Femmes mulets : un rapport dénonce leurs conditions de travail « inhumaines »

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Par Yasmine El Khamlichi

La commission des affaires étrangères, de la défense nationale, des affaires islamiques et des MRE a présenté mardi 9 juillet à la Chambre des représentants un rapport alarmant sur la situation des femmes mulets. Ce document dénonce les conditions « inhumaines et dégradantes » dans lesquelles travaillent ces femmes au point de passage de Bab Sebta, dont des mineurs sont soumises à toutes formes d’exploitation.

Mission accomplie. La commission des affaires étrangères, de la défense nationale, des affaires islamiques et des MRE a présenté mardi 9 juillet à la Chambre des représentants son rapport sur la situation des femmes mulets. Un rapport « alarmant », dont le contenu n’est pas encore rendu public.

Une mission a été lancée l’année dernière. Composée de députés de tous les partis politiques représentés au Parlement, cette mission s’est rendue sur place, pour enquêter sur la situation de ces femmes.

Selon des sources bien informées, « la commission était choquée des conditions de travail de ces femmes, qui transportent d’énormes ballots de marchandises, pesant entre 60 et 80 kg et qui sont payées de 100 à 200 dirhams par jour. Ces dernières doivent se présenter devant le poste frontalier de Sebta, tous les jours, avant l’aube pour faire la queue, inclus des mineurs ».


Sebta, cette enclave espagnole, est une plaque tournante du commerce au nord du royaume. Du lundi au jeudi, des cargos débarquent de l’Europe et déchargent des tonnes de marchandises à titre quotidien, dans des entrepôts. Ensuite, les commerçants récupèrent leurs marchandises, les déballent de leurs emballages, pour que les femmes puissent transporter le maximum sur leur dos.

Un spectacle révoltant, des milliers de femmes et de mineurs traversent chaque jour la frontière, marquée par des grillages de 5 mètres de haut, dans des conditions « lamentables ».

Selon des statistiques du ministère de la Santé, les services de ce département ont du intervenir pour secourir ou soigner 84 femmes victimes de complications de santé au vu des fardeaux qu’elles transportent chaque jour. Deux femmes y ont également laissé la vie lors d’une bousculade, le 15 janvier 2018.


La même source a confié à Maroc Diplomatique qu’« aujourd’hui, il y a des lobbies qui exploitent ces femmes. Parfois, celles-ci ne savent même pas ce qu’elles transportent ». « Quant aux marchandises transportées, elles ne sont soumises à aucune forme de contrôle, ce qui présente un vrai danger pour la santé des Marocains et pour l’économie nationale », poursuit notre source.

Ce phénomène a commencé au début des années 2000. Depuis, il est devenu la principale source de revenus pour la population locale, près de Bab sebta et Melilla. Malgré une vague d’indignation des ONG de défense des droits de l’Homme, cette situation critique perdure.