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La flexibilité du Dirham, une réforme reportée sine die

Le report sine die de la mise en place de la flexibilité du Dirham, un mécanisme jugé capital par les instances internationales, a alimenté les débats et suscité l’intérêt de presque tout un chacun.

Des opinions, voire des jugements de valeur sur les risques d’une telle mesure, se sont multipliés, mettant tantôt en exergue la nécessité du renforcement de la souveraineté de la banque centrale, tantôt les risques de survenance de pratiques spéculatives par les banques marocaines, sans oublier la crainte qu’une telle mesure risque de dégrader la compétitivité des entreprises marocaines, dans le cas où le dirham perdrait de sa valeur.

Pour le Fonds Monétaire International (FMI), un dirham flottant devrait dynamiser l’économie. La concurrence sur le marché de change et la compétitivité des entreprises qui en résulteraient pourraient assurer une meilleure intégration de l’économie dans la sphère financière et économique mondiale. De même, la flexibilité mettrait à l’écart les mesures interventionnistes telles que la dévaluation de la monnaie en cas de choc, améliorant ainsi la capacité de résilience de l’économie à absorber des chocs extérieurs. Sur le plan prudentiel et selon la thèse du FMI, le Maroc dispose des ingrédients essentiels pour réussir une telle transition.

La stabilité des fondamentaux macroéconomiques en termes de soutenabilité de la dette extérieure, de solidité du secteur bancaire, de stabilité des équilibres extérieurs, de maitrise de l’inflation et de disponibilité des réserves de change devra aider une telle transition, surtout que cette libéralisation serait parfaitement graduelle, de l’instauration d’un marché interbancaire à la libéralisation totale en passant par un élargissement des marges de fluctuation du dirham.

Même les anticipations des équilibres macro-prudentiels pour les deux prochaines années par la Banque centrale témoignent d’une parfaite stabilité de la situation macroéconomique. Selon le rapport sur la politique monétaire de Bank al Maghrib (BAM) de décembre 2017, une inflation maitrisée autour de 1,6%, une croissance économique autour de 3,5%, un déficit du compte courant de 3,8% du PIB, un niveau de réserves de change qui couvre cinq mois et demi d’importations et enfin, un déficit budgétaire de 3,5% du PIB, sont des gages solides et prometteurs pour l’adoption de la flexibilité.

Selon le professeur universitaire Kenza Cherkaoui, le rôle de la banque centrale dans la réussite de cette transition reste indéniable. “Les instruments d’intervention de la politique monétaire s’intègrent à la fois dans le maintien et la stabilité des équilibres fondamentaux, mais également dans la défense de la valeur de la monnaie, en injectant des devises en cas d’assèchement du marché, au cas où le niveau des devises disponibles s’amenuiserait“, a souligné cette Economiste dans un entretien à la MAP.

Pour Elle, la réussite de la réforme dépend donc du renforcement de la souveraineté de la banque centrale et de la confiance que pourront avoir les agents économiques dans le système. “La stabilité de change serait, dans ce cadre, parfaitement tributaire de la psychologie des investisseurs et du mimétisme du marché. Toute anticipation à la baisse des devises risquerait de pousser les investisseurs à se porter demandeurs de devises contre le dirham, dégradant ainsi sa valeur“, a-t-elle estimé, notant que la défense de la stabilité du dirham devient elle-même dépendante du niveau de devises disponibles, qui est tributaire de la stabilité internationale, de la capacité du Maroc à attirer des investisseurs directs étrangers, des transferts des MRE et, éventuellement, de la dynamique du marché financier et de sa capacité à attirer des investissements de portefeuille.

Le cas échéant, la pénurie des devises pourrait pousser la banque centrale à laisser flotter la monnaie, abandonnant ainsi les marges de fluctuation, a précisé Mme Cherkaoui, ajoutant que le scénario d’une crise de perte de confiance pourrait engendrer une crise financière et nuire également à la compétitivité des entreprises marocaines du fait que la valeur des importations, régulées en devises étrangères, impacterait de façon directe le coût de revient dans un contexte où le déficit de la balance courante est fortement structurel.

Et de noter que la spéculation des agents reste relative à leurs propres anticipations. Une dégradation de la valeur du dirham peut intervenir juste parce qu’elle a été anticipée, sans qu’aucune raison logique entrainant sa réalisation ne se produise. Le scénario d’un flottement généralisé, résultat de l’incapacité des autorités monétaires à soutenir le dirham, pourrait déboucher sur des inflations insoutenables. Les crises du Baht thaïlandais, du Ringgit malaisien et de la livre égyptienne ont été révélatrices à cet égard.

Réussir une telle transition nécessite également un marché financier dynamique offrant des produits financiers diversifiés et permettant d’absorber les chocs. L’institution par le dahir du 25 mai 2014 (la loi n° 42-12 relative au marché à terme) d’un marché à terme des produits dérivés au Maroc s’inscrit dans cette logique. Les dits-instruments permettront aux banques et aux agents non financiers de gérer et de transférer le risque de change par le marché. Mais encore faudrait-il que ce marché soit dynamique.

En dépit de ces risques éventuels, la mise en œuvre d’une libéralisation graduelle, le renforcement de la souveraineté de la banque centrale, le maintien de la stabilité macroéconomique et macro-financière, l’établissement d’un climat de confiance pour les investisseurs ainsi que la mise en œuvre de mesures d’accompagnement pour les petites et moyennes entreprises sont autant de mesures qui devraient en principe permettre la réussite de cette transition et assurer la poursuite de l’intégration de l’économie marocaine dans la sphère financière et économique mondiale.

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