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« Finances publiques et souveraineté des Etats : quels enjeux pour demain ? »

« Finances publiques et souveraineté des Etats : quels enjeux pour demain ? »

 Crypto monnaie : le futur est déjà là

« Un autre système monétaire est en train de se développer qui menace le contrôle des banques centrales et qui sera, demain, porté par les grandes multinationales qui en feront un instrument d’échanges. Les banques cen­trales qui devraient être extrêmement atten­tives aux crises, ne doivent pas laisser faire ou tourner dos à ces expériences. Les réseaux des monnaies digitales doivent être suivis avec at­tention car nous ne sommes qu’au début d’une dynamique ».

Le Onzième Colloque international des Finances publiques a porté, cette année, sur le thème « Finances publiques et souveraineté des Etats : quels enjeux pour demain ? » avec un rapport introductif du trésorier général, Noureddine Bensouda, de haute facture, appelant à la responsabilité et au principe de précaution , avec des interventions de grande richesse , des débats parfois passion­nés avec des décideurs politiques, des ges­tionnaires publics, chefs d’entreprise, uni­versitaires... Ces colloques organisés par le Ministère de l’Economie et des Finances et par l’Association internationale des finances publiques sont des initiatives de partage qui, comme le soulignait Mohamed Boussaid, « offrent la possibilité de comprendre, de comparer, d’approcher d’autres expériences et d’ouvrir à la réflexion de nouveaux champs de connaissance et de nouvelles probléma­tiques ».

La problématique de cette année c’est la souveraineté des Etats de plus en plus limi­té par l’accélération de la mondialisation, la révolution technologique et numérique par l’importance des organisations inter­nationales FMI, OMC,CNUCED …mais aussi par la révolution du système moné­taire international qui avec des monnaies atypiques et décentralisées comme le BIT­COIN s’échangent directement sans être adossé à une banque ou organisme. L’in­tervention d’Ahmed Rahhou, diplômé de l’Ecole Polytechnique et de l’Ecole Natio­nale supérieures des Télécommunications de Paris qui a joué un rôle majeur dans la privatisation des télécommunications au Maroc et dans la modernisation du système numérique de la RAM , actuellement PDG du CIH a suscité un très grand intérêt et a été unanimement applaudie. L’actualité et l’importance du sujet repris en clôture par le Directeur de Bank El Maghreb Abdelatif Jouahri n’est pas à démontrer. En témoigne la décision prise, la semaine dernière, par le gouvernement chinois d’interdire les ICO plateformes des échanges en crypto mon­naie pour lutter contre la fuite des capitaux et la question nodale posée par l’interve­nant : « les banques continueront-elles à exis­ter dans le futur et aura-t-on toujours besoin de Banques centrales ?»

«On peut se demander dans un premier temps sur quoi re­pose la révolution numérique ? Elle repose sur des évolutions technologiques disruptives qui apportent de fortes ruptures et qui, sur une période courte, transforment l’écosystème. Au­jourd’hui, nous sommes tous connectés et on estime à quelques 6 milliards les objets connectés qui seront 20 milliards en 2020. Des quantités énormes d’infor­mations que l’on appelle le Big Data sont produites et traitées, facilitées en cela par un coût qua­siment nul de stockage. Si l’on prend par exemple les données de médecine stockées en masse, celles-ci nous informent sur telle ou telle population, et le médecin robot peut grâce à l’intelligence adossée au Big Data proposer des diagnostics et des traite­ments. Grâce aux capacités dé­multipliées par l’IA, la médecine connaît une véritable révolution.

Le cryptage plus le blockchain, technologie de stockage et de transmissions d’informations décentralisée, c’est-à-dire sans organe de contrôle, va impac­ter les politiques monétaires et transformer différents secteurs dans un contexte marqué par un changement de paradigmes. Nous sommes, en effet, de plus en plus, dans l’économie du savoir. Le pétrole du XXIème siècle, ce sont les données, le Big Data plus que la richesse physique. Les connaissances sont disponibles gratuitement sur Internet à travers Google et Wiki­pédia. Tout cela n’est pas neutre par rapport à la souveraineté des Etats, ce qui provoque de grands débats notamment sur la taxation des données qui génèrent de la richesse et la fiscalité des GAFA.

Autres inflexions de fond :

L’économie est devenue col­laborative.On met davantage de choses en commun comme pour Wikipédia. On passe d’une culture de la propriété à une culture de l’usage et du partage. C’est par exemple Bla Bla Car et cette évolution interpelle, égale­ment, la souveraineté des Etats qui a du mal à appréhender qui sont derrière les plateformes et qui perdent une partie des taxes redevables. La désintermédia­tion est un élément fondamental de cette nouvelle économie ac­compagnée d’un décloisonne­ment avec l’arrivée massive des fintechs. Des acteurs majeurs comme Google, Amazone et d’autres acteurs du digital sont en train de préempter les canaux de paiement. Le premier canal de paiement en Chine vient du secteur de la vente par correspon­dance...Cela interpelle la souve­raineté des Etats qui constatent cette dérégulation générale en se posant la question de qui fait quoi et comment agir car le décloisonnement touche les po­litiques monétaires, les banques et les banques centrales.

