoin de « renouveau », ce qui avait motivé cette décision. L’ancien Chef de gouvernement, Mariano Rajoy avait quant à lui assuré que le successeur avait été « préparé pendant vingt ans » tout en assurant qu’il serait « à la hauteur des attentes » pour assurer cette relève.