FORSA : Tout est dans le détail Madame la Ministre !

CE QUE JE PENSE

Malheur donc à ces détails qui gâchent tout ! En donnant le coup d’envoi effectif, mardi 12 avril, de son programme « FORSA », le gouvernement était à mille lieues d’imaginer la polémique que cela allait susciter.

Pourtant, en réponse aux Hautes Orientations Royales pour la promotion de l’investissement et de l’emploi, particulièrement parmi les jeunes, le programme « FORSA » met l’autonomisation de cette tranche d’âge au cœur de son action. Bien entendu, il s’agit d’un programme ambitieux et novateur qui s’adresse à toutes les personnes âgées de plus de 18 ans, porteuses d’idées ou de projets d’entrepreneuriat et prévoit, ainsi, deux dispositifs combinant accompagnement et financement.

L’importance de l’initiative est louable et l’enjeu est de taille. Il s’agit d’un budget de 1,25 milliard de dirhams pour un total de 10.000 projets en 2022, tous secteurs confondus. Le moins que l’on puisse dire est que FORSA est une excellente initiative pour encourager les jeunes à intégrer le monde de l’entreprenariat et pallier la crise du chômage qui sévit surtout avec l’impact lourd de la pandémie Covid-19 sur le marché de l’emploi.

Bien évidemment, la bonne foi et l’optimisme que nous nous devons de nous imposer afin de pouvoir continuer en ces temps difficiles pour tous les citoyens nous empêchent de penser à l’échec du programme, porteur d’espoir. Toutefois, force est de constater que nombreuses sont les initiatives du genre qui ont été lancées, dans ce sens, mais qui n’ont, malheureusement, pas créé de grandes réussites.

Bref, espérons que les bénéficiaires seront bien identifiés, bien formés, bien encadrés, que le dispositif d’accompagnement soit efficace et surtout qu’ils ne finissent pas dans des endettements insurmontables. N’oublions pas qu’un projet quel qu’il soit a besoin d’un écosystème sain avant toute autre chose.

Forsa ou les fausses notes d’un programme

Si le bien-fondé du projet gouvernemental est indéniable, le fond malheureusement a cédé à la forme qui a pris des contours asymétriques, déformant ainsi le concept fort important. La première question qui s’impose d’elle-même est pourquoi c’est la ministre du Tourisme, de l’Artisanat et de l’Économie sociale et solidaire qui porte ce programme et non le ministre de l’Inclusion économique, de la Petite entreprise, de l’Emploi et des Compétences ? On met cela sur le compte de l’Économie sociale et solidaire ? Pourtant, il s’agit bien d’entreprenariat, de petite entreprise et d’emploi, ce qui relève plus du ministère de M.Younes Sekkouri. Premier couac avalé de travers. On apprend que c’est la Société Marocaine d’Ingénierie Touristique (SMIT) qui a été désignée pour piloter le programme, notamment à travers la mise en place d’une unité de gestion et de suivi dédiée au programme « FORSA ». Soit ! La SMIT a-t-elle les compétences nécessaires pour porter ce programme gouvernemental ? Là encore, pourquoi ce n’est pas le ministère de l’Emploi qui prend le pilotage en charge ? Et puis, n’est-il pas lieu de rappeler que dans son rapport sur la SMIT, la Cour des comptes avait brossé un tableau noir des activités de la Société marocaine d’ingénierie touristique ? En effet, « Dans un rapport accablant, la juridiction a pointé nombre d’insuffisances que ce soit dans les études stratégiques, dans les études du produit touristique ou encore concernant les retombées des prospections à l’international jugées bien « modestes ». Autant de « manquements » dans les réalisations de la SMIT qui vont jusqu’à s’interroger sur son utilité » comme mentionné dans le rapport. Deuxième couac avalé tout rond.

Et bien entendu, si le gouvernement mise sur ce chantier pour encourager la création, en 2022, de 10.000 projets initiés par des jeunes, il faut bien appâter ces derniers. Voilà, on y est ! Finalement, la forme est plus vendeuse, du moins pour la ministre du Tourisme qui a cru promouvoir un produit artisanal, confortée ou conseillée en cela par des agences d’événementiel. Comme quoi, il est tellement facile de vider de sa consistance un projet prometteur pour que tout bascule dans la négativité de calculs ratés quand bien même l’intention serait salutaire. C’est dire que l’amateurisme et l’absurde ne sont jamais loin. Ainsi donc, de FORSA, on fait aussi une opportunité pour des « influenceurs » afin que ceux-ci participent au ftour « ministériel » et fassent de sympathiques stories en n’oubliant pas, bien sûr, de taguer @fatimzahra_ammor et @forsa_officiel et pourquoi pas couronner le tout par « Salut les amis, partagez au max, nous voulons atteindre les 100 k » et le tour est joué ! Bien sûr, tout est dans le hashtag qui vend et qui coûte cher.

Il est évident que l’impact des influenceurs sur les consommateurs est confirmé par plusieurs études. Ainsi voir des instagrameurs (ses) louer la qualité d’un quelconque produit est devenu monnaie courante sachant que les deux (l’annonceur et l’influenceur) y trouvent leurs comptes. Mais n’est-ce pas frustrant de voir toute une mise en scène ridicule pour promouvoir un projet gouvernemental ? Fallait-il tout ce show surtout pour un programme qui vise à aider les jeunes et non vendre une quelconque image ? N’est-ce pas du gaspillage pur et dur de jeter par les fenêtres ou plutôt « dans les likes » des millions de dirhams à un moment où le gouvernement appelle à la retenue et à la réduction des dépenses des citoyens, à un moment où la hausse des prix bat son plein et vide les poches, à un moment où on n’a plus le luxe du faste et du superflu ?

Il est clair que les influenceurs ramènent du trafic et de l’audience. D’ailleurs, cela devrait-il nous étonner encore quand on sait que les grands hommes politiques sollicitent leurs grâces et leurs likes pour leur campagne électorale ? Ou encore quand tel ou tel ministre du gouvernement des compétences les invite pour avoir leur avis sur des politiques publiques ?

La polémique  autour de ce lancement a touché aussi certains journalistes qui se sont vus écartés d’un projet gouvernemental et d’une conférence de presse, eux qui auraient pourtant pu apporter plus de crédibilité et de consistance à l’événement. Mais à l’ère des lives, des reels et du TikTok, les journalistes n’ont plus de place. Ou ils sont futiles ou ils sont trop sérieux pour le rendu escompté. C’est dire que ces journalistes qui étaient, il y a quelques années encore, faiseurs d’opinion, éclaireurs et lanceurs d’alertes, n’influencent plus personne. Ils sont devenus plutôt enquiquinants, posent trop de questions, demandent le pourquoi du comment et cherchent la petite bête pour faire, à la fin, des analyses qui fâchent certains de nos dirigeants.

En somme, toutes les pilules avalées mais non digérées, concentrons-nous sur FORSA et croisons les doigts pour que les jeunes porteurs de projets puissent s’en sortir et applaudissons les contenus sponsorisés.

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