« Les défis de la mon­naie digitale »

La monnaie, c’est une conven­tion sociale. Le DH par exemple est une monnaie qui a une valeur, qui est basée sur une confiance, adossée à un intermédiaire qui est l’institut d’émission.

La blockchain est une évolu­tion technologique majeure, une chaîne de blocs qui est une base de données sécurisée, transpa­rente fonctionnant sans organe de contrôle et permettant à des personnes qui ne se connaissent pas de se faire confiance.

La première manifestation de cette confiance dématérialisée c’est la création d’une monnaie le BITCOIN, un système qui fonctionne parce qu’il est sur plusieurs sites en même temps et qui est totalement sécurisé. Un système créé parce que la tech­nologie le permet. La profession­nalisation des plateformes s’est beaucoup améliorée avec une transparence et traçabilité des transactions.

monnaiePour l’anecdote, le premier achat par BITCOIN était réservé à l’achat de deux pizzas à 10.000 BITCOINS. Le BITCOIN vaut aujourd’hui 3.000 dollars. La pizza vaut donc 15millions de dollars. Le BITCOIN est une va­leur, créée par la technologie qui représente quelque 50 milliards de dollars actuellement en circu­lation, un montant dont la limite ne remet pas en cause les mon­naies classiques qui sont sous contrôle des banques centrales. Mais que peut-il se passer ?

J’évoquais le décloisonne­ment et l’accélération de l’évo­lution technologique. Avec les moyens de paiement qui sont en train de s’automatiser, cer­tains pays comme la Suède sont en train de voir disparaître leur monnaie fiduciaire, l’essentiel des transactions se fait de plus en plus par carte. Imaginons que les épargnants décident d’utiliser les seuls BITCOINS. La première conséquence c’est que le pays perd le contrôle de sa monnaie et il n’a aucun moyen d’agir dessus. En Afrique , nous avons des pays qui ont lancé des Start-up d’échanges moné­taires en BITCOINS comme le Kenya mais aussi la Tanzanie, la Zambie, le Nigeria et récem­ment le Sénégal. On peut se demander pourquoi de plus en plus de personnes se tournent vers ce système. Parce que les flux financiers classiques trans­frontières sont chers et l’un des attraits de cette crypto monnaie c’est le peu de coût qu’elle gé­nère. On pourra à court terme avoir la possibilité de payer en monnaie nationale, en devises ou en crypto monnaie, celle n’étant sous la tutelle de personne.

« Les monnaies nationales cohabiteront demain avec les monnaies digitales »

A cela s’ajoute la conjonc­tion d’autres éléments : ima­ginons dans le futur qu’IPAD ou Samsung ou d’autres en­treprises acceptent cette cryp­to monnaie comme monnaie d’échange. Au Maroc, on a permis de faire sauter un mo­nopole, vieux de plusieurs siècles, qui est le monopole de dépôt. Les sociétés de paiement ont le droit d’avoir des dépôts. Imaginons qu’Apple accepte les BITCOINS dans un pays qui décide de ponctionner sur les comptes, en cas de crise, comme cela s’est passé en 2011 à Chypre.

Tout le monde se ruera sur cette crypto monnaie garantie par Apple ! Ce ne sont pas là des schémas en l’air. En matière de politique monétaire et de sou­veraineté, nous devons intégrer l’idée qu’une des alternatives pour l’épargnant, c’est qu’il peut choisir une monnaie qui échappe au contrôle de l’Etat. On est dans un monde où le niveau d’endet­tement est très fort, où l’on va vers des monnaies nationales et vers des crypto monnaies qui sont sans tutelle. Au Venezuela et en Inde où l’inflation a battu des records, beaucoup d’épar­gnants se sont tournés vers cette crypto monnaie…

Si le niveau d’endettement aboutit à un manque de confiance dans une monnaie, la crypto monnaie peut présenter une alter­native pour les épargnants mais aussi pour les multinationales par exemple qui n’ont pas d’état d’âme. D’autant que le traitement des transactions a été amélioré permettant des blocs toutes les 7 secondes pour la monnaie de l’ETHEREUM au lieu des 10 minutes du BITCOIN. La contrainte de la non instantanèi­té de la transaction est donc levé. On vivra donc dans un monde où les monnaies nationales co­habiteront avec les monnaies di­gitales sous l’arbitrage de l’Etat pour sauvegarder la confiance. Le décloisonnement total du cir­cuit financier va permettre aux épargnants de choisir.

Mais désormais, la sanction qu’un État peut subir dans la perte de confiance de sa mon­naie sera terrible et souvent irréversible car il existe désor­mais des alternatives. Un autre système monétaire est en train de se développer qui menace les banques centrales et qui sera, demain, porté par les grandes multinationales qui en feront un instrument d’échanges. Les banques centrales devraient être extrêmement attentives aux crises et ne doivent pas laisser faire ou tourner le dos à ces expériences. Les réseaux des monnaies digitales doivent être suivis avec attention car nous ne sommes qu’au début d’une dynamique qui s’est considéra­blement renforcée avec des mil­lions de transactions d’achat , de paiements et d’échanges effec­tués en crypto monnaie.

Par Ahmed Rahhou

